INSTINCT NOCTURNE

Écrit par Baptiste Jacquet
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire

 
MERCREDI 20 OCTOBRE 2004 _ #297
 

Déconcentrés

"Elle, je sais que je peux l'avoir n'importe quand : elle m'est acquise", laisse filer Julien Twin K devant sa blonde prenant la sortie du 10. Mardi, Jacques Haffner nous convie à fêter l'anniversaire de Rocco, son chien, alors que cette pauvre bête erre, le museau baveux, entre les tabourets et grogne sa race. Julien présente son futur projet de soirée près de Gerland à Patrice Béghain : "Tu vas voir, ça va être le feu. Je veux que les gens en prennent plein les yeux et qu'ils s'amusent." Patrice porte une superbe chemise bleu nuit à liseré rouge cardinal "achetée à New York la semaine dernière". Par habitude, devant ma débraille, il me bute verbalement : "Vous voilà de plus en plus SDF." Par habitude, je me vexe tout en sachant que nos relations sont basées sur le "qui aime bien, châtie très bien". Une vieille fille, prétendue travailleuse à Lyon Mag, flatte l'adjoint dans le sens de l'ego. L'alcool en plein sang, elle suit mon regard mauvais et comprend qu'il ne faut pas m'approcher. Clignez des paupières. "Un vrai flop !", qualifie Patrice au "bienvendu" du livre de Guillaume Tanhia qui enregistre, sans émoi, le numéro de téléphone d'un pimpo sur son portable. En fin de course à boire, "Hop, maintenant que ça lui a fait plaisir, j'efface ce mec de mon répertoire", peste le producteur avant nos couchés d'insomniaques drunky et solitaires. Clignez des paupières. "Il faut absolument que l'on se voit rapidement afin d'officialiser la création du Club des Pov' Filles. J'ai déjà recruté quelques amis pour faire partie du jury qui décidera d'accepter ou pas les candidates et candidats : Philippe Neumager, Patrice...", s'emballe Françoise Rey à l'ouverture de rideau sur Philippe Faure dans son Tout Moi. Jeudi, le Théâtre de la Croix-Rousse concentre la Nomenklatura politique et culturelle locale devant l'exercice egotrippé et risible du directeur fantaisiste. Si Moi tout seul, le précédent one-Faure-show, se goûtait comme une série d'exhibitions touchantes par l'universalité des sentiments et ressentiments triturés, Tout Moi se digère tel un spectacle drôle mais un peu trop lyonnais-lyonnais, et en abus de complicité avec le public. à l'identique du journaleux qui écrit ou interpelle son audience d'un "Vous, cher lecteur. Vous, cher téléspectateur", j'ai du mal avec ces comédiens qui prennent le public en otage afin d'appuyer leur jeu comique. Clignez des paupières. En post-représentation, Super Pénélope