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INSTINCT NOCTURNE
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Écrit
par Baptiste Jacquet |
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire
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MERCREDI 31 AOUT 2005_ #336
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Dans le je
Elle aurait dû refuser de devenir
la maîtresse d'un gentilhomme maqué. Au Café
203, dans l'excès d'un picolage à mourir d'ivresse
douloureuse, elle parle de lui, qui va quitter le pays et la laisser
sans rire. Elle a déjà son passé éparpillé
dans les clubs de Tokyo, Los Angeles et Bagdad. Elle fuirait bien
Paris mais "si tu n'as pas un projet de vie assez précis,
à quoi bon changer de ville ?" Clignez des paupières.
Quelques matins plus tard, un sac en papier monogrammé Colette
développe un disque : un mix d'Ivan Smagghe pour Fabric.
La carte de visite jointe prévient : "Pour toi. Un
album profond, dark et pas facile. Monsieur H."
La survie n'est pas facile et le présent argenté orchestrera
tout l'été. Clignez des paupières. Un petit
matin, un serial fucker est assis nu au bord de mon lit et
veut baiser. Pourtant, de ce partenaire bandant, choisi dans le
basement du Dv1, je n'en ai plus besoin et sollicite
: "Raconte-moi une histoire extraordinaire." Le
prénommé Arthur avance alors : "Euh...
Je pense à deux amis qui se sont pendus dernièrement."
Anecdote bien banale pour ne pas insulter son auteur, le presser
de se rhabiller et de décarpir. Clignez des paupières.
Une nuit où il faisait si doux, Super Pénélope
sort d'un souper en verre à verre avec Christian R.
et Frédéric Sicre au Mercière
puis croise la table proche de Jean-René, dandy tout embrassant
et demandeur : "Je commence à m'ennuyer dans ma boutique
d'antiquaire. À la rentrée, je voudrais que l'on organise
de petites fêtes entre amis." Dix cigarettes plus
tard sur huit drinks versés à La Ruche, la
passerelle du palais de justice jette l'obscurité sur un
bar de la Tour Rose fermé et pourtant désiré
pour le charme de Toulouse, nouveau barman du lieu délicat.
Trop tôt, un Richard se vautre sur un sofa de L'Apothéose
et fait descendre les globules rouges au bord de son crâne
imberbe pour piper ma bite de prélassé incouchable
par brassade d'une fin de glaçon au goût de vodka Campari.Clignez
des paupières. "Il valait mieux que je parte. La
soirée était pourrie : appartement sinistre. Des types
qui sortent des boîtiers de cd pour se taper des narinettes
parce qu'ils se font vraiment chier entre eux. Affligeant",
résume, sur la messagerie vocale, un tendre paumé
hausmannien en virée nocturne de perdition. Ici, à
Lyon, le vide remplit les rues de nonchalance. De retour d'un long
apéritif au Vin'& Co sur la rive gauche, Anne
LS pousse un cri d'horreur à la vue de l'immeuble Monoprix
en phase de regrettable rasage. Dans une bouffée de branchaga,
elle insiste pour que je donne suite aux mails de Jop, rédacteur
en chef de Butt Magazine, et pose nu pour le carnet rose
hollandais international. Je cligne des paupières, peu enclin
à jouer la frime "bear", et s'interne psychologiquement
dans des songes peu sûrs. Puis, en insomnie dans ma chambre,
le Carnage - Ok ! de Sergej Auto lui gratte les oreilles
dans le confort d'un casque Stanton. Fermez les paupières.
