|
|
|
INSTINCT NOCTURNE
|
Écrit
par Baptiste Jacquet |
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire
|

|
|
| |
| MERCREDI 15 JUIN
2005_ #329 |
|
 |
|
|
|
Je
suis le maître
Alors je cours sur l'eau en perles sur le
champ de hautes herbes. Mon chien marque un arrêt près
de la barrière en bois vermoulu et, depuis longtemps, étouffée
par du lichen odorant. Une patte hors de cette humidité matinale,
il n'a pas son pareil pour se statufier et observer tous mes gestes.
Je frappe la main droite sur ma cuisse, il accourt jusqu'à
plaquer ses deux coussins doux contre mes épaules. La langue
chercheuse passe sur mes joues comme une brosse chaude. Je me laisse
tomber dans le vert mouillé et bataille avec l'animal. Ses
mordilles pourraient se transformer en morsures mais, voilà,
je suis son maître. Ouvrez les paupières. Regarder
très loin vers l'arrière pour imaginer le potentiel
de l'avant. L'histoire ancienne s'écrit sur un parchemin
de belles naïvetés, de chimères refoulées
et de montagnes capsulées de sucre glace qu'enfants, nous
essayons de gravir sans vertige. Trentenaires et plus, où
en sommes-nous ? Clignez des paupières. Mercredi,
un violent échange familial révèle ce qui pèse
toujours un peu. Cette co-sanguine Périgourdine me parle
comme à un gosse parce que je n'ai ni enfant ni épouse
embagousée. Comme si le fait d'être célibataire
libre me figeait dans l'immaturité, voire me qualifiait pour
la classe des frivoles irresponsables à qui il est impérieux
de fournir, sans cesse, un guide de bonne vie. Jusqu'à 27
ans, la pression est forte pour que chacun trouve sa moitié
et fonde le bienheureux foyer. Après ? C'est trop tard. Condamné
à être un incompréhensible ado attardé
refusant, audacieux, la descendance qui lui assurerait une mort
de vrai adulte. Clignez des paupières. Qu'ils se la gardent,
leur vie rangée dans une boîte en carton-pâte.
Clignez des paupières. Jeudi, l'institut d'Art
contemporain vernit l'exposition Enter your dreams, entre-accrochages
de jeunes artistes lyonnais. Entre la table de ping-pong tubulaire
de Laurent Perbos et l'architecture fragile de Louis Theillier,
toutes les autres installations présentées se répondent
avec cohérence et en référence touchante à
l'enfance. Une nostalgie positive naît sans que l'exposition
ne soit pour autant renversante. Le trop-plein de connivences dans
le recyclage de la culture adulescente réveille plus qu'il
n'excite. Clignez des paupières. Dans la cour du centre d'art,
Carla deale des barrettes de mémoire pour son vieil iMac
alors que la Drôlesse et Cécile Paris Chaffard partagent
quelques drinks avec Céline et Malik, organisateurs de soirées
Divine. Toujours pas guéries de leur wannabe-attitude, les
deux demoiselles, secourues par Emma, nous reclonent en stars du
cinéma hollywoodien. "à Sonar, je ne serais
plus J.Lo mais Beyoncé. Toi, tu veux toujours être
Ruppert Pervert ?" me questionne Emma. Ne sachant pas trop
qui je suis, alors, oui, pourquoi pas. Clignez des paupières,
encastrés à six dans une voiture miniature pour un
retour en Presqu'île. Sur les marches en grimpe vers La
Grafisterie, un vieux tube énervant de Brassens roule
jusqu'à la rue des Capucins. Le squat "underground"
se mure de ces dessins minimalistes et photographies ultra-urbaines
qui ne surprennent plus personne. François Kanardo
photoshoote les pieds de Cécile Paris. Nous végétons,
sans une larme d'alcool, sur un canapé déchiré
et faisons face à un dj en passe-passe avec ses vieux vinyls,
tels des couch-potatoes en visionnage d'une série Z. Puis,
clignons des paupières. Vendredi, mon corps est tendu dès
la sortie du lit. Une journée qui aurait dû réduire
la semaine à six jours. En échappé, j'accompagne
la Drôlesse à la rincée de champagne offerte
par le Ninkasi Kao pour fêter sa fin de saison. Thierry
Pilat, maître de cérémonie, trinque avec
les corps de rockeux et peopleux accrochés au bar. Cricri
prétend avoir été chargé sur mon défunt
blog. "Je ne passerais pas autant de temps à parler
et à déconner avec toi si je ne t'aimais pas",
corrigé-je avant d'imaginer la fin du monde avec Thierry
Pras. Contrairement au retour des valeurs seventies actuelles,
je parie sur une société calquée sur les années
trente, celles où les fortunés se roulaient dans leur
argent tandis que les miséreux se dirigeaient vers des dictateurs
monstrueux. Thierry se veut plus positif et croit au grain de sable
qui fera repartir le monde dans le meilleur. Clignez des paupières.