entreprend une danse latine avec un Marc Renau autant dans le mauvais tempo que Denis Trouxe aux abois d'une quelconque connaissance (perdue ?) près du bar. Le nouveau directeur de l'Office du Tourisme porte toujours sur sa tête l'ennui permanent du mec qui aimerait que tout le monde le remarque et s'occupe de lui. Désagréable. Marc Cardonnel disparaît sans nous laisser l'instant d'un salut. Nous zappons quelques pique-assiettes peu appréciables pour suivre l'intervention pathétique d'un "intermiteux" hurlant à l'adresse de Philippe Faure : "Lèche-bottes ! Vendu !" L'homme, drunky et titubant, s'élance dans une tirade de mauvais acteur qui en fait trop, beaucoup trop, pour être risible. Clignez des paupières. Vendredi, en table à Koutoubia, Z2 questionne sur la vie amoureuse, amicale, la paternité ou sa présumée attirance pour les femmes castratrices. "Mais ce n'est pas moi qui vais les chercher. Vu que je prends tout ce qui passe, toutes les filles qui veulent bien de moi, je me retrouve effectivement avec des fortes têtes", corrige le gentilhomme. Nous flashgordons vers le Kiki Kaïkaï où Delphine, Nassaboy et Doumé cliquent des mp3 rocky sur l'ordinateur pour une Soupe à la Fille entre amis. Patrick, amour raté du passé, ne me fait plus souffrir. Il est beau mais ne provoque plus aucun sursaut passionnel. Ange tend une cigarette à sa girlfriend qui porte une fleur au doigt. Z2 enchaîne les bières chinoises avant de cligner des paupières. Au Lax Bar, sur un tapis de confettis, Dan bande ses abdos devant l'objectif. Kary fête l'anniversaire du bar de la rue René Leynaud et les drinks coulent le long de nos pommettes. Christophe Boum s'échappe et nous gravissons les décibels breakbeat des Drumattic Twins au DV1. Dans une chorégraphie tout en retenue, Laurent Dratler aka Dj Poulet (photo) insiste pour transpirer dans son col roulé trop lourd. Le musicien questionnera Flore sur son projet-album, Mars Hotel. "à la première écoute, c'est un album d'atmosphères assez difficile à pénétrer. Là, je m'y suis fait et j'aime bien me le passer le matin", soutient la meilleure deejaytte qui pourrait effectuer, l'an prochain, un remix du Poulet. Le dancefloor est noyé de clubbers acharnés et gueulant sur une musique spatiale et énervée, mais un peu trop sérieuse et "hétéro". L'inconvénient récurrent avec le breakbeat et la drum'n bass, c'est que ces deux styles musicaux manquent souvent de groove sexy et d'une touche psychédélique qui transformeraient cette salle de gym tonic pour post-ados rebelles en une vraie piste de danse conviviale. Fermez les paupières.