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MERCREDI 07 SEPTEMBRE 2005_ #337
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No wow
Dégommées de leur goudron,
les berges du Rhône ne sont plus qu'un long champ caillouteux
et vierge. Vendredi, sur le quai de la Buvette du pont Wilson, personne
ne commente cette métamorphose en vue. Tous se penchent sur
les bras protecteurs et tendres de Caroline Alt emmitouflant
son tout nouveau-né Catrix. À quelques perpendiculaires,
rue Chaponay, la quincaillerie réformée par Dopebase
en centre apériteux déborde de bavardages et promesses
de rentrée souriante. Dj Poulet essaie de convaincre
le Goldenboy qu'il est l'idole des filles et parie sur sa
carrière à l'international. Coutumier du lunaire excessif,
il nous relance afin de commercialiser sa gamme de produits dont
un bien nommé et peu probable parfum, Artyfice de
Poulet. "On veut une nouvelle bière chaude",
tapent du poing sur le comptoir Céline et La Drôlesse
pendant que Malik parle booking de djs pour les prochaines soirées
Divine. La silhouette élancée par une tunique rouge
vive, Ty von Dickxit éteint ses machines à
sons et ferme ce premier rendez-vous important de saison. Clignez
des paupières. En veillée, nous dansons en appartement
sur l'électrique et faramineux No Wow de The Kills
puis flashgordons au c¦ur de la soirée UMF dans le basement
du DV1. Là, les kids bouffent la chaleur fumante et recrachent
de la vapeur désoxygénée qui dégouline
sur des boomers violentant une techno ennuyeuse. Nous soldons un
reste d'énergie sur le live d'Eedio en balance d'une boucle
infinie du Tombé pour la France d'étienne Daho. Clignez
des paupières. Emparadisé dans le sous-bois de la
colline de la Croix-Rousse, le Jardin Pop sillonne son espace
tranquille de transats, piste à pétanque et tables
à jouer. Samedi, à l'ombre de la nuit pointante,
Cécile Paris Chaffard feint l'idiote face à sa réglette
de Scrabble. "Ne t'inquiète pas. Bientôt il
fera trop sombre pour que tu puisses encore trouver un mot",
la rassure Super Pénélope. Dans l'attente d'un prochain
Soup'mix hivernal où un potage au hamburger devrait
être servi, les cuisiniers arty Isabelle et Wolfgang picorent
des tartines tranchées de tomates charnues et se désaltèrent
en drinks légers. En bas, au Bar de la Pêcherie,
nous débattons des motivations et intérêts à
ouvrir un blog en général et de celui entretenu par
Maxime, écrivain parisien, sur 20six.fr en particulier.
Le jeune homme prétend qu'il n'a aucune volonté de
séduire l'internaute dans la rédaction quotidienne
de ses "notes". La Drôlesse trouve l'exercice extrêmement
virtuel et dérangeant. Parce que l'impudeur se généralise,
le cerveau s'ouvre sur écran et attend des "commentaires"
d'inconnus en résonances de vie idéalisée.
étrange. Weird. Clignez des paupières. Dans le couloir
de L'United Café, Olivier se désole de retrouver ce
défilé de gominés en frime dans leurs habits
cheap et en senteurs de follitude abusive. Il rince son drink, pince
un sourire las puis se présente à la sortie. Fermez
les paupières.
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MERCREDI 14 SEPTEMBRE 2005_ #338
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Chasse-trappe
Jeudi, Lyon Capitale grille la haute-mondanité
à l'inauguration de la Biennale d'art contemporain
(attendue ce mardi 13) avec le lancement de son nouvel hebdomadaire
Week-End à Lyon dans les salons du péteux àKGB
: tout ce que la ville compte de notables et hommes politiques aux
idées creuses se frotte le bronzage estival et abuse du baiser
qui flatte dans un balai de drinks montant à la tête.
La Drôlesse profite de cette cour aux puissants et gens de
médias pour recharger Stéphane Cayrol qui, malgré
toute la sympathie qu'on aime lui montrer, continue l'animation
d'un talk-show affligeant sur TLM ("Tellement Mieux").
Les "public relations" se succèdent à tour
de mains tendues jusqu'à sourires sincères en compagnie
de Françoise Rey et Serge vavavoum Dorny.
Dans le trop-plein peopleux, Jean-Luc Very nous invite à
la prochaine exposition du Muséum consacrée aux "camouflages",
Pierre David expertise les pratiques sexuelles potentiellement déviantes
de regards croisés dans la foule tandis que Catherine
A. et Claudius flashgordent vers la sortie suite à
la liquidation totale des bouteilles de champagne. Clignez des paupières.
