INSTINCT NOCTURNE

Écrit par Baptiste Jacquet
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire

 

MERCREDI 31 AOUT 2005_ #336

 

Dans le je

Elle aurait dû refuser de devenir la maîtresse d'un gentilhomme maqué. Au Café 203, dans l'excès d'un picolage à mourir d'ivresse douloureuse, elle parle de lui, qui va quitter le pays et la laisser sans rire. Elle a déjà son passé éparpillé dans les clubs de Tokyo, Los Angeles et Bagdad. Elle fuirait bien Paris mais "si tu n'as pas un projet de vie assez précis, à quoi bon changer de ville ?" Clignez des paupières. Quelques matins plus tard, un sac en papier monogrammé Colette développe un disque : un mix d'Ivan Smagghe pour Fabric. La carte de visite jointe prévient : "Pour toi. Un album profond, dark et pas facile. Monsieur H." La survie n'est pas facile et le présent argenté orchestrera tout l'été. Clignez des paupières. Un petit matin, un serial fucker est assis nu au bord de mon lit et veut baiser. Pourtant, de ce partenaire bandant, choisi dans le basement du Dv1, je n'en ai plus besoin et sollicite : "Raconte-moi une histoire extraordinaire." Le prénommé Arthur avance alors : "Euh... Je pense à deux amis qui se sont pendus dernièrement." Anecdote bien banale pour ne pas insulter son auteur, le presser de se rhabiller et de décarpir. Clignez des paupières. Une nuit où il faisait si doux, Super Pénélope sort d'un souper en verre à verre avec Christian R. et Frédéric Sicre au Mercière puis croise la table proche de Jean-René, dandy tout embrassant et demandeur : "Je commence à m'ennuyer dans ma boutique d'antiquaire. À la rentrée, je voudrais que l'on organise de petites fêtes entre amis." Dix cigarettes plus tard sur huit drinks versés à La Ruche, la passerelle du palais de justice jette l'obscurité sur un bar de la Tour Rose fermé et pourtant désiré pour le charme de Toulouse, nouveau barman du lieu délicat. Trop tôt, un Richard se vautre sur un sofa de L'Apothéose et fait descendre les globules rouges au bord de son crâne imberbe pour piper ma bite de prélassé incouchable par brassade d'une fin de glaçon au goût de vodka Campari.Clignez des paupières. "Il valait mieux que je parte. La soirée était pourrie : appartement sinistre. Des types qui sortent des boîtiers de cd pour se taper des narinettes parce qu'ils se font vraiment chier entre eux. Affligeant", résume, sur la messagerie vocale, un tendre paumé hausmannien en virée nocturne de perdition. Ici, à Lyon, le vide remplit les rues de nonchalance. De retour d'un long apéritif au Vin'& Co sur la rive gauche, Anne LS pousse un cri d'horreur à la vue de l'immeuble Monoprix en phase de regrettable rasage. Dans une bouffée de branchaga, elle insiste pour que je donne suite aux mails de Jop, rédacteur en chef de Butt Magazine, et pose nu pour le carnet rose hollandais international. Je cligne des paupières, peu enclin à jouer la frime "bear", et s'interne psychologiquement dans des songes peu sûrs. Puis, en insomnie dans ma chambre, le Carnage - Ok ! de Sergej Auto lui gratte les oreilles dans le confort d'un casque Stanton. Fermez les paupières.

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MERCREDI 07 SEPTEMBRE 2005_ #337

 