En suite du concert scotchant de Notwist, nous flashgordons au DV1
sévèrement drunky. Mika serre Cart One de sourires
dragueurs quand A Jackin Phreak se remue sur le dancefloor
uniquement sur les titres acid house mâchés par Cosmo
Vitelli. Clignez des paupières. "Il y a des gens
qui baisent dans les toilettes", s'étonne une petite
frappe à l'étage de L'Apothéose. "Ce
ne sont pas des toilettes mais des cabines", lui prend
la main un serial fucker avant de s'enfermer dans une boîte
à baise. Fermez les paupières, le coeur déjà
au Sonar Festival de Barcelone. Peut-être n'en reviendrai-je
pas mort.
|
| Haut de page |
| MERCREDI 22 JUIN
2005 _ #330 |
|
 |
|
|
Danser
jusqu'à ce que mes mains touchent un dieu
J'aurai
tout fait pour partir en Espagne : covoiturages entre amis, cinq
trains pour un aller, auto-stop au péage de Vienne, et, cette
année, jambes ficelées dans un bus-poulailler. Le
pèlerinage pour le Sonar Festival de Barcelone mérite
petites peines et soudaines audaces. Clignez des paupières.
Mercredi, un taxi noir et or me dépose devant l'esplanade
de l'Institut français, centre culturel dans lequel Isabelle
Laurent et Wolfgang Spindler tiennent auberge lyonnaise jusqu'à
la Fête de la musique avec un Soup'mix au pistou énergisé
par dj Flore. Nous brûlons des cigarettes et échangeons
rires nocturnes avant un bon sommeil, le dernier. Clignez des paupières.
À l'extérieur du Macba, dos aux promoteurs de soirées
et vendeurs de bière, des grapheurs actionnent les bombes
sur une muraille de tôle. Jeudi, au bleu total sous
soleil plat, l'herbe synthétique du musée d'Art contemporain
laisse pousser quinze mille electro-addicts venus du monde entier.
À peine en piste, un club-kid casqué d'un masque
de chiot en peluche nous tire une langue d'assoiffé. Deux
bimbos en robe du soir fleurie sucent le micro d'un reporter-cameraman
quand le bar pro débute le marathon musical à coups
de drinks en chaîne. Clignez des paupières. En délocalisant
une de ces six scènes à l'extérieur du site,
le festival n'échappe toujours pas au raz de marée
humain. L'accès au live réussi de Booka Shade ou à
la cuisine sonore indigeste de Matthew Herbert ordonne patience
et respiration limitée. Le Bimb et Dimitri s'en accommodent,
trop heureux de frimer à proximité d'Élisabeth
Lebovici en compagnie du staff Otra Otra. Clignez des paupières.
En pleine soirée, le trop-plein sera le même au Razzmattaz.
Les glandeurs de TTC scotchent Emma et Cart One sur la piste pendant
que La Drôlesse grimpe en étage et rentre dans l'enveloppe
planante et finement collante du live à frissons usiné
par Nathan Fake. Les écrans d'images électrocutent
un Mickey Mouse squelettique et font hurler dans un mégaphone
pailleté un voisin de transpiration. Avant de cligner des
paupières, nous perfusons dans nos jambes un venin d'insomnie
shaké par Richard X en jeu amusé avec mon objectif
photo. Vendredi, les ballons rebondissent au-dessus d'une
vague de têtes et de bras tirés vers Miss Kittin.
La star grenobloise triture sa voix sexy en machine robotique et
nous fait suffoquer dans l'extrème chaleur. Au Red Bull Lounge,
nous découvrons le duo allemand Popnebo & Dadableep en
adorable prestation groovy et vavavoum face à une armée
de jambes moites et en déraison. Clignez des paupières.
Impossible de s'évader de cette caisse sonore lourde, à
détruire les oreilles et renverser un mur léger. À
Montjuic, Chemical Brothers nous pose sur une autoroute folle et
imposant la danse. Plus loin, James Murphy raconte avec tant d'intelligence
ce qu'est la dance music que nous poussons des "Youli !"
amoureux. Clignez des paupières. "C'est la salle
lesbienne et gay", sourit Le Bimb dans l'attente du concert
de Le Tigre. Les trois féministes inventent un "Abba
rock" qui provoque l'hystérie d'un groupe de Japonaises,
le nettoyage dentaire d'une junky à la cocaïne et des
sauts aériens sur un Deceptacion à pleine guitare.
"Il faisait moins le malin en marchant dans la neige avec
Björk", commente Dimitri devant The Soft Pink Truth en
performance porno-con électroniphiée. Clignez des
paupières. Au bar pro, au regard des gueules défaites,
on se questionne afin de savoir si le staff des Nuits Sonores a
dormi depuis son arrivée. Vincent Carry s'exalte :
"Tu as loupé la rencontre entre Miss Kittin, Laurent
Garnier et Depeche Mode." Puis, nous courons danser jusqu'au
matin, puis, clignons des paupières. Samedi, en discussion
avec Neneh Cherry, Emma fait sa crâneuse après
avoir été "matinale" pour assister au live
des seuls Lyonnais programmés, Paral-lel. Notre fatigue presque
invisible nous assoit devant Hot Chip à observer ce
fashion world en décomposition diurne. Clignez des paupières.