Le briquet brûle sa cigarette au début. Assise sur
un haut tabouret du Baryton, les doigts en trace autour d'un
drink, Claire Carthonnet respire une dernière bouffée
du coin. Dans quelques jours, elle partira au loin, vers l'ouest
"parce qu'il me faut construire une nouvelle vie, échapper
à mes dépendances et à l'ennui". Alors,
nous approfondissons nos egos et leurs tourments : la mort nous
apporterait le bien. L'espérance d'un futur basculant et
aléatoire nous laisse en vie. Sous le ciel du dehors, une
fille pleure en dernière bouche sur un amant rompeur. Clignez
des paupières. Vendredi, Cécile Paris Chaffard
descend de la Cadillac blanche garée devant les grilles de
la MJC de La Duchère. Pour le dernier apéritif avant-coureur
au festival Update de la compagnie Là Hors De
(du 13 au 18 septembre), beadoa.org joue des mp3 et sonne
Ding Dang Dong sur la terrasse en apesanteur au-dessus de
la ville. Christophe Montfort, François Kanardo
et Michel Cavalca recalent leur passé respectif dans
la cité en barres tout en surveillant le soleil en fonte
orangée sur la Saône. Le Goldenboy photonumérise
la belle soirée. Hubert-Julien Laferrière finit
son drink et manquera l'instant interminable où tous dansent
les bras ivres sur What's happened d'Abe Duque au
pied d'un immeuble endormi. Clignez des paupières. Samedi,
les collectifs Louche et Fits Art Step couvrent le fronton du feu
cinéma Comoedia d'affiches à rebours : créer
un visuel pour aboutir, en mars 2006, à un court-métrage
est le concept de ce "Cinéma à l'Envers".
En terrasse, face à l'avenue Berthelot sous la pluie, Paris
prévoit une soirée DVD "à l'abri de
mon cerveau" lorsque Christian Jeulin regarde un ange passer,
échassier cabot en slalom entre les voitures à l'arrêt.
Fermez des paupières.
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MERCREDI 21 SEPTEMBRE 2005_ #339
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| The Collision Week
Le tas des mille et quelques autres nus
se souviendra certainement de son acte "artistique" devant
les caméras de TF1 et télévisions siamoises,
toutes dévouées à la promotion de la culture
d'avant-garde. Pince-rires. "Tu ne t'es pas dépoilé
pour Spencer Tunick ?" courra toute la semaine. Comme si
une impudeur textuelle, ici, devait accoucher de sa chair découverte
entre deux conteneurs à affréter pour l'échafaud.
Comme si exister aujourd'hui n'était plus qu'une question
grossière, sans tenue, ni style. Clignez des paupières.
Lundi, nous vernissons à toute allure les galeries
d'art en Résonance à la Biennale d'art contemporain
: les avions de Gonzalo Lebrija reposent leurs ailes d'aluminium
sur le sol de la BF15. Au mur, cinq photographies figent
des affairistes derrière une table de travail. Nous ne savons
pas si ces hommes de l'ombre sont des industriels, des mafieux ou
des prétendus intellectuels. Bizarrement, l'un d'eux, debout
en retrait de la "cène" principale, porte un planeur
en papier. À ces vendeurs de rêves (peut-être de luxe ou
d'artifices chimiques), Pascal Bernier répond par
le carcéral mortuaire dans Vanity Affair à
la galerie José Martinez : le squelette d'un chien
muselé vise un os perché. Un sanglier maintient sa
tête empaillée d'un bandage blanc. Deux cadavres en cage
se sodomisent fièrement. L'exposition est une réussite
de bizarreries cruelles, à l'exception de ce trop-plein ennuyeux
d'escargots sillonnant leurs cadres de bave colorée. L'espace
Néon installe du régresso-eighties ludique et dispensable,
pendant que Le Réverbère accroche les clichés
vite oubliés de Laurent Dejente et les objets shootés
au macroscope par Philippe Pétremant en aplats vifs.
Le temps des salutations s'accélère à la galerie
des Terreaux où Rendez-vous toilette les boxes de
l'allée. La Drôlesse retrouve Gilles Pastor et Pierre
David au dîner post-vernissage sur le plateau 5 des Subsistances.