No wow

Dégommées de leur goudron, les berges du Rhône ne sont plus qu'un long champ caillouteux et vierge. Vendredi, sur le quai de la Buvette du pont Wilson, personne ne commente cette métamorphose en vue. Tous se penchent sur les bras protecteurs et tendres de Caroline Alt emmitouflant son tout nouveau-né Catrix. À quelques perpendiculaires, rue Chaponay, la quincaillerie réformée par Dopebase en centre apériteux déborde de bavardages et promesses de rentrée souriante. Dj Poulet essaie de convaincre le Goldenboy qu'il est l'idole des filles et parie sur sa carrière à l'international. Coutumier du lunaire excessif, il nous relance afin de commercialiser sa gamme de produits dont un bien nommé et peu probable parfum, Artyfice de Poulet. "On veut une nouvelle bière chaude", tapent du poing sur le comptoir Céline et La Drôlesse pendant que Malik parle booking de djs pour les prochaines soirées Divine. La silhouette élancée par une tunique rouge vive, Ty von Dickxit éteint ses machines à sons et ferme ce premier rendez-vous important de saison. Clignez des paupières. En veillée, nous dansons en appartement sur l'électrique et faramineux No Wow de The Kills puis flashgordons au c¦ur de la soirée UMF dans le basement du DV1. Là, les kids bouffent la chaleur fumante et recrachent de la vapeur désoxygénée qui dégouline sur des boomers violentant une techno ennuyeuse. Nous soldons un reste d'énergie sur le live d'Eedio en balance d'une boucle infinie du Tombé pour la France d'étienne Daho. Clignez des paupières. Emparadisé dans le sous-bois de la colline de la Croix-Rousse, le Jardin Pop sillonne son espace tranquille de transats, piste à pétanque et tables à jouer. Samedi, à l'ombre de la nuit pointante, Cécile Paris Chaffard feint l'idiote face à sa réglette de Scrabble. "Ne t'inquiète pas. Bientôt il fera trop sombre pour que tu puisses encore trouver un mot", la rassure Super Pénélope. Dans l'attente d'un prochain Soup'mix hivernal où un potage au hamburger devrait être servi, les cuisiniers arty Isabelle et Wolfgang picorent des tartines tranchées de tomates charnues et se désaltèrent en drinks légers. En bas, au Bar de la Pêcherie, nous débattons des motivations et intérêts à ouvrir un blog en général et de celui entretenu par Maxime, écrivain parisien, sur 20six.fr en particulier. Le jeune homme prétend qu'il n'a aucune volonté de séduire l'internaute dans la rédaction quotidienne de ses "notes". La Drôlesse trouve l'exercice extrêmement virtuel et dérangeant. Parce que l'impudeur se généralise, le cerveau s'ouvre sur écran et attend des "commentaires" d'inconnus en résonances de vie idéalisée. étrange. Weird. Clignez des paupières. Dans le couloir de L'United Café, Olivier se désole de retrouver ce défilé de gominés en frime dans leurs habits cheap et en senteurs de follitude abusive. Il rince son drink, pince un sourire las puis se présente à la sortie. Fermez les paupières.

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MERCREDI 14 SEPTEMBRE 2005_ #338

 