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MERCREDI 27 OCTOBRE 2004 _ #298
 

Une Carla à 12 000 euros

Le parquet, coffré en forme d'étoile, disjoncte ses petites lattes de bois et se soulève par endroits. Jeudi, cette mystérieuse et inquiétante pièce de Vincent Kohler se vernit à la BF15 et intrigue les visiteurs du soir. Carla se morfond, pas peu fière, d'être maintenant une oeuvre vendue. Le moulage de son corps par Daniel Firman "vient de partir pour douze mille euros à la FIAC. Tu te rends compte ? Ma mère pleurerait si elle savait à quel prix je suis ainsi bradée." Après Art Press, c'est le magazine Le Point qui starifie la plus belle, modèle des dernières pièces de l'artiste. Clignez des paupières. Devant un mur acidulé par de grandes pastilles colorées et naïves, Dominique de feu et regretté Tombé du Ciel s'est travesti en Michael Jackson et offre des kirs à la fraise. Pour les deux ans du Café In (18 rue de Cuire, quartier Plateau de la Croix-Rousse), Samuel s'arme d'une tenue régressive d'Albator et attaque gentiment le Moon Dancer : "Nous fêtons cet anniversaire sur le thème des dessins animés de notre enfance et lui joue la provocation en se déguisant en pédophile." Le bar pousse les coeurs en sourire sur le trottoir et nous sucrons les estomacs de confiseries pour gamins chahuteurs. Christophe Boum sort d'une rencontre pro constitution européenne organisée à la Cité internationale : "Il y a trois cent socialistes bon teints pour deux mille coupes de champagne. C'est chiant à mourir." Clignez des paupières. Je ne suis pas à ma place. Je ne vois et ne veux voir personne. Pourtant, celui qui plaque son corps contre le mien sur un matelas du Double Side pense que mon absence d'envie sexuelle peut lui être favorable, que je suis une proie à l'abandon et comestible. Par méprise, il ignore ma faculté à me ressaisir, à ne pas me laisser prendre comme de la chair morte et facile, à pervertir ce qui est un instant de faiblesse manifeste en une charge prédatrice. être dans le rien puis se forcer à dévorer. Clignez des paupières. Les enceintes forcent les basses du remix imbuvable d'une poufiasse chantante à l'United Café. Pierre David doit hurler pour se faire entendre. à mon désir de me coucher devant les images débilitantes de la télévision, l'artiste contre : "Ce qui est bien avec l'humanité, c'est qu'elle nous donne toujours espoir d'un mieux et d'une embellie. Lorsque tu regardes la télévision, tu sais que son futur ne pourra être que pire." Clignez des paupières devant un bel amant au cou d'un idiot fini. Vendredi, Frédéric Sicre et Thomas Delpy reçoivent les premiers festifs de leurs soirées dégustations au Vercoquin (33 rue de la Thibaudière, quartier Guillotière). Catherine A. et Philippe Chavent sortent de la nouvelle cave pour griller des cigarettes en râlant contre l'interdiction de fumer imposée. The Firegirl profite de cette mise en extérieur forcée pour hurler à chaque passage d'un camion de pompiers en direction de la caserne Saint-Louis avoisinante. "Philippe, il faut absolument que tu organises une soirée caritative avec les pompiers. Nous inviterions toute une caserne pour aguicher les invité(e)s", supplie la grimpeuse de grandes échelles. Fred D. et Pierre le Magnifique saluent les mines fatiguées de voyageurs assis dans le dernier bus partant pour Vénissieux. "Bien fait pour eux. Quelle idée d'aller habituer en banlieue", abusent-ils tandis que Philippe joue avec son portable pour appeler Guillaume Tanhia. Clignez des paupières. Nous perdons notre dignité en accumulant des drinks au Bar de la Tour Rose. Le maître de maison défend justement la non stérilisation du monde : "Que ferons-nous le jour où toutes les odeurs, y compris celles du tabac, seront anéanties par ces défenseurs de l'hygiène et de la santé publique ?" Nous buvons encore et toujours jusqu'à cligner des paupières dans un trébuchement d'ivresse. Au levé du jour, à L'Apothéose, un pimpo me caresse le torse lorsqu'un journaleux pour un pseudo magazine électro national charge un de ses amis : "Il est pédé à soixante dix pour cent. Je vais faire en sorte de le faire grimper vers les cent." Clignez des paupières. En sueur entrainante, je rage de n'avoir pu danser sur The Hacker, en ouverture de l'écho Sonore au Transbordeur. J'attaque au milieu d'une foule compacte mais vagabonde des contorsions nerveuses sur le mix imparfait de Miss Kittin. L'icône mondiale de l'électro barré cherche depuis quelque temps le bon rythme entre musique expérimentale et beats en rave action. Z2 se plaint : "C'est pas facile. Elle ne sait pas trop où elle va." Pourtant, rien n'empêche la Grenobloise d'une fin de set énergique sur lequel David Cantéra, torse nu et les mains baladeuses, lèvera les bras au ciel et Anne LS poussera des "youli !" de bonheur. Nous laisserons rapidement Agoria fatiguer les danseurs d'une techno dite "tuning" pour les critiques les plus gentilles ou "l'an prochain, il a toutes ses chances au regard du retour annoncé de la transe", pour mon commentaire assassin à l'écoute de la baston sans âme agressant nos oreilles. Fermez les paupières dans un Transclub peuplé d'allumés magnifiques qui nous sortent de cette impression d'emmerde ressentie toute la soirée devant ces clubbers plus en errance qu'en danse.

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MERCREDI 03 NOVEMBRE 2004 _ #299
 