Sans pouvoir décider qui des "artistes" plasticiens
ou des "théâtreux" sont les plus conventionnels
des ambitieux, nous roulons vers le quai Rambaud inondé de
peopleux se réfugiant dans la cale de La Plateforme. Gilles
Vesco ("Je suis le deuxième V de Vélo'V",
déconnait-il un matin passé) assure ne pas pouvoir
distribuer de cartes Vélo'VIP aux passionnés de ces
deux-roues. Juste sorti d'un TGV parisien, Joël donne des
nouvelles de Monsieur H. Tout en radarisant le dancefloor : "Il
y a de beaux spécimen à Lyon. Tiens, regarde, ce mec,
là-bas, porte une moustache parfaite." Les premiers
drinks et paquets de Merit, entamés ce lundi-là,
lanceront une semaine en accéléré avec une
inauguration de Biennale et l'ivresse sur le dj-set de Jennifer
Cardini (mardi), un souper à draguer Vivian Gateau
sur le festival Update (mercredi). Et encore plus jusqu'à
fermer les paupières.
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MERCREDI 28 SEPTEMBRE 2005_ #340
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L'abandon et le bonheur
Courir très vite à côté
de ses jambes. Se croiser sans pouvoir se voir. Tourner en rond
jusqu'à la paranoïa. Casser ses muscles par mégarde.
Transpirer à force de s'oublier. Mercredi, le Ballet
de l'Opéra de Lyon tire sur la corde tendue à bloc
par William Forsythe dans Limb's Theorem. Trois actes
sous tensions électriques incarcèrent l'humain dans
les rouages d'une mécanique où les danseurs ne génèrent
plus que mouvements sans âmes. S'il y a un semblant de libre
respiration lorsque la scène prend des airs de cabaret jazzy
"black and white", nous sortons assommés, et presque
soulagés, de cette représentation puissante et glaciale.
Clignez des paupières. Jeudi, un échange lettré
sur portable marque "Oui, tu te trompes : de plus en plus,
de jour en jour. Apprends à regarder les autres, à
les aimer." Aimer les autres ? C'est quoi, cette histoire
? Il faudra bien, dans un proche avenir, accepter les blessures
ouvertes par le vague amour qui nous emporte parfois et se doit,
naturellement, de mourir. Mais, ces temps-ci, les questions vitales
se cherchent ailleurs, sur le temps qui nous presse dans un entonnoir
d'habitudes ou ces doutes quant à notre capacité à
encore inventer alors que le chrono trotte vite vers la quarantaine.
Parce que, finalement, plus nous vieillissons, plus le champ des
nouvelles rencontres importantes se désertifie. Pire, comme
exposé par Sylvie Perret en dîner au bord du
Rhône, vendredi, sentir ces angoisses d'amies sans
enfant qui approchent la date limite de fécondité
accentue nos malaises de trentenaires capricieux et sophistiqués.
Certaines pré-quadrettes n'ont peut-être pas envie d'enfanter
mais la perspective biologique de ne plus avoir le choix les fait
flipper. Clignez des paupières. Le silence stérile
est total dans les couloirs à fast sex du Trou.
Un colossal banlieusard passe sa main dans un pantalon de survêtement
rouge satiné. Il se masturbe devant un porno muet, en appui
putassier contre un grillage SM, tout visant mon entrejambe. "Ta
bite m'excite. J'aimerais la sentir dans mon cul. Tu es intéressé
par le cul d'un jeune de vingt ans ?" se frotte le serial
fucker avant de disparaître dans une cabine obscure. Au seuil
du jour, un bear se déshabille, enroule son T-shirt autour
d'une poignée de porte. Il descend son pantalon, ventre torse
au mur, se narine de poppers avant abandon facile sur ma bite automate.
Clignez des paupières. Samedi, la voiture franchit
le portail bleu du château de Verbust dans le Beaujolais.
Un tapis de verdure bordé de grands arbres se taille court
jusqu'aux marches princières de la bâtisse rosée.
Gaëlle Communal et Mike Van Sleen écrivent,
en une nuit, des pages d'amours féeriques que les témoins
de leur mariage dévorent en fous rires et drunkitudes abusives.
À ces instants généreux, le bonheur existe
et je peux fermer les paupières.