Trente mille courageux s'encastrent dans les salles de Montjuic
pour le grand final. Immense final : hypnotique LCD Soundsystem
sur La Drôlesse. Miss Kittin en pilonneuse du buste de Christian
Jeulin. Infection de mon sang par les boucles acid et beats cisaillés
du génial Luke Vibert. Incendie général aux
pieds d'Emma et Cart One par Ellen Allien. Enfin, je danse
jusqu'à ce que mes mains touchent un dieu lorsque la folie
s'empare du public sous pilotage hallucinogène de dj Diplo,
terreur de sonorités ragga chahutantes avec des standards
pop qui feront fumer de rire les De la Soul et se lover M.I.A.
(photo) sur le dancefloor. Au grand jour, nous soufflons le sable
balayant l'anti-Sonar, espace mad-maxien dressé de caravanes
chargées de soundsystems hurlants et hanté par des
dizaines de milliers d'insomniaques. Certains d'avoir trouvé
notre paradis au milieu de l'inhumain, nous fermons les paupières
: "Nous signons direct pour l'an prochain."
|
| Haut de page |
| MERCREDI 29 JUIN
2005 _ #331 |
|
 |
|
|
|
Les
gosses
Chaque juin cède au milieu. En boucle
annuelle, ce mois égrène ses derniers jours douloureux
: habituels retours de Barcelone pour une déprime post-Sonar.
Habituels bigoudis en acier coupant roulés dans la masse
cérébrale et saigneurs d'ennuis financiers brûlants.
Rien ne va plus. Clignez des paupières. Mardi, l'oubli du
mauvais passage se trouve sur la terrasse du Modern Art Café.
Une piste d'athlétisme longue de dix mètres, un bassin
d'eau à court niveau et un podium pour remise de médailles
délimitent un stade olympique de poche, où les gradins
sont tables à boire et à rire des idioties du collectif
PMP. Indoor, les compétiteurs (plus alcooliques que sportifs)
se boxent sur un ring, des mains géantes de mousse tendre
en gants de frappe. Le Goldenboy se bat comme un petit diable
dans son moule-burnes de Lycra noir et crie trop souvent victoire.
Dans ce championnat pour tricheurs, Helena Roche rentrera aux
vestiaires avec un diplôme sans valeur et David Cantéra
sera incapable d'arbitrer ces jeux menés par des dopés
aux chips et à l'alcool fort. Clignez des paupières.
Jeudi, Christian prend table au Café 203 et régale
de ses Bear's parties expérimentées sur les toits
d'hôtels à San Diego : "Les mecs étaient
tellement sexy que je ne savais plus lequel draguer", lape-t-il
sa bière. Je prétends, peu sérieux, que la
mode des hommes poilus et costauds fera place à la zoophilie
lorsque l'homosexualité sera devenue trop commune. En sortie
de la projection du documentaire effrayant The Gift, A
Jackin Phreak et Didier Lestrade détournent nos
digressions libidinales pour des échanges passionnels. "Comme
d'habitude, il a fallu que je les insulte. Cette fois, c'est juste
la manière qui a changé : je les ai assommés
tout de suite", s'ulcère le fondateur d'Act Up après
son grand oral anti-barebacking (contamination volontaire au VIH,
ndlr) devant les membres mous d'associations de lutte contre le
sida. J'écoute respectueusement Didier s'extrêmiser
sur le mortel fléau avant qu'il ne qualifie le clubbing actuel
comme "formaté, interdisant la surprise, où
l'élite musicale ne sait plus trop ce qu'elle veut et ne
peut plus s'amuser sans se droguer en buvant du champagne".
Nous relaxons les échanges par plaisanteries sur la 4L bordeaux
lustrée de cet homme-icône qui m'éduqua à
la house music lorsqu'il écrivait dans Libération,
qui initia les gays à la lutte virulente contre le sida avec
Act-Up, et qui, après les mythiques soirées KABP,
inventera les Otra Otra. "Effectivement, tout nightclubber
ou pédé lui doit reconnaissance", finit A
Jackin Phreak après avoir accompagné Didier à
l'immonde Pizza Pino de Bellecour. Clignez des paupières
près de la chaufferie en sous-sol du Motor Men Bar
où un serial fucker, mains et cou cadenassés
au grillage, attise l'érection de son partenaire défroqué.