Croire maîtriser

"Tu penses que la vie est complexe parce que tu n'es entouré que de gens comme toi, compliqués", grésillait ma soeur au téléphone depuis son lotissement privatif pour Américains anormalement fortunés et soi-vivant paisibles. "Fais gaffe. à trop jouer avec les autres, les prendre, balader puis jeter, c'est toi qui vas te retrouver mis sur la touche", avisait Élodie B, en ancienne manipulatrice. Ces deux échanges du passé remontent dans ma mémoire depuis quelques semaines, depuis que le Bidiblex a rompu la communication par violent silence. En quoi l'amourette virtuelle et le toucher d'une nuit avec ce Parisien indécis a-t-il pu ainsi me perturber ? L'échec de ce début d'histoire ne me pique plus. L'homme m'a manqué. Je l'ai manqué. Pas la bonne place au bon moment. Le maladroit a cependant renversé toutes les petites boîtes bien rangées dans le coffre-faible, là, juste derrière les oreilles. Tout est tombé et flotte dans le pétrole nocif en dépôt au fond du cerveau. De ce foutoir, je me trouve à quatre pattes à essayer de tout replacer comme avant, faire semblant que rien ne peut me changer. Croire maîtriser. Maintenant, je ne suis pas sorti de la semaine. Je n'ai pas voulu me frotter à ces vies que je connais ou crois connaître. Je ne veux pas voir mes ami-e-s, celles et ceux qui sont"comme toi, compliqués". Impossible d'éponger les autres, n'importe qui. Impression que mes très proches barbotent dans des problématiques affectives auxquelles je ne sais apporter qu'une écoute mais aucun conseil ou jugement. Je regarde leur vie mais leur vie me regarde de travers. Impression que mes lointains, tous ces "one-shots" manipulés dans des bordels, tous ces faux mondains, notables ou semi-puissants sont endimanchés dans des codes que je connais tellement qu'ils me paraissent incapables de me faire avancer et rire. Bidiblex m'a réinitié au rire con, celui qui n'a pas de références et d'intelligence déclarée. Là, j'ai envie de rire con. Plus certainement, j'ai besoin de monter amoureux juste pour la sensation et non un quelconque avenir. Clignez des paupières. Dimanche, entre deux vagues de pluie noire, Patrick P. me pousse hors du moi et nous flashgordons d'un bar gay vers un autre dans une succession généralisée de toiles d'araignée aux plafonds et horreurs d'Halloween. Au Lax Bar, les drinks se descendent devant le spectacle hilarant des Sister Folies (Mandarine et Éric), deux pédales dont une partie de la communauté gay voudrait ne plus entendre parler. Clignez des paupières. Le travelotage n'est pas à la mode chez les pédés. Ils sont dans une telle quête de consommation du "même droit pour tous" et "être comme tout le monde" que voir deux transformistes faire du play-back sur Bananarama et Mylène Farmer devrait sûrement les rendre homophobes. J'avoue à Patrick mon seul et unique fantasme de changement en femme : "Je voudrais porter des talons aiguilles, un smoking noir et une coiffe de meneuse de revue avec des plumes rouge et or bandant à plus d'un mètre au-dessus de ma tête". J'oublie d'ajouter, qu'en accessoires, je tiendrais en laisse deux hommes nus à quatre pattes et deux paons empaillés sur roulettes en bois. Clignez des paupières. Après s'être faufilés entre les nuiteux de La Ruche où un serveur "vit très mal son déguisement de Cruella", nous tenons comptoir au Motor Men Bar pour une hypothétique chasse à culs. Un chien fait rouler des bites dans ses yeux mais nous zappons même si son air de solide paysan réanime ma libido éteinte depuis quelques jours. à peine tente-je d'approcher Nicolas Fafiotte afin d'obtenir son aide pour mon nouveau look de travelo que le styliste court se dandiner sur le dancefloor du 10, scotché de ballons roses. Jacques Haffner vante les progrès de son nouveau gogo-boy : "Tu as vu, il se met à poil sans difficulté maintenant. La première fois, il portait un boxer qu'il ne voulait pas enlever." Emma et Cart 1 viennent de fermer le Café 203 et ne peuvent plus dormir. Un jeune et joli serveur du bar des Cédat Frères m'embrasse alors que nous n'avons même pas baisé ensemble. Je repousse l'entrain de promixité du garnement et aligne plusieurs verres sur le noir du bar. à l'extérieur, sous les gouttes, Manu Cédat entreprend des glissades sur les grilles métalliques protégeant les arbres pare-béton. Le MD tourne en répétition le Eve, extrait bizarre du grand album d'Ada et, mes démons anesthésiés, je ferme les paupières presque en paix.

Nuits mobiles - puissance 500

La semaine prochaine, Lyon Capitale pousse le compteur sur sa 500e édition. à cette occasion, cet édito prendra un coup de bougie incendiaire et s'ouvrira, en partie, aux plumes et visuels des lectrices et lecteurs. Tous textes (300 signes maximum), dessins, grafs et photos sont à envoyer avant ce samedi à bapjac@free.fr

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MERCREDI 10 NOVEMBRE 2004 _ #300

 

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MERCREDI 17 NOVEMBRE 2004 _ #301
 