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MERCREDI 05 OCTOBRE 2005_ #341
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Remplacer Kate Moss
Un pentard bourru et en déséquilibre
alcoolique aura beau prétendre qu'il "veut bien se
faire sodomiser mais pas ce soir", le lancement du nouveau
Trublyon appâte un flot de B-boys inoffensifs et grands
buveurs. Mardi,
en inondation devant le Café 203, l'alternatif local
colle des bières aux lèvres avec le sérieux
de ces gens pour qui l'engagement dans des idées anéantit
toute velléité sexuée. Dès lors, nous
échangerons baisers, sourires et petites nouvelles avec Caroline
Alt en jeune mère épanouie, Flore sous
chauffeuse d'un coupe-vent imprimé léopard et Malik
en sprint pour boucler sa prochaine Divine au Rex Club.
Sous les enceintes accélérant des beats hip-hop, La
Drôlesse commente la rentrée médiatique lyonnaise
(ses avatars et minuscules destins) avec Greg de Jarring Effects
et François Kanardo pendant que Christophe Cédat escrime
avec les flics, venus jouer les poinçonneurs d'autorisation.
Trop heureux de son rôle d'emmerdeur, il fermera bien plus
tard son épicerie face à un groupe de drunkies indignes
et bétonnés sur le trottoir. Clignez des paupières.
Jeudi, la première de
La Pitié dangereuse au théâtre de
la Croix-Rousse ne plaît pas aux critiques. Super Pénélope
défend la pièce, adaptation d'un texte magnifique
de Stefan Zweig, malgré une Sylvie Testud crispée
et hors corps de son personnage. Au tombé de rideau, les
invités jouent des politesses dans le hall d'entrée
et grappillent charcuterie et raisins bicolores. Patrice Béghain
se sent encore jet-laggé depuis son retour du Pérou
mais narre des aventures sud-américaines improbables à
nous faire rire dans nos drinks. Nous tentons de le dissuader de
fréquenter "ce rendez-vous de lyonnaiseries en conserve"
pointé ce jeudi 6 au Grand Café des Négociants.
Rien à faire. Clignez des paupières. Vendredi,
l'ipod pluggé sur l'autoradio et en jeu de morceaux proto-Pink
Floyd par Fisherspooners, Paris Chaffard sonorise la Mercedes old
style d'Yves Caizergues en roues filantes sur le périphérique
Est. Bien décidés à ne pas stationner plus
d'une heure dans la banlieue, nous fumons trois cigarettes dans
la nouvelle salle de concert de Feyzin, l'Épicerie Moderne,
puis saluons, entre deux performers chargés de fruits et
légumes, Anne Huguet, Thierry Pras et un Pierre Obrecht
en plein verbe contre le façading architectural qui aurait
sauvé le Grand Bazar de sa triste fin. Clignez des paupières.
Un restaurant indien graisseux, un loupé de scratching devant
la galerie des Terreaux et une série de vodka Campari dans
les bars gay plus loin, L'Apothéose protège du jour
levant. Jacques Haffner, en retrait définitif du Para Club,
regarde son avenir depuis le bord du comptoir : "Je vais
encore me reconvertir. Après les fleurs et la nuit, je peux
très bien devenir soit esthéticienne, soit top model.
J'hésite encore à remplacer Kate Moss chez H&M."
Fermez les paupières.