Chasse-trappe

Jeudi, Lyon Capitale grille la haute-mondanité à l'inauguration de la Biennale d'art contemporain (attendue ce mardi 13) avec le lancement de son nouvel hebdomadaire Week-End à Lyon dans les salons du péteux àKGB : tout ce que la ville compte de notables et hommes politiques aux idées creuses se frotte le bronzage estival et abuse du baiser qui flatte dans un balai de drinks montant à la tête. La Drôlesse profite de cette cour aux puissants et gens de médias pour recharger Stéphane Cayrol qui, malgré toute la sympathie qu'on aime lui montrer, continue l'animation d'un talk-show affligeant sur TLM ("Tellement Mieux"). Les "public relations" se succèdent à tour de mains tendues jusqu'à sourires sincères en compagnie de Françoise Rey et Serge vavavoum Dorny. Dans le trop-plein peopleux, Jean-Luc Very nous invite à la prochaine exposition du Muséum consacrée aux "camouflages", Pierre David expertise les pratiques sexuelles potentiellement déviantes de regards croisés dans la foule tandis que Catherine A. et Claudius flashgordent vers la sortie suite à la liquidation totale des bouteilles de champagne. Clignez des paupières. Le briquet brûle sa cigarette au début. Assise sur un haut tabouret du Baryton, les doigts en trace autour d'un drink, Claire Carthonnet respire une dernière bouffée du coin. Dans quelques jours, elle partira au loin, vers l'ouest "parce qu'il me faut construire une nouvelle vie, échapper à mes dépendances et à l'ennui". Alors, nous approfondissons nos egos et leurs tourments : la mort nous apporterait le bien. L'espérance d'un futur basculant et aléatoire nous laisse en vie. Sous le ciel du dehors, une fille pleure en dernière bouche sur un amant rompeur. Clignez des paupières. Vendredi, Cécile Paris Chaffard descend de la Cadillac blanche garée devant les grilles de la MJC de La Duchère. Pour le dernier apéritif avant-coureur au festival Update de la compagnie Là Hors De (du 13 au 18 septembre), beadoa.org joue des mp3 et sonne Ding Dang Dong sur la terrasse en apesanteur au-dessus de la ville. Christophe Montfort, François Kanardo et Michel Cavalca recalent leur passé respectif dans la cité en barres tout en surveillant le soleil en fonte orangée sur la Saône. Le Goldenboy photonumérise la belle soirée. Hubert-Julien Laferrière finit son drink et manquera l'instant interminable où tous dansent les bras ivres sur What's happened d'Abe Duque au pied d'un immeuble endormi. Clignez des paupières. Samedi, les collectifs Louche et Fits Art Step couvrent le fronton du feu cinéma Comoedia d'affiches à rebours : créer un visuel pour aboutir, en mars 2006, à un court-métrage est le concept de ce "Cinéma à l'Envers". En terrasse, face à l'avenue Berthelot sous la pluie, Paris prévoit une soirée DVD "à l'abri de mon cerveau" lorsque Christian Jeulin regarde un ange passer, échassier cabot en slalom entre les voitures à l'arrêt. Fermez des paupières.

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MERCREDI 21 SEPTEMBRE 2005_ #339

 
The Collision Week

Le tas des mille et quelques autres nus se souviendra certainement de son acte "artistique" devant les caméras de TF1 et télévisions siamoises, toutes dévouées à la promotion de la culture d'avant-garde. Pince-rires. "Tu ne t'es pas dépoilé pour Spencer Tunick ?" courra toute la semaine. Comme si une impudeur textuelle, ici, devait accoucher de sa chair découverte entre deux conteneurs à affréter pour l'échafaud. Comme si exister aujourd'hui n'était plus qu'une question grossière, sans tenue, ni style. Clignez des paupières. Lundi, nous vernissons à toute allure les galeries d'art en Résonance à la Biennale d'art contemporain : les avions de Gonzalo Lebrija reposent leurs ailes d'aluminium sur le sol de la BF15. Au mur, cinq photographies figent des affairistes derrière une table de travail. Nous ne savons pas si ces hommes de l'ombre sont des industriels, des mafieux ou des prétendus intellectuels. Bizarrement, l'un d'eux, debout en retrait de la "cène" principale, porte un planeur en papier. À ces vendeurs de rêves (peut-être de luxe ou d'artifices chimiques), Pascal Bernier répond par le carcéral mortuaire dans Vanity Affair à la galerie José Martinez : le squelette d'un chien muselé vise un os perché. Un sanglier maintient sa tête empaillée d'un bandage blanc. Deux cadavres en cage se sodomisent fièrement. L'exposition est une réussite de bizarreries cruelles, à l'exception de ce trop-plein ennuyeux d'escargots sillonnant leurs cadres de bave colorée. L'espace Néon installe du régresso-eighties ludique et dispensable, pendant que Le Réverbère accroche les clichés vite oubliés de Laurent Dejente et les objets shootés au macroscope par Philippe Pétremant en aplats vifs. Le temps des salutations s'accélère à la galerie des Terreaux où Rendez-vous toilette les boxes de l'allée. La Drôlesse retrouve Gilles Pastor et Pierre David au dîner post-vernissage sur le plateau 5 des Subsistances. Sans pouvoir décider qui des "artistes" plasticiens ou des "théâtreux" sont les plus conventionnels des ambitieux, nous roulons vers le quai Rambaud inondé de peopleux se réfugiant dans la cale de La Plateforme. Gilles Vesco ("Je suis le deuxième V de Vélo'V", déconnait-il un matin passé) assure ne pas pouvoir distribuer de cartes Vélo'VIP aux passionnés de ces deux-roues. Juste sorti d'un TGV parisien, Joël donne des nouvelles de Monsieur H. Tout en radarisant le dancefloor : "Il y a de beaux spécimen à Lyon. Tiens, regarde, ce mec, là-bas, porte une moustache parfaite." Les premiers drinks et paquets de Merit, entamés ce lundi-là, lanceront une semaine en accéléré avec une inauguration de Biennale et l'ivresse sur le dj-set de Jennifer Cardini (mardi), un souper à draguer Vivian Gateau sur le festival Update (mercredi). Et encore plus jusqu'à fermer les paupières.

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MERCREDI 28 SEPTEMBRE 2005_ #340

 

L'abandon et le bonheur

Courir très vite à côté de ses jambes. Se croiser sans pouvoir se voir. Tourner en rond jusqu'à la paranoïa. Casser ses muscles par mégarde. Transpirer à force de s'oublier. Mercredi, le Ballet de l'Opéra de Lyon tire sur la corde tendue à bloc par William Forsythe dans Limb's Theorem. Trois actes sous tensions électriques incarcèrent l'humain dans les rouages d'une mécanique où les danseurs ne génèrent plus que mouvements sans âmes. S'il y a un semblant de libre respiration lorsque la scène prend des airs de cabaret jazzy "black and white", nous sortons assommés, et presque soulagés, de cette représentation puissante et glaciale. Clignez des paupières. Jeudi, un échange lettré sur portable marque "Oui, tu te trompes : de plus en plus, de jour en jour. Apprends à regarder les autres, à les aimer." Aimer les autres ? C'est quoi, cette histoire ? Il faudra bien, dans un proche avenir, accepter les blessures ouvertes par le vague amour qui nous emporte parfois et se doit, naturellement, de mourir. Mais, ces temps-ci, les questions vitales se cherchent ailleurs, sur le temps qui nous presse dans un entonnoir d'habitudes ou ces doutes quant à notre capacité à encore inventer alors que le chrono trotte vite vers la quarantaine. Parce que, finalement, plus nous vieillissons, plus le champ des nouvelles rencontres importantes se désertifie. Pire, comme exposé par Sylvie Perret en dîner au bord du Rhône, vendredi, sentir ces angoisses d'amies sans enfant qui approchent la date limite de fécondité accentue nos malaises de trentenaires capricieux et sophistiqués. Certaines pré-quadrettes n'ont peut-être pas envie d'enfanter mais la perspective biologique de ne plus avoir le choix les fait flipper. Clignez des paupières. Le silence stérile est total dans les couloirs à fast sex du Trou. Un colossal banlieusard passe sa main dans un pantalon de survêtement rouge satiné. Il se masturbe devant un porno muet, en appui putassier contre un grillage SM, tout visant mon entrejambe. "Ta bite m'excite. J'aimerais la sentir dans mon cul. Tu es intéressé par le cul d'un jeune de vingt ans ?" se frotte le serial fucker avant de disparaître dans une cabine obscure. Au seuil du jour, un bear se déshabille, enroule son T-shirt autour d'une poignée de porte. Il descend son pantalon, ventre torse au mur, se narine de poppers avant abandon facile sur ma bite automate. Clignez des paupières. Samedi, la voiture franchit le portail bleu du château de Verbust dans le Beaujolais. Un tapis de verdure bordé de grands arbres se taille court jusqu'aux marches princières de la bâtisse rosée. Gaëlle Communal et Mike Van Sleen écrivent, en une nuit, des pages d'amours féeriques que les témoins de leur mariage dévorent en fous rires et drunkitudes abusives. À ces instants généreux, le bonheur existe et je peux fermer les paupières.

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MERCREDI 05 OCTOBRE 2005_ #341

 

Remplacer Kate Moss

Un pentard bourru et en déséquilibre alcoolique aura beau prétendre qu'il "veut bien se faire sodomiser mais pas ce soir", le lancement du nouveau Trublyon appâte un flot de B-boys inoffensifs et grands buveurs. Mardi, en inondation devant le Café 203, l'alternatif local colle des bières aux lèvres avec le sérieux de ces gens pour qui l'engagement dans des idées anéantit toute velléité sexuée. Dès lors, nous échangerons baisers, sourires et petites nouvelles avec Caroline Alt en jeune mère épanouie, Flore sous chauffeuse d'un coupe-vent imprimé léopard et Malik en sprint pour boucler sa prochaine Divine au Rex Club. Sous les enceintes accélérant des beats hip-hop, La Drôlesse commente la rentrée médiatique lyonnaise (ses avatars et minuscules destins) avec Greg de Jarring Effects et François Kanardo pendant que Christophe Cédat escrime avec les flics, venus jouer les poinçonneurs d'autorisation. Trop heureux de son rôle d'emmerdeur, il fermera bien plus tard son épicerie face à un groupe de drunkies indignes et bétonnés sur le trottoir. Clignez des paupières. Jeudi, la première de La Pitié dangereuse au théâtre de la Croix-Rousse ne plaît pas aux critiques. Super Pénélope défend la pièce, adaptation d'un texte magnifique de Stefan Zweig, malgré une Sylvie Testud crispée et hors corps de son personnage. Au tombé de rideau, les invités jouent des politesses dans le hall d'entrée et grappillent charcuterie et raisins bicolores. Patrice Béghain se sent encore jet-laggé depuis son retour du Pérou mais narre des aventures sud-américaines improbables à nous faire rire dans nos drinks. Nous tentons de le dissuader de fréquenter "ce rendez-vous de lyonnaiseries en conserve" pointé ce jeudi 6 au Grand Café des Négociants. Rien à faire. Clignez des paupières. Vendredi, l'ipod pluggé sur l'autoradio et en jeu de morceaux proto-Pink Floyd par Fisherspooners, Paris Chaffard sonorise la Mercedes old style d'Yves Caizergues en roues filantes sur le périphérique Est. Bien décidés à ne pas stationner plus d'une heure dans la banlieue, nous fumons trois cigarettes dans la nouvelle salle de concert de Feyzin, l'Épicerie Moderne, puis saluons, entre deux performers chargés de fruits et légumes, Anne Huguet, Thierry Pras et un Pierre Obrecht en plein verbe contre le façading architectural qui aurait sauvé le Grand Bazar de sa triste fin. Clignez des paupières. Un restaurant indien graisseux, un loupé de scratching devant la galerie des Terreaux et une série de vodka Campari dans les bars gay plus loin, L'Apothéose protège du jour levant. Jacques Haffner, en retrait définitif du Para Club, regarde son avenir depuis le bord du comptoir : "Je vais encore me reconvertir. Après les fleurs et la nuit, je peux très bien devenir soit esthéticienne, soit top model. J'hésite encore à remplacer Kate Moss chez H&M." Fermez les paupières.

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MERCREDI 12 OCTOBRE 2005_ #342

 

Wrestling

Mercredi, nos pieds frôlent les tapis d'Orient placés en superposition "mille-feuilles" pour amadouer les quatre danseurs de Mark Tompkins sur un ring douillet, carré flottant mais instable. Le chorégraphe présente son chemin de travail aux Subsistances sous forme d'extraits de l'Animal, en jeu dès ce mardi 11 octobre, puis arbitre des luttes où les regards se défient et les corps s'étripent, pendulent de muscles transpirants avant de claquer au sol. Les combattants nous extorquent rapidement nos instincts de toucheurs frustrés, sauvages brouillons et d'inavouables dominateurs. En sortie de salle, La Drôlesse neutralise toute entreprise de séduction sur Mathurin Bolze, spectateur d'un soir à renverser : "Ne rêve pas. Il n'a pas sa carte à la Maison du Convertible." Nos ventres dégustent une soupe chaude au Cosmo avant de partir rêver ailleurs. Clignez des paupières. Jeudi, les costumes noirs portent des blondes souriantes en manchettes lors de la party gargantuesque donnée par le Grand Café des Négociants. Les fourchettes piquent dans les plats chauds entre Nadine Fageol presque en excuses d'avoir interviewé un pauvre Dominique Perben pour un gratuit local, Christian d'Aubarède dans la faiblesse du "j'aime mais l'autre ne m'aime pas" et Jacques Haffner en grand manitou de peopleux old style. En suite de chaque drink, les saloperies sortiront au sein d'un pool d'impolis : "Carole Dufour dort sur une banquette !? Impossible. Elle a toujours un ¦il ouvert sur un client potentiel... Et comment vont les affaires de Laurence Renaudin ?... Tu parles ! Emmanuel Hamelin, il est gentil... Tréma ? Le magazine ? euh, tu bois quoi déjà ?" Patrice Béghain rappelle, moqueur, que "soi-disant, il ne fallait pas fréquenter ce type de soirée. J'espère un mea culpa dans Nuits Mobiles". Lorsque Christophe Montfort tend un dernier ballon de crozes-hermitage, il est trop tard pour être lucide. Mea culpa. Clignez des paupières. Vendredi, à l'apéritif Freeday du collectif Dopebase, Dj Poulet vise l'électro star-system où il serait "en performance scénique avec des djs comme Laurent Garnier ou Daft Punk. Les moins connus ne m'intéressent plus". Louise et Thomas goûtent leurs premières bières au milieu de cette ancienne quincaillerie devenue familière avec les bleep canailles et les sofas défoncés pour gens apaisés. Clignez des paupières. Samedi, les murs d'images coffrent les street-kids dans le bloc du Ninkasi Kao. Will White, moitié des Propellerheads, décolle nos semelles de la pellicule de houblon renversée au sol et mise sur les hurleurs imbibés de breakbeats énergiques pour nous emprisonner. Le Prousty sirote in love du champagne en snobisme avec La Drôlesse et à quelques alcoolémies de Wilfrid Haberey, noyé dans l'acidité du gin. Usés par la furie d'un titre bâtard mis en sillon par Flore et à base du Circus Bell de Robert Armani, nous filons peu droit vers la Presqu'île. Fermez les paupières.

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MERCREDI 19 OCTOBRE 2005_ #343

 

Les cobras du pouvoir

Super Pénélope et La Drôlesse sortent déçues de la représentation d'Animal par Mark Tompkins et ses quatre forcenés en danse. Ce mercredi autour du ring des Subsistances n'a rien à voir avec ce qui, une semaine plus tôt, nous avait soulevés en répétition publique. De cette humanité brutale initialement dévoilée, le rendu final se perçoit plus politisé et surnage dans une atmosphère middle class américaine de dégénérés en chamaille au c¦ur d'un lent bordel cheesy. Bien, mais sur la limite du "trop long" et, surtout, navrant dans sa première partie axée sur un cours anthropologique vulgaire. Au même moment, Cécile Paris Chaffard vit un enfer devant l'interminable Bagdad Café chanté à la Maison de la danse : "J'ai dû m'assoupir une demi-heure. Après, j'aurais bien sorti mon tricot", puis corrige pour ne pas froisser Yves Caizergues, "il n'y avait que les lumières qui fonctionnaient bien". Au Café 203, nous fumons des cigarettes jusqu'à épuisement de flammes et repos chaleureux. Clignez des paupières. Jeudi, au vernissage de Follement Gay ! dans le basement de la bibliothèque de la Part-Dieu, le rainbow flag identitaire se segmente en panneaux muraux multicolores qui restructurent l'espace en recoins d'histoires homosexuelles. Michel Chomarat arrose la réussite de l'événement devant une table blanche pour vin rouge où chacun s'improvise militant cultivé jusqu'à redevenir simple individu devant la porte de sortie. Clignez des paupières. Vendredi s'embellit du concert faramineux de Buck 65 (photo) au Ninkasi Kao. Sexualisé en uniforme de marin déviant, le Canadien se querelle avec un phrasé hip-hop rocailleux et fort en blues. Une scénographie drôle et cabotine accentue la sensation de vivre seul au fond d'un bar confidentiel alors que nous sommes là, dans une fosse bondée, à hurler des "Encore". Z2 en perdra la raison et avancera devant son idole afin d'obtenir la griffe du beau gosse sur une affiche. Puis se défaussera : "C'est pour la vendre sur Ebay." Quai Augagneur, la soirée Écho Sonore remplit la Plateforme de club-kids incontrôlables et du who's who électro lyonnais. Le plein niveau de ces peopleux underground fait croire à Pierre-Marie que "ce soir, ici, des choses se passent, se décident. C'est une sorte de danse des cobras en échange de pouvoirs". Une vaginette de voyage en vibrations au bout des doigts, Nathalie Veuillet tente de disséquer les sentiments d'amour alors que La Denise claironne, les yeux pétillants sous de larges lunettes roses, qu'il vient de quitter Paris pour dévergonder la nuit lyonnaise. En confiance dans cette noble entreprise, nous descendons en cale du pétrolier flamboyant et empiétons sur le dancefloor dans l'étouffé du mix parfait et excessivement psyché de Luciano. Fin drunky et épuisés par tant de sourires heureux, nous chutons sous le ciel noir en couverture sur cette grande fête et fermons les paupières.

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MERCREDI 26 OCTOBRE 2005_ #344

 

Une plume dans le pied

Jeudi, la première visite de l'exposition "Outsiders", des frères Rosado, sent le sapin déraciné. Dans la BF15, une canalisation en bois brut achemine le corps d'un homme abattu jusqu'à la curiosité des visiteurs. Ce toboggan de la mort trouve écho à l'étage de la galerie dans une autre installation dérangeante : un parquet craquant et prêt à céder sous nos pas, à faire chuter l'humain tout en bas. Déjà, un malheureux s'est pris les pieds dans ce terrain instable : il gît allongé en beau cadavre parfait. Pas de quoi rire. Clignez des paupières. Vendredi, le ciel étonnamment doux recourbe les lèvres à une meilleure place. Dans la galerie Elian Lacroix (2 rue Romarin, quartier Pentes), Olivier Auguste vernit ses portraits et nus de mâles remasterisés en icônes hypersexuelles. Jacques Haffner s'étonne du nouveau membre greffé par l'artiste sur David Cantéra, modèle assis les jambes écartées et le regard inviteur. "Je ne regarderai plus jamais David comme avant", se mord Jacques avant de boire quelques drinks au comptoir voisin. Rive gauche, l'anniversaire du Vercoquin enrôle ses buveurs de bons vins pour une mission d'ivresse extrême. Montés sur des ballons de rouge libres, nous matons un Sylvain vavavoum que sa fiancée interpellera "pupuce". Notre-Dame des Backrooms souhaite renaître en "Marie-Sucette". Il raconte ses dernières actions suburbaines : "Je me suis fais arrêter par les flics sur les quais alors que je draguais gentiment. Ils ont cru sûrement que je tapinais. Moi !? Tapiner !?" En tir sur nos cigarettes, nous trinquons aux bons baisages de ces forces de l'ordre, valeureux suceurs de bites pervertis dans nos bordels expérimentaux. Claudius s'échappe aux bras des jumeaux Rosado et, grand frimeur cogné par l'alcool, piétine nos éclats de rire. Avant épuisement, nous saluons le dernier jour travaillé de Jérémy (photo) au Café 203, verres de rhum tendus vers la bonne gueule de cet allumeur sur le départ pour l'Australie. Clignez des paupières. Samedi, Patrice Béghain roule le long des grandes avenues du sixième. À chaque feu, il pointe un immeuble pour commentaire architectural. Lyon est belle. Lambeaux au Théâtre du huitième, la grande pièce de cette rentrée : Anne de Boissy concentre, seule, tous les questionnements intimes, ces intérieurs en conflit avec le brouilleur social du dehors. Soufflant. Essoufflant. Clignez des paupières. Nous flashgordons à la galerie Attrape-Couleurs pour une exposition de vieilles choses affligeantes vernies par Marie-Françoise Prost-Manillier avant un frappé joyeux de battucada au Café In (18 rue de Cuire, quartier Croix-Rousse) mis sous pression brésilienne. Super Pénélope force sur les mojitos jusqu'à rayonner légère sur une banquette et faire connaissance avec Mathieu, gentilhomme timide et pourvu d'un affectif en flottement dans l'incertain. Fermez les paupières.

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MERCREDI 02 NOVEMBRE 2005_ #345

 

Caniche abricot et laisse de luxe

Le temps peut bien s'inverser et anéantir ces beaux âges d'expériences grandissantes. Jusqu'ici, le temps faisait de nous des hommes sophistiqués et nuancés. Par inattention, le temps montrera peut-être un signe de faiblesse et nous emprunterons la descente vers le trou à vieux cons aigris et végétatifs. Clignez des paupières. Mercredi, face à la surboom du Lyon Calling Tour organisée au Transbordeur, l'évidence crache en pleine peau : nous sommes trop jeunes pour craindre la fin des excitations nouvelles. Trop vieux pour ne pas voir dans cette foule sombre, soi-respirante "alternative", qu'un rassemblement de post-pubères moches, sans humour et aussi sexy qu'un caniche abricot chiant sur un trottoir des Pentes et tirant sur sa laisse de luxe. La Drôlesse corrige : "Nous étions aussi cons à 20 ans." Sûrement, mais de toutes les tribus adolescentes, celle des fans de dub, reggae, de fumettes à mollesse (et occasionnellement repolitisés par l'altermondialisme) grimpe au sommet de l'anti-glamour. Face aux aberrations capillaires secouant leurs piercings vulgaires, Meï Teï Sho soulève sans effort la grande salle. Le son est propre et bien clair. La musique, linéaire et peu énergisante. Patrice Béghain allume un petit cigare et, à l'écart de l'armée docile, assiste curieux et tranquille au concert. Au comptoir du club, Sébastien Broquet remaquille son sourire narquois d'un drink champagnisé lorsque Aurélie Haberey se vante d'avoir Vivian vavavoum Gateau comme voisin d'immeuble à Vaise, nouvel eldorado de la branchaga local. David Rousseau, dont nous avions perdu la trace depuis un niveau d'indignité mémorable partagé sur un dancefloor de Sonar, force la promotion de Spontane, quintet new-yorkais barré : "Toute la presse veut des interviews. C'est LE groupe du moment." Sur scène, et malgré quelques longueurs expérimentales superflues, il y a bien du phénoménal dans les aventures sonores jouées par ces fortes têtes. Des bâtardises fraîches et plaisantes à nous faire fuir les beats interminables de jungle moulinés en milieu de nuit par le Son du Peuple et amis. Clignez des paupières. Vendredi, Le Prousty lance son nouvel âge lors d'une party disco qui arrose la rue Terme de l'hymne éternel I feel Love par Donna Summer. Les bouteilles de champagne marinent dans la baignoire puis se liquident sous des perruques afro démesurées. Marin montre sa queue dans un couloir. Aveuglées par des lunettes noires king size, Cécile Paris Chaffard et La Drôlesse mondanisent par frime exquise. Céline et Malik donnent rendez-vous à la prochaine Divine du Rex Club (ce samedi 5) où l'on perdra la tête devant le live de Richard Davis. Un Clément déboutonne sa chemise et laisse son torse poilu plonger dans les yeux d'une belle fille. "Je suis amoureux", préviendra-t-il au moment où le déséquilibre porté par l'alcool fait tout oublier. Fermez les paupières.

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Écrit par Baptiste Jacquet
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