Vendredi, le trajet pour l'Apéro RTT, mis sur les
hauteurs de la MJC Duchère par la compagnie Là
Hors De, active la mélancolie. En revenant sur mon adolescence
banlieusarde, chaque regard sur morceau de quartier réveille
un souvenir : le quotidien dans un F4 avec mère et faux père,
les tentations à fuguer en compagnie du beauceron en laisse,
les larmes de jeune con sans repère qui hurle ses peines
au balcon d'une barre d'immeuble. Ici, c'est chez moi. Ainsi, lorsque
Nathalie Veuillet ouvre la porte du premier appartement à
résidence artistique, la visite du lieu n'est que révision
rapide d'une géographie parfaitement connue. Nous buvons
plusieurs drinks puis une montée d'ascenseur ouvre un onzième
étage en plongée sur une couverture lumineuse sur
la vie d'en bas. Clignez des paupières. Samedi, la Mercedes
stoppe sur le quai du port édouard-Herriot. Isabelle Laurent
et Wolfgang Spindler conduisent Emma et Cart One jusqu'à
embarcation sur La Plateforme (photo). Le soleil vient à
peine de pointer son grill rôtisseur derrière les boxes
montés en Lego près du canal. Nous posons pied sur
le bateau qui, d'un projet sur papier vieux de cinq ans, n'a plus
rien d'un mirage : allongé sur quatre-vingts mètres
de splendeur rouge et blanche, le pétrolier invite à
une croisière mémorable pour Jazz à Vienne.
Comme des gosses intenables, nous assistons à la descente
des eaux pour un passage d'écluse puis courons vers la cabine
du marin en poigne avec le gouvernail et poussant les vagues à
toute allure sur le Rhône. Le capitaine Anthony Hawkins
est tendu. Robert Lapassade réinvente l'histoire des
bords de fleuve. Nous mouillons tous au plaisir d'être tête
dans le vent jusqu'au bon port. Clignez des paupières. En
fin d'après-midi, Patrice Armengau m'accompagne dans
les hauteurs de l'Opéra à l'occasion du Jour O.
Dominant les corps des muses, je bloque sur l'initiation olfactive
offerte par La Route des épices où les nez se collent
au curry ou fleurs de citron dans un jeu collectif et amusant. Au
Péristyle, nouvelle résidence estivale pour âmes
sensibles, le ballet des serveurs sur le damier de tables rouge
glacé clôt cette si belle journée d'oubli. Fermez
les paupières.
|
| Haut de page |
| MERCREDI 06 JUILLET
2005 _ #332 |
|
 |
|
Un
dos comme planche à couteaux
Une
étoile sort du lit et se penche au bord du ciel bleu nuit
pour scruter un théâtre antique depuis sa fenêtre.
La tête en l'air, mes songes s'envolent volontiers vers sa
torche curieuse. Peut-être l'astre entend-il ce doux chant
des sitars qui apaise un public en religion avec Ravi Shankar.
Mercredi, notre première sortie aux Nuits de Fourvière
fige le temps dans le paisible sans nuage. Par hasard, je suis assis
sur ces vieilles pierres, chemine entre les vibrations indiennes
pour faire taire le vacarme qui tape au ventre. Clignez des paupières.
Seulement deux minutes après la fin du concert, une averse
nous bouscule tous en direction d'un impossible abri sec. À
descendre la colline sous un courant d'eau froide, des cheveux pleurent
sur les joues et des T-shirts se gluent aux poitrails ventés.
Emma, Cart One et Christian Jeulin se sèchent
à la bière au Voxx et projettent des départs
pour des fêtes lointaines au Pantiero Festival à
Cannes ou, dès le week-end arrivé, aux Eurockéennes
de Belfort. Clignez des paupières. Je suis absent. À
l'intérieur avec mes pires ennemis. À l'extérieur
avec le regard qui voudrait fuir ou, au moins, esquiver les ennuis.
Je tombe dans la profondeur boueuse par naïveté et négligence.
En faiblesse, il m'est impossible de jouer le crâneur public
ou le baiseur sans âme. Pas le goût. Trop assommé.
En milieu de semaine, la famille sonne sur le portable. Elle voudrait
que je culpabilise de mon absence au naufrage général
qu'elle s'active à provoquer. Elle voudrait que je regarde
sa mort en face. Merci, mais non, j'ai déjà bien donné
dans les funérailles pas nettes. Clignez des paupières.
Les chers amis utilisent mon dos comme planche à couteaux.
Devrais-je leur réserver un fils de ces rancoeurs qui meublent
tant l'esprit de ceux qui ne peuvent vivre sans la dualité
entre les aimables et les détestables ? Déceptions
et erreurs se retournent toujours contre moi. Incapable de vouloir
du mal à l'autre. Pas le temps. Bien trop marqué par
l'histoire passée pour oublier ce bon réflexe d'autodestruction
évitant de reprocher au voisin son sale comportement. Je
ne tuerai jamais. Me tuerai sûrement. Clignez des paupières.
Vendredi, les journalistes ne sont pas les bienvenus dans la salle
du conseil de la mairie du 1er arrondissement. Une table ronde,
en huis clos, tentera de calmer les forces de l'ordre qui se défoulent
depuis plusieurs semaines sur les établissements nocturnes
et particulièrement les plus "gay-friendly".
Yves de L'Apothéose racontera, plus tard, une descente de
police dans son nightclub "où ils étaient
dix-huit plus les pompiers à boucler le bar. Six d'entre
eux ont fait irruption dans ma chambre, m'ont réveillé
et demandé de mettre une serviette sur la tête pour
répondre à leurs questions. J'avais l'impression d'être
victime de la Gestapo. Tout ça pour une fille que j'aurais séquestrée,
moi, qui n'en ait rien à faire des pouffes, aussi gentilles
soient-elles". Déjà, il y a une semaine,
Stéphane V. témoignait : "En sortie
d'after, les flics m'ont suivi du club jusqu'à l'ascenseur
de mon immeuble. C'est assez surprenant de te retrouver devant ta
porte avec des mecs qui te questionnent, alors que tu es un peu
ivre et ne pense qu'à dormir." Ce western sauvage
où la justice devient difficilement compréhensible
touche régulièrement le DV1 et les Café 203
mais également les clients de bars gay, traités sans
grands égards lorsqu'ils ne sont pas victimes de plaisanteries
homophobes de la part des bleus. Bienvenue dans une ville sécurisée.
Clignez des paupières. Même en fumant Merit sur Merit,
La Drôlesse se moque de me voir "sportif" sur un
Vélo'v lorsque nous pédalons vers la rive gauche
pour s'apéritiser dans le local du collectif Dopebase. Comme
chaque premier vendredi du mois, les Freedaes nous
détendent sur deux vieux fauteuils près de la bulle
à mixer. Dj Poulet travaille sur son projet-performance
de "magasin Poulet dans une galerie d'art où les
visiteurs pourraient acheter toute une gamme de produits à
mon effigie". La Drôlesse ébauche plusieurs
idées entre deux drinks dont un Pbook "où
la pomme lumineuse serait remplacée par un oeuf".
Clignez des paupières. Un Outhouse de Nathan Fake (programmé
ce vendredi 8 juillet dans le basement du DV1) dans les oreilles
m'encourage à rejoindre la piste de la rue Violi. Se perdre
dans la danse sera toujours réconfortant. Sascha Funke
ne répond qu'à moitié à mon envie. Sa
musique est trop froide et minimale pour pouvoir s'échapper
avec les seules nappes aériennes ou trancy saupoudrées
par le Berlinois et flottantes au-dessus de nos corps. Clignez des
paupières. Sans trop y croire, je joue le méchant
dans une cabine de La Jungle, bordel en chute de bonnes chairs et
en passe de devenir sinistre. "Que fais-je ici ?"
regardé-je ce type même pas excitant qui pose main
sur queue. J'interromps le processus habituel de la baise verticale,
me reboutonne et ferme les paupières.
|
| Haut de page |
| MERCREDI 13 JUILLET
2005 _ #333 |
|
 |
|
|
Wallpainting
Lady Diana
Mardi, sous Le Péristyle,
Super Pénélope voudrait quitter la ville pour
toujours car "ici, je n'avance pas. Toutes ces personnes
avec lesquelles nous n'avons plus rien à dire. Toutes celles
que l'on connaît par coeur. J'ai envie de me retrouver dans
l'anonymat d'une capitale, devoir faire des efforts, parler à
des inconnus, reconstruire une nouvelle vie." Clignez des
paupières. Dans le même état d'esprit que ma
protectrice, la fin de saison est traditionnelle période
pour désirer tout foutre en l'air. Las de saluer des têtes
dont j'oublie parfois le pedigree. Déprimé face à
ces cinq cents habituels nuiteux ou ces deux mille journalistes-communiquants,
hommes politiques et agents de cultures. Avec tous ceux-là,
des référents et codes que je maîtrise et use
avec affreux détachement. Les petits rôles pour frime
à degré zéro. Les commentaires creux pour masquer
les conflits de l'arrière-boutique. Les courtisans maladroits
qui, au moins, complimentent les intégrités restantes.
Clignez des paupières. S'éjecter hors de cette bien
confortable salle des fêtes ou attendre, avec patience, qu'un
clown vienne casser les chaises, jeter les plateaux d'argent sur
l'orchestre et nous faire éclater de rire, bêtement,
dans un élan de fière stupidité. Se libérer
des repères fixes. Clignez des paupières. Mercredi,
des soldats tirés au fil de plomb brouillent l'écran
de Naqoyqatsi dans les Nuits de Fourvière.
L'obéissance, la compétition, l'expérimentation,
la destruction ou la surconsommation se mélangent les pixels
dans ce manifeste dépassé et si peu dérangeant.
Nous préférons alors la musique de Philip Glass
en illustration bien plus sensible et vagabonde. Clignez des paupières.
"J'ai décidé d'adopter le look de Jackie Kennedy",
tape, en plein dans la fashion, Super Pénélope au
Bauhaus bar (17, rue Sergent-Blandan, quartier Martinière)
pendant que Cart One raconte son dernier passage au Kabaret's
Prophecy londonien, club chic où Paris Hilton a pris
habitude de se repoudrer le nez : "Tu sors une clope et
un mec est derrière toi pour te l'allumer. Tu poses ton verre
sur une table, tu le reprends et un autre type vient nettoyer la
table aussitôt en enlevant le cendrier." Clignez
des paupières. Vendredi, allongée sur une chaise longue
en face de la ville, La Drôlesse finit son drink en conversation
avec Simon, Denis et Wilfrid Haberey. En pleine terrasse à
la Duchère, la compagnie Là Hors De donne son
dernier apéritif avant une nouvelle série de picolages
programmée en septembre. Clignez des paupières. Sur
les nouvelles Guinguettes, il est difficile de différentier
tous ces chalets, le bois clair dans le sable et la sono à
fond pour capter le chaland. Devant la buvette Ville de Lyon,
La Drôlesse pointe : "Regarde, tes amis journalistes
sont tous là." Nous flashgordons vers un espace
moins institutionnel et rejoignons Nadine Gelas, Patrice Béghain,
Gilles Pastor et Michel Chomarat en paix dans le belvédère
de Chez Pol'eau. Entre deux coups de fourchette sur cuisses
de viande grillée, Patrice lève bras au ciel et proclame
: "Notre seule présence ici suffit à faire
de cette guinguette la plus chic." À peine en désaccord
avec ce coup de frime, Gilles esquisse son travail sur Derek
Jarman tandis que je conçois, au pied d'un verre de vin, une
grande expo dédiée à Lady Di qui occuperait
tous les étages de l'ancien Musée des Postes.
Clignez des paupières devant Mika fieraçant aux bras de Gilles
et Michel dans une Ruche en excellente tournure éthylosexuelle.
Telle une messe dans la cathédrale, Nathan Fake (photo)
joue ses échos aériens depuis l'hôtel du basement
au DV1. Les corps comprimés s'étirent en hauteur jusqu'à
mise en pointe de nos pieds en rebonds. Les visages dégoulinants
de sueur tirent le bord des lèvres vers des oreilles en fonte
sur un son si beau. De ce paradis trouvé, les drinks se succéderont
jusqu'au petit matin et Vincent Carry ne lâchera plus le comptoir.
Clignez des paupières. En étage diurne de L'Apothéose,
un amant multishot tente, sans succès, de harponner un troisième
élément pour une baise en cage. "Dommage,
je t'aurais bien maté en train de le sauter", se
désole-t-il. Clignez des paupières. Samedi,
trop turbulents pour suivre tous les concerts, nous organisons au
bar de Jazz à Vienne un concours de drague. Vinciane
insiste pour jouer la rabatteuse de gentilshommes. Un ivrogne prétend
que je "suis le Mal, un homme dangereux". Sur scène,
Medeski, Martin and Wood se raccordent à un trio de
cuivres qui ajoutera encore plus de superbe au concert. D'inaugurale
loop "Chicago / Lot of respect / Chicago / Lot of respect",
Laurent Garnier et Bubble Wesseltoft courront jusqu'au mythique
Acid Eiffel dans tous les sens du rythme avec quelques maniérismes
lourds. Nous fermons les paupières sur ce long voile blanc
agité par les images d'un Jamie Lidell, cabot et drôle,
croonant pour les beautiful people en relaxation sous la Verrière
des Cordeliers.
|
| Haut de page |
| MERCREDI 20 JUILLET
2005 _ #334 |
|
 |
|
|
|
Et personne ne le sait
Maintenant, je sais. Lorsque mon corps sera
déchiqueté et brûlé jusqu'à velouter
les doigts de sa cendre froide, il partira sur un rocher basquais.
Un groupe de manteaux noirs s'avancera près de la falaise
quelque part entre Biarritz et Saint-Jean-de-Luz. Les uns pleureront.
Les autres seront juste témoins et, pour l'occasion, inquiets
sur leur propre sort. Celle-là fera glisser amoureusement
un morceau de moi entre ses doigts raidis par le vent de la marée
matinale. Celui-ci éprouvera du dégoût à
devoir toucher un réduit en poussière. Il promettra
à son espoir d'immortalité de se laver les mains aussitôt
la petite cérémonie achevée. Un enfant se mettra
à plat ventre, la tête dans le vide, le regard dans les vagues.
Il me jettera doucement sur la pierre noircie en évitant
un retour de cendres sur terre. Alors, je serai bien mort sans trace.
Clignez des paupières. En attendant, mercredi, la fuite du
béton caniculaire en Presqu'île installe le monde sur
le Quai des Guinguettes. Pour ne pas souffrir de ce dégouli
de paillotes pour marchands de bière, La Drôlesse refuse
son âge et souffle sur un jour d'anniversaire en terrasse
de la Buvette du Pont Wilson. Les amis arrosent la table à
vannes ouvertes d'alcool anisé. Emma et Cart One kidnappent
Anton, enfant chéri de Marie et David Cantéra. Nous
badinons sur les choses de la nuit qui se lèvent sur les
guirlandes lumineuses mises en berges. "Je vais vous chanter
la balade / la balade / la balade des gens heureux", revient
au coeur la voix de Gérard Lenorman. "Ce n'est pas
un chanteur mort ?" Non, il n'est pas mort. Clignez des
paupières. Depuis plusieurs semaines, la sortie nous mettait
déjà en émoi. The Firegirl se portait volontaire
pour rassembler tous les pompiers de la ville dans une grande caserne
temporaire aux Subsistances pour "les avoir tous sous la main".
Elle abandonnait ce projet à fantasmes pour monter à
la grande échelle dans un arrondissement parisien. Au Péristyle,
Françoise Rey ne ralliera pas Patrice Armengau et étienne
à la bonne cause du 13 juillet : draguer du pompier. Clignez
des paupières. Chemin vers la caserne, sur le pont de la
Guillotière à l'arrière de la Golf, Patrice
Béghain prend un air de politicard pour vanter la fourmilière
humaine qui besogne le long du fleuve, piétine devant des
comptoirs, boit et pisse. Clignez des paupières. L'endroit
est connu : dans la cour, derrière l'église, place
Saint-Louis. Le bal rouge emperle les vieilles célibataires
et radasses décolorées qui "plus elles sont vulgaires,
plus elles plaisent aux mecs. Après, les plus radasses, ce
soir, c'est quand même nous", complète Pierre David.
Sous les hourras des voyeurs, un pompier se dépoile sur le
toit. "Mais il mouille !" s'amusent Françoise
et Gilles Pastor lorsqu'une goutte humide s'imprime sur le caleçon
du défroqué. Après la traditionnelle mise à
feu des chambres aux fenêtres rougeoyantes des torches brandies
par trois casques d'argent, un nouveau strip-tease hystérise
la cour. "C'est pas croyable. Je ne pensais pas que ce genre
de spectacle pouvait exister. Et personne ne le sait ?"
s'étonne Patrice Béghain, posté à coté
de petites frappes matant les ceinturons glissés entre cuissots.
Françoise cassera sa sandale pour trouver gaillard des flammes
à ses pieds. Fréderic Sicre léchera son drink
au plus près du torse nu d'un pompier chaud. Et nous clignons
des paupières sur un baiser de grande nuit à Agoria
dans la cale de La Marquise. Dans un vague trauma post-festif, La
Drôlesse m'invite à un moment de fainéants sur
la guinguette Chez Pol'eau. Du belvédère, jeudi, nous
regardons les gens passer comme des vieux retraités fatigués.
Flore rentre des Francofolies de La Rochelle où elle mixait la veille
dans l'enceinte du casino. Cart One peine à remettre de l'ordre
dans son cerveau après excès éthyliques à
l'excellente soirée Hypnotik. Nous flashgordons vers le Bal
électro du quartier de La Guillotière, squat post-nucléaire
parsemé de vieux fauteuils de salon déglingués.
Un certain François me jette une brindille amourable dans
les yeux avant de cligner des paupières. Vendredi, tout vire
à rires idiots et déguisements improbables dans le
couloir bleu de La Ruche, bar de l'été définitif.
De son éventail en plumes roses, Maya ventile l'entrejambe
d'un excité à demi-nu. Laurence soulève sa
jupe pour remuer le vagin contre la braguette d'A Jackin Phreak.
Un moustachu joue les pom-pom girls, moufles en fourrure balancées
vers le ciel. Un petit musclé montre son cul avant d'affirmer
: "Ma bite est aussi petite que moi." Clignez des
paupières. Au DV1, je laisse mon corps démêler ses
muscles dans les pics breaky de Jay Cunning, brillant dj-producteur
anglais, avant de me faire peur dans une cabine de La Jungle. Là,
en sortie de baise, je place ma main au cou de mon partenaire soumis
et serre de tous mes nerfs. Le serial fucker se branle, est content
de tant de supplices. Il suffoquera. J'arrêterai. Fermez les paupières.
|
| Haut de page |
| MERCREDI 27 JUILLET
2005 _ #335 |
|
 |
|
|
|
Monumental killers
Elle revient de Paris et le plaisir trouvé
à Rambuteau maquille son visage de traits joyeux. Les yeux
dans l'excitation d'une voie ouverte avec de nouveaux amis, Super
Pénélope passe commande à Du Côté
de... chez Xane (26, quai Saint-Antoine, quartier Cordeliers).
Mardi, les coups de fourchette ne suivent plus les mises au net
qui nous passionnent : cette première nécessité
à rencontrer de nouvelles personnes, à lâcher
celles qui refusent le mouvement, ou jugent nos actes contraires
à des relations amicales tranquilles et ne reposant plus
que sur une non-absence routinière. Expulser l'ancien stérile.
Provoquer le nouveau fertile. Clignez des paupières. Mercredi,
les louches de sangria splashent de gobelets en plastique à
des bouches bavardes chez Eardrum, vinyl-shop de la place du Griffon.
L'apéritif entre deejays et gueulards aimables se boit en
tirs croisés. Virginie analyse le marché actuel des
galettes en acétate, en meilleure forme que ces trois dernières
années, avec A Jackin Phreak. Le dj-producteur complimente
la tenue sixties de "Super, Méga, Ultrajaimie"
en tirant à doigts goulus sur une assiette de candies. Au
dérapage sur la mort d'un Américain sodomisé
par son cheval survenu le jour même, Benjamin court-circuite
mon apologie de la zoophilie : "J'ai, à la maison,
un amant régulier qui a une bite énorme et il me défonce
déjà pas mal le cul. Alors, un cheval..."
Rico voudrait croire qu'un chat ou un chien qui lui lécherait
les bourses ne le dérangerait pas. "Oui, tu vends la
zoophilie comme l'avenir de l'homme, mais, bon, tu es incapable
de passer à l'acte. Quand tu auras décrit ta première
expérience avec un animal, on en reparlera", me latte
une converseuse. Clignez des paupières. Cécile Paris
Chaffard réapparaît, jeudi, en terrasse du Café
203. Le portable serti de faux diamants, elle clique un premier
drink pour la nuit future. Agoria flashgorde par la rue et se prend
un compliment de Super Pénélope dans sa nouvelle monture
de lunettes rectangulaire. Je suis là sans y être,
trop empoisonné par mes démêlés avec
cette tête qui surchauffe. Clignez des paupières. Quelques
mètres plus tard, Jacques Haffner ouvre les portes
du Paradiso dont il sera le nouvel agitateur pour peopleux et suiveurs
de modes légères. En pleine rue surpeuplée
de vieilles boutiquières masculines, j'attrape le bras de
Jean-Luc Very en pré-vacances et peu avare de bons
mots : "Ton pull, tu l'as acheté à l'Armée
du Salut ?" me claque-t-il avant de reprendre un ballon
de rosé à ivresse. Patrice Armengau zoome sur le ventre
en obus d'une future mère. "à mon époque,
les femmes cachaient leur grossesse", se positionne dans un
autre siècle le dandy. "Tu n'es tout de même
pas né au XIXe", souris-je. Clignez des paupières.
Le bruit des guitares électriques ne dérangent pas
notre assise sur les rochers romains au bar des Nuits de Fourvière.
Thierry Pras nous confirme que "s'il n'y avait pas LCD Soundsystem
en fin de programme, la limite du supportable l'aurait déjà
fait quitter le théâtre". Dans l'attente de
la bonne heure, la pleine lune sort rousse de l'horizon pollué
et se dénude en blanc total sous le firmament. Le Goldenboy
me passe un drink aux doigts et nous rejoignons le parterre de faux
rockers face à la scène. Pour la troisième
expérimentation du concert des New-Yorkais après La
Vapeur à Dijon et le Sonar à Barcelone, je laisse
mon menton se bloquer vers le ciel et mes nerfs machiner un corps
hypnotisé par la musique. Le génie du groupe réside,
pour l'essentiel, à prétexter du rock pour ne jouer
que du disco bizarre et traîner l'ironie au sol. La voix de
James Murphy se féminise, rage dans une tronçonneuse
d'échos sonores ou se balance dans un siphon sans issue et
ravageur. Plus malin et moderne est une rareté que l'on ne
trouve pas dans ces nouveaux groupes électro-rock insignifiants.
Clignez des paupières sur une reprise impressionnante d'un
titre de Carl Craig, délicieusement interminable et embringuant
le public dans un délire d'ongles pointés en rapaces.
Au deuxième passage dans Le Paradiso, la chaleur moite fait
tourner à fond "le climatiseur portable de Françoise"
(Rey) selon Claudius. "Je reste près d'elle afin
d'en profiter", s'éponge le gentilhomme sur la banquette
rouge pendant que la belle augmente la fréquence de papillonnement
de son éventail. Claire Carthonnet presse ses épaules
contre celles de Philippe Chavent et porte sa coupe de champagne
telle une grande dame. Clignez des paupières. Je négocie
avec Gilles Pastor un deal improbable : "Tu ne veux toujours
pas être mon nègre ? J'écris un roman que tu
signeras. En échange, tu écris ma chronique que je
signerai." Le metteur en scène suggère que
l'avenir de cet article hebdomadaire soit plus fictionnel. L'idée
me plaît mais la réalité est autre. "Ce
que je vis semble parfois tellement impossible pour certains lecteurs
que mentir ne m'intéresse pas." Alors nous dansons
sans accord. Patrice Béghain me bise et je ferme les
paupières dans un rêve où j'aurais le grand
rôle du monumental killer.
|
| Haut de page |
|
INSTINCT NOCTURNE
|
Écrit
par Baptiste Jacquet |
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire
|

|
|
| |
|

|