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MERCREDI 12 OCTOBRE 2005_ #342
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Wrestling
Mercredi,
nos pieds frôlent les tapis d'Orient placés en superposition
"mille-feuilles" pour amadouer les quatre danseurs de
Mark Tompkins sur un ring douillet, carré flottant
mais instable. Le chorégraphe présente son chemin
de travail aux Subsistances sous forme d'extraits de l'Animal,
en jeu dès ce mardi 11 octobre, puis arbitre des luttes où
les regards se défient et les corps s'étripent, pendulent
de muscles transpirants avant de claquer au sol. Les combattants
nous extorquent rapidement nos instincts de toucheurs frustrés,
sauvages brouillons et d'inavouables dominateurs. En sortie de salle,
La Drôlesse neutralise toute entreprise de séduction
sur Mathurin Bolze, spectateur d'un soir à renverser
: "Ne rêve pas. Il n'a pas sa carte à la Maison
du Convertible." Nos ventres dégustent une soupe
chaude au Cosmo avant de partir rêver ailleurs. Clignez des
paupières. Jeudi, les costumes noirs portent des blondes
souriantes en manchettes lors de la party gargantuesque donnée
par le Grand Café des Négociants. Les fourchettes
piquent dans les plats chauds entre Nadine Fageol presque en excuses
d'avoir interviewé un pauvre Dominique Perben pour un gratuit
local, Christian d'Aubarède dans la faiblesse du "j'aime
mais l'autre ne m'aime pas" et Jacques Haffner en grand
manitou de peopleux old style. En suite de chaque drink, les saloperies
sortiront au sein d'un pool d'impolis : "Carole Dufour dort
sur une banquette !? Impossible. Elle a toujours un ¦il ouvert sur
un client potentiel... Et comment vont les affaires de Laurence
Renaudin ?... Tu parles ! Emmanuel Hamelin, il est gentil... Tréma
? Le magazine ? euh, tu bois quoi déjà ?"
Patrice Béghain rappelle, moqueur, que "soi-disant,
il ne fallait pas fréquenter ce type de soirée. J'espère
un mea culpa dans Nuits Mobiles". Lorsque Christophe Montfort
tend un dernier ballon de crozes-hermitage, il est trop tard pour
être lucide. Mea culpa. Clignez des paupières. Vendredi,
à l'apéritif Freeday du collectif Dopebase,
Dj Poulet vise l'électro star-system où il
serait "en performance scénique avec des djs comme
Laurent Garnier ou Daft Punk. Les moins connus ne m'intéressent
plus". Louise et Thomas goûtent leurs premières
bières au milieu de cette ancienne quincaillerie devenue
familière avec les bleep canailles et les sofas défoncés
pour gens apaisés. Clignez des paupières. Samedi,
les murs d'images coffrent les street-kids dans le bloc du Ninkasi
Kao. Will White, moitié des Propellerheads, décolle
nos semelles de la pellicule de houblon renversée au sol
et mise sur les hurleurs imbibés de breakbeats énergiques
pour nous emprisonner. Le Prousty sirote in love du champagne en
snobisme avec La Drôlesse et à quelques alcoolémies
de Wilfrid Haberey, noyé dans l'acidité du
gin. Usés par la furie d'un titre bâtard mis en sillon
par Flore et à base du Circus Bell de Robert Armani,
nous filons peu droit vers la Presqu'île. Fermez les paupières.
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MERCREDI 19 OCTOBRE 2005_ #343
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Les cobras du pouvoir
Super Pénélope et La Drôlesse
sortent déçues de la représentation d'Animal
par Mark Tompkins et ses quatre forcenés en danse.
Ce mercredi autour du ring des Subsistances n'a rien à voir
avec ce qui, une semaine plus tôt, nous avait soulevés
en répétition publique. De cette humanité brutale
initialement dévoilée, le rendu final se perçoit
plus politisé et surnage dans une atmosphère middle
class américaine de dégénérés
en chamaille au c¦ur d'un lent bordel cheesy. Bien, mais sur la
limite du "trop long" et, surtout, navrant dans sa première
partie axée sur un cours anthropologique vulgaire. Au même
moment, Cécile Paris Chaffard vit un enfer devant
l'interminable Bagdad Café chanté à la Maison
de la danse : "J'ai dû m'assoupir une demi-heure.
Après, j'aurais bien sorti mon tricot", puis corrige
pour ne pas froisser Yves Caizergues, "il n'y avait que
les lumières qui fonctionnaient bien". Au Café
203, nous fumons des cigarettes jusqu'à épuisement
de flammes et repos chaleureux. Clignez des paupières. Jeudi,
au vernissage de Follement Gay ! dans le basement de la bibliothèque
de la Part-Dieu, le rainbow flag identitaire se segmente en panneaux
muraux multicolores qui restructurent l'espace en recoins d'histoires
homosexuelles. Michel Chomarat arrose la réussite
de l'événement devant une table blanche pour vin rouge
où chacun s'improvise militant cultivé jusqu'à
redevenir simple individu devant la porte de sortie. Clignez des
paupières. Vendredi s'embellit du concert faramineux de Buck
65 (photo) au Ninkasi Kao. Sexualisé en uniforme de
marin déviant, le Canadien se querelle avec un phrasé
hip-hop rocailleux et fort en blues. Une scénographie drôle
et cabotine accentue la sensation de vivre seul au fond d'un bar
confidentiel alors que nous sommes là, dans une fosse bondée,
à hurler des "Encore". Z2 en perdra la raison
et avancera devant son idole afin d'obtenir la griffe du beau gosse
sur une affiche. Puis se défaussera : "C'est pour
la vendre sur Ebay." Quai Augagneur, la soirée Écho
Sonore remplit la Plateforme de club-kids incontrôlables
et du who's who électro lyonnais. Le plein niveau de ces
peopleux underground fait croire à Pierre-Marie que
"ce soir, ici, des choses se passent, se décident.
C'est une sorte de danse des cobras en échange de pouvoirs".
Une vaginette de voyage en vibrations au bout des doigts, Nathalie
Veuillet tente de disséquer les sentiments d'amour alors
que La Denise claironne, les yeux pétillants sous
de larges lunettes roses, qu'il vient de quitter Paris pour dévergonder
la nuit lyonnaise. En confiance dans cette noble entreprise, nous
descendons en cale du pétrolier flamboyant et empiétons
sur le dancefloor dans l'étouffé du mix parfait et
excessivement psyché de Luciano. Fin drunky et épuisés
par tant de sourires heureux, nous chutons sous le ciel noir en
couverture sur cette grande fête et fermons les paupières.
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MERCREDI 26 OCTOBRE 2005_ #344
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Une plume dans le pied
Jeudi,
la première visite de l'exposition "Outsiders",
des frères Rosado, sent le sapin déraciné.
Dans la BF15, une canalisation en bois brut achemine le corps
d'un homme abattu jusqu'à la curiosité des visiteurs.
Ce toboggan de la mort trouve écho à l'étage
de la galerie dans une autre installation dérangeante : un
parquet craquant et prêt à céder sous nos pas,
à faire chuter l'humain tout en bas. Déjà,
un malheureux s'est pris les pieds dans ce terrain instable : il
gît allongé en beau cadavre parfait. Pas de quoi rire.
Clignez des paupières. Vendredi,
le ciel étonnamment doux recourbe les lèvres à
une meilleure place. Dans la galerie Elian Lacroix (2 rue
Romarin, quartier Pentes), Olivier Auguste vernit ses portraits
et nus de mâles remasterisés en icônes hypersexuelles.
Jacques Haffner s'étonne du nouveau membre greffé
par l'artiste sur David Cantéra, modèle assis les
jambes écartées et le regard inviteur. "Je
ne regarderai plus jamais David comme avant", se mord Jacques
avant de boire quelques drinks au comptoir voisin. Rive gauche,
l'anniversaire du Vercoquin enrôle ses buveurs de bons
vins pour une mission d'ivresse extrême. Montés sur
des ballons de rouge libres, nous matons un Sylvain vavavoum que
sa fiancée interpellera "pupuce". Notre-Dame
des Backrooms souhaite renaître en "Marie-Sucette".
Il raconte ses dernières actions suburbaines : "Je
me suis fais arrêter par les flics sur les quais alors que
je draguais gentiment. Ils ont cru sûrement que je tapinais. Moi
!? Tapiner !?" En tir sur nos cigarettes, nous trinquons
aux bons baisages de ces forces de l'ordre, valeureux suceurs de
bites pervertis dans nos bordels expérimentaux. Claudius
s'échappe aux bras des jumeaux Rosado et, grand frimeur cogné
par l'alcool, piétine nos éclats de rire. Avant épuisement,
nous saluons le dernier jour travaillé de Jérémy
(photo) au Café 203, verres de rhum tendus vers la bonne
gueule de cet allumeur sur le départ pour l'Australie. Clignez
des paupières. Samedi,
Patrice Béghain roule le long des grandes avenues
du sixième. À chaque feu, il pointe un immeuble pour
commentaire architectural. Lyon est belle. Lambeaux au Théâtre
du huitième, la grande pièce de cette rentrée
: Anne de Boissy concentre, seule, tous les questionnements
intimes, ces intérieurs en conflit avec le brouilleur social
du dehors. Soufflant. Essoufflant. Clignez des paupières.
Nous flashgordons à la galerie Attrape-Couleurs pour
une exposition de vieilles choses affligeantes vernies par Marie-Françoise
Prost-Manillier avant un frappé joyeux de battucada au
Café In (18 rue de Cuire, quartier Croix-Rousse) mis sous
pression brésilienne. Super Pénélope force
sur les mojitos jusqu'à rayonner légère sur
une banquette et faire connaissance avec Mathieu, gentilhomme timide
et pourvu d'un affectif en flottement dans l'incertain. Fermez les
paupières.
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MERCREDI 02 NOVEMBRE 2005_ #345
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Caniche abricot et laisse de luxe
Le temps peut bien s'inverser et anéantir
ces beaux âges d'expériences grandissantes. Jusqu'ici,
le temps faisait de nous des hommes sophistiqués et nuancés.
Par inattention, le temps montrera peut-être un signe de faiblesse
et nous emprunterons la descente vers le trou à vieux cons
aigris et végétatifs. Clignez des paupières.
Mercredi, face à la surboom du Lyon Calling Tour organisée
au Transbordeur, l'évidence crache en pleine peau
: nous sommes trop jeunes pour craindre la fin des excitations nouvelles.
Trop vieux pour ne pas voir dans cette foule sombre, soi-respirante
"alternative", qu'un rassemblement de post-pubères
moches, sans humour et aussi sexy qu'un caniche abricot chiant sur
un trottoir des Pentes et tirant sur sa laisse de luxe. La Drôlesse
corrige : "Nous étions aussi cons à 20 ans."
Sûrement, mais de toutes les tribus adolescentes, celle des fans
de dub, reggae, de fumettes à mollesse (et occasionnellement
repolitisés par l'altermondialisme) grimpe au sommet de l'anti-glamour.
Face aux aberrations capillaires secouant leurs piercings vulgaires,
Meï Teï Sho soulève sans effort la grande salle.
Le son est propre et bien clair. La musique, linéaire et
peu énergisante. Patrice Béghain allume un petit cigare
et, à l'écart de l'armée docile, assiste curieux
et tranquille au concert. Au comptoir du club, Sébastien
Broquet remaquille son sourire narquois d'un drink champagnisé
lorsque Aurélie Haberey se vante d'avoir Vivian vavavoum
Gateau comme voisin d'immeuble à Vaise, nouvel eldorado de
la branchaga local. David Rousseau, dont nous avions perdu la trace
depuis un niveau d'indignité mémorable partagé
sur un dancefloor de Sonar, force la promotion de Spontane, quintet
new-yorkais barré : "Toute la presse veut des interviews.
C'est LE groupe du moment." Sur scène, et malgré
quelques longueurs expérimentales superflues, il y a bien
du phénoménal dans les aventures sonores jouées
par ces fortes têtes. Des bâtardises fraîches
et plaisantes à nous faire fuir les beats interminables de
jungle moulinés en milieu de nuit par le Son du Peuple et
amis. Clignez des paupières. Vendredi,
Le Prousty lance son nouvel âge lors d'une party disco
qui arrose la rue Terme de l'hymne éternel I feel Love
par Donna Summer. Les bouteilles de champagne marinent dans
la baignoire puis se liquident sous des perruques afro démesurées.
Marin montre sa queue dans un couloir. Aveuglées par des
lunettes noires king size, Cécile Paris Chaffard et La Drôlesse
mondanisent par frime exquise. Céline et Malik donnent rendez-vous
à la prochaine Divine du Rex Club (ce samedi 5) où
l'on perdra la tête devant le live de Richard Davis.
Un Clément déboutonne sa chemise et laisse son torse
poilu plonger dans les yeux d'une belle fille. "Je suis
amoureux", préviendra-t-il au moment où le
déséquilibre porté par l'alcool fait tout oublier.
Fermez les paupières.
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INSTINCT NOCTURNE
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Écrit
par Baptiste Jacquet |
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire
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