Ça m'est venu comme ça

C'était à ne rien comprendre, "et tu n'as même pas mis Super Pénélope en photo", ajoute une consoeur, mercredi, en driving vers l'ÀKgb afin de fêter, en famille, les dix ans de Lyon Capitale. La galerie de photographies qui occupait cette rubrique la semaine dernière est certainement l'exercice de style le plus abscons jamais réalisé dans Nuits mobiles. L'idée était de traduire sept années de nuits sans tomber dans le name dropping commémoratif qui m'aurait renvoyé direct vers le musée, vers ce mauvais rôle de "personnalité emblématique de la night" (tel m'assommera un nuiteux en fin de semaine). Me taire et laisser l'image parler, les instants poser pour l'infini de l'obscurité. Alors, ce n'était pas des gens, des amis, des amants mais plutôt des moments dans des lieux. La nuit n'est aimable que lorsqu'il existe ces Divine Comédie, Village Club, Vertubleu, Mi Mots Arts, Ambassade, Dark's Klub qu'une faune familière habite et dévore. Certains avancent que c'est la programmation musicale, le service, les tarifs ou encore la décoration qui donne le ton d'un établissement. Ignorants. C'est avant tout le limonadier en chef qui imprime sa touch. Je n'ai que peu de considération pour cette espèce d'animal nocturne qui s'accroche plus à son tiroir-caisse qu'au mieux être de sa "clientèle". Pourtant quelques-uns marquent la nightlife par efforts d'offrir du qualitatif, singulier et convivial. Clignez des paupières. Dans le restaurant-disco pour blaireaux en costumes (millésimés Jean-Luc Delarue - 1994), la rédaction du journal bascule les verres de vodka et tout vrille sur la piste de danse sur des tubes inaudibles mais que notre niveau de drunkitude accepte dans un excès de chauds déhanchés. Clignez des paupières. Au DV1, Jarring Effects donne une party pour jeunes pentards qui aiment bien réfléchir entre deux morceaux de breakbeats. à défaut, ils renversent leurs drinks sur le dancefloor et mes pieds glissent vers la sortie. Clignez des paupières. Je ne me rappelle plus si l'homme qui me pompe dans un recoin de La Jungle finira dans mon lit. Ces derniers jours, mes envies sexuelles sont tellement minces que je ne garde plus mémoire des "one-shots" effectués par hygiène. Le nécessaire amoureux se fait pressant. Je sortirai de ce néant où plus rien ne m'accroche. Les grosses guitares rocky de M83 soutiennent mon insomnie. Le Stanton enveloppant mes oreilles couvre le bruit de rue matinal annonçant un nouveau jour d'absence. Clignez des paupières. Jeudi, Le Bimb fluorise le portable. Pour avoir name droppé son amoureux dans cette colonne, mon dernier amant s'amuse : "Comme son entreprise est abonnée à un organisme qui archive tous les articles de presse la citant, Dimitri s'est fait chambrer en plein meeting à la suite de ton papier". Bon à se rappeler et nouvelle précaution à prendre : ne pas accoler, dans le texte, le nom d'une personne à son activité dans une multinationale obsédée par son image. Clignez des paupières. Anne LS discoïse à Barcelone. Patrick P. abuse à Barcelone. Ce soir, je resterai auprès de mes sales pensées. Clignez des paupières. Le regard trouble et les idées tristes, Il prend sa veste et part sans salut. Vendredi, Z2 quitte le comptoir de L'Avant-Première et laisse impuissante Carla. "Je ne sais pas quoi faire pour lui. Je ne sais pas faire. Quand je suis bien et vois l'autre ne pas aller, je me replie sur une certaine forme d'égoïsme en ne voulant pas affronter sa déprime", mal adresse la plus vavavoum des jeunes femmes. Lorsque je ne vais vraiment pas, je bazarde tout et me laisse aller jusqu'au fond du trou sans autoriser quiconque à me conseiller ou prétendre m'aider. Clignez des paupières. "De toute façon, on ne quittera pas ce bar tant que vous ne nous aurez pas servi nos drinks !" hurle l'escort girl de Carla au milieu d'une Ruche en fermeture. Je remue un exemplaire de Lyon Clubbimbos découpé en forme de drapeau où seul le nom du titre flotte au mât. "Comme ça, c'est beaucoup plus facile à lire et les poufs pourront se ventiler les seins avec, devant les caméras de TLM", surenchérit une peste. Jacques Haffner donne enfin dans le re-gendering avec une pré-barbe poussive. "C'est mon hommage à Yasser Arafat... Tiens, cette connerie, ça m'est venu comme ça, d'un coup", biaise le déconneur en chef du 10. Claudius demeure digne malgré son trop plein d'alcool fort. Guillaume Tanhia prétend n'utiliser aucune coloration pour secouer sa tête d'un brun uni. Patrice Béghain me légumise : "Vous êtes les pelures de l'oignon. J'espère que vous ne provoquez pas de pleurs". Clignez des paupières. Nous ferons tourner la fin du week-end dans un DV1 toujours aussi vital en oubliant l'anniversaire de L'Ambassade. A Jackin' Phreak danse minimal house sur un live de Mathew Dears aux sonorités novatrices mais d'un rythme sans relief. Samedi, à Clash, Dj T fera hurler la foule avec une electroclash basique mais bien roulée. Sa dernière lancée de mix se chargera d'acid house aérienne. Une jeune nymphette partira au cou du deejay et me sourira : "Celui-là, je l'ai eu en deux secondes". Fermez les paupières.

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MERCREDI 24 NOVEMBRE 2004 _ #302
 

Sur une moquette à vomir

Dans le patio du Sofitel, les premiers buveurs de beaujolais doivent se calfeutrer l'estomac de bouchées et attendre que le petit vin monte au front avant de se déséquilibrer la cravate. Pour une fois, mercredi, je zappe cette avant-primeur qui impose souvent les crachats de quelques mauvais verbes sur certains "peopleux". C'est au Lax Bar que Rhose Lyon lance son "nouveau pôle gay oriented" ou une structure pédé ouverte au monde et destinée à secouer les burnes des hétéros et homos (infos sur www.rhose.org). Le team des Subsistances liquide paisiblement quelques drinks et promeut la soirée vitale et obligée du mercredi 1er décembre : Sida Basta. Nous y serons sans faute après une marche des associations (entre Bellecour et la place de la Comédie, à 17h30) qui devra attirer plus de foule que ces vingt courageux de l'an dernier, trempés et un peu esseulés. Clignez des paupières. En table, au Café 203, Mathieu se pince l'oreille pour feindre d'entendre les délires éthyliques de Mika et Yann. Je fume plusieurs clopes. Je joue avec mon briquet avant que Manu Cédat ne nous annonce la fermeture définitive de l'Ovale 203 et notre expulsion du bar. "Tiens, clique là. Je viens juste de tremper ma queue dans mon verre", accroche Mika devant l'objectif du photojet à L'United Café. Au milieu de kids habillés en stretch moulant, je radare un serial fucker qui se dirige dans les chiottes après un regard insistant collé sur ses lèvres. Clignez des paupières. Il ferme la porte, se défroque et s'accroupit. Un mec, la vessie en civière et en forceps sur la poignée du clapier à gâteries improvisé, gueule : "Vous ne pouvez pas aller baiser ailleurs ? Il y a des bordels pour ça." Non, j'aime bien effectuer des séances de tripotages dans les chiottes. De mémoire, l'acte sexué le plus incongru pratiqué dans un club se positionne sous l'ère du Palace. Un petit matin, mon amant me cajolait la bite, en prière devant le comptoir crowdy du Privilège, club situé sous le mythique théâtre de vie parisien. Clignez des paupières. Jeudi, la dalle en marbre noire de l'Opéra National devient glissante pour le "beaujolais nouveau" de Lyon Capitale. Nous goulotons plusieurs verres et sticks de gruyère suisse qui "vont te donner une haleine terrible", selon Claudius, un drapé malien jeté sur l'épaule. Guillaume Tanhia, initiateur de ce type d'accessoire too much, me lance des coups de pied en suite de la rumeur lancée ici sur sa coloration capillaire. Déjà drunky, nous flashgordons vers le 10 après un salut souriant à Serge Dorny, personne définitivement aimable, Cruz Poutre et Fabrice Arfi. "Mais vous êtes-vous regardé pour me dire cela ?", se froisse Patrice Béghain après une charge sur son désordonné de cravate-chemise. L'adjoint m'invite à être son gentleman agreement pour la soirée du vin nouveau au Hilton même si, à mon goût, l'hôtel de la Cité offre "une moquette tellement épaisse que l'on a envie de vomir". Fred D. est d'accord pour immoler le chien de Jacques Haffner au beaujolais : "Ensuite Jacques, dans une douleur insoutenable, se mettra nu sur le bar". Clignez des paupières. Kevin me pousse sur son vélo et nous slalomons jusqu'au Bar du Passage, lieu caché et alliance jouissive de cuir et boiserie. Marc joue ses dernières heures de la semaine avant de partir à Las Vegas pour concourir au titre de meilleur "jet-cocktailer" mondial. Le fin préparateur de drinks m'assomme de Martini dry, le sommet de la boisson chic. Nous prenons des nouvelles de Marie, en nouvelle maîtresse du Kitao (26 rue Neuve, quartier Cordeliers) avant de cligner des paupières. Samedi, Le Vercoquin de Frédéric Sicre et Thomas Delpy (33 rue de la Thibaudière, quartier Guillotière) ouvre les bouteilles et asperge Anne LS et Super Pénélope de rires bien mariés. Deux jeunes premiers se bécotent sur le banc vert avant de partir baiser dans une montée d'escalier. A Jackin' Phreak avoue adorer Depeche Mode "dont le remix acid-house réalisé par Ewan Pearson est d'une beauté absolue". Pénélope s'enflamme sur la grande exposition Andy Warhol au MAC en janvier prochain avant d'essayer de joindre Catherine A. pour un test de dignité sous polyalcools au Bar de La Tour Rose. Sans réponse de la borderliner, nous pénétrons dans une Ambassade surpeuplée et emplotée de danseurs sur des blocs lumineux. Nous exagérons des chorégraphies fusionnelles sur une musique soul discoïsée. Peter (photo) grimace en architecte berlinois frimeur. Emmanuel B. me baise et voudrait voir tout le monde en plein jour. Un couple de malpropres se frotte sur le zinc. Le son coule à flots dans nos coeurs et nous clignons des paupières. Un switch entre un Medley sur sa fermeture et une Jungle en agitation souterraine pour une partie de safety bites en compagnie d'un grommeleur infatigable me couche à l'Apothéose. Au grand matin, Patrick me réveille : "Je dormais sur un canapé comme toi. Là, j'arrête. Je pars me coucher". Je l'embrasse pour de vrai puis ferme les paupières.

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MERCREDI 01 DECEMBRE 2004 _ #303
 

Ne pas subir sa fin

"Tu as une capote ?" Le pantalon aux chevilles, les mains qui se plantent dans la chair, les bites qui s'allongent et cette question qui se fout au milieu de tout ce fast-sex-no-love. Je n'ai jamais baisé sans ce bout de plastique, paravermine déroulée à chaque one shot et même avec mes amours fidèles. Il y a parfois ces "accidents", ces moments où le plastique lâche à force de trop niquer cet inconnu qui en veut toujours plus. Je flippe. Un test VIH dans un centre anonyme qui angoisse pas mal. Un petit bonbon sucré offert lors de la remise du diplôme de "séro-négativité". Le coeur qui veut sortir ce jour où, en même temps qu'un contrôle VIH, mon médecin me prescrit la recherche de mon groupe sanguin. Au relevé de l'enveloppe, je tirais une carte marquée "O+". Les jambes flanchaient et je m'imaginais tomber raide. Grand idiot, je venais de découvrir mon rhésus de donneur universel. Le sida ne m'effraie pas. L'inconscient tatoué par la mort, permanente du quotidien, me dicte de ne pas avoir peur. Mais ma lâcheté face à la douleur m'impose aussi d'éviter de souffrir en longue durée. Clignez des paupières. Ma mère fit sa première et plus violente poussée de sclérose en plaque en 1978. J'avais huit ans lorsqu'elle rentrait d'une hospitalisation au CHU de Limoges telle un légume ébouillanté. Je garde intacte cette image d'elle, assise en bout de table, et incapable de manger sans que ma soeur et mon père ne lui donnent la béquée, lui vide un verre d'eau dans la bouche. Parce qu'elle était forte, elle supportait tout : les traitements à la cortisone qui lui donnait une moustache et gonflait son corps ; les petites gélules qui changeaient de couleur tous les trimestres au coin de son assiette et les ponctions lombaires qui l'allongeaient dans la faiblesse. Bien qu'elle ait été forte et en lutte contre son invalidité, elle n'a pas vu venir le camping-car qui l'amena direct en sous-sol. Clignez des paupières. Je veux décider de ma fin et, le virus du sida n'est pas l'arme que je choisirai. La douleur de ma mère est un bon vaccin contre toute maladie à laquelle on ne peut pas échapper, qui ne se guérit pas. Le sida non plus ne se guérit pas. Mon histoire m'a ferré dans cette contradiction : refuser de souffrir longtemps mais pouvoir mourir n'importe quand. Clignez des paupières. Oui, les pédés baisent de plus en plus sans se protéger. Ils sont devenus comme les hétéros qui ne savent pas ou n'ont jamais voulu savoir que le VIH est au coin de tous les chemins sexuels. "Tu as une capote ?" À cette question, le mec remonte son froc et se casse. "Tu as une capote ?" À cette question, le mec s'ignore : "Si tu n'éjacules pas dans mon cul, on ne risque rien". "Tu as une capote ?" À cette question, la plupart de mes proches hétérosexués répondraient dans le vague ou d'un sourire de gêne mais évidemment responsable. Clignez des paupières. En 1985, je suis un jeune adolescent à sexualité perturbée et tout ce qu'il y a de plus propre sur lui. J'effectue mes premiers jets après copulage automatique sur une copine du lycée et me masturbe sur les beaux gosses imprimés dans les magazines pour teenagers. Le monde parle à voix passe du "cancer gay". Des Hervé Guibert violentent la télévision, hurlent leur agonie. Passer dans le camp de l'homosexualité, en sus des bourreaux sociaux, ne va pas me basculer dans une vie de joies et d'amours simples. Mais cela m'a appris à me protéger, à considérer ma future sexualité comme menacée de toute part. Comme à défendre de toute part. Clignez des paupières. Je dois cumuler une large centaine de coups de queue par an. À ce stade, tenir un tableau de chasse n'est plus d'actualité. Pédé, je fais toujours partie de cette population dite "à risques" vis-à-vis du virus VIH. Plus généralement, je fais partie de cette société à risque. Les rapports sexuels sont aussi mobiles que la téléphonie. "Dis, tu ne sais pas où nous pourrions trouver des putes ?" me stoppent deux blaireaux en touristes dans la nuit. Les commerciaux en déplacement tournent dans des trois portes d'une multinationale dans le quartier Cordeliers avant de rejoindre le nid conjugal. Les papas tranquilles rondent aux abords de Gerland dans leurs monospaces climatisés en chasse d'un coup avec un minet. Les discos des quais de Saône aiguisent les braguettes de voyageurs insouciants sur des secretaires aux blondeurs gominés. Les sexualités sont commerce, et à géométrie variable. Les enfants profitent pleinement de la libéralisation sexuelle obtenue par les parents soixante-huitards. Tout est bien qui continue bien. Clignez des paupières. Dans la pénombre, elles et ils se taisent, cachetonnent des multi-thérapies contre le mal chopé lors d'un seul égarement. Elles et ils font semblants d'aller bien, se taisent et cultivent leurs corps, leurs jeunismes et beautés. Elles et ils ignorent que le mal est déjà en eux. Les autres continuent à jouer. "C'est pour les gays, putes et toxicos", disent ces derniers invaincus. Oui, sûrement. Fermez les paupières.

Sida Basta aux Subsistances,
mercredi 1er décembre
Journée mondiale de lutte contre le sida
infos : www.les-subs.com
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MERCREDI 08 DECEMBRE 2004 _ #304
 

The Difference It Makes

Mercredi, journée mondiale de lutte contre le sida, nous retrouvons les manifestants réunis sur la place Antonin-Poncet avant une marche solidaire. Comme chaque année, peu d'institutionnels ou de limonadiers gays prennent part à la manifestation. Michel Chomarat se fera remarquer sans glisser une saloperie sexuelle. Sylvie Guillaume, de tous les combats, s'infiltre dans le cortège avec sa mine toujours un peu triste. Kary du Lax Bar doit être la seule chef d'établissement nocturne qui défilera au milieu des 450 participants. Facilement plus nombreux que les vingt engagés mouillés de l'an dernier, la marche n'a pourtant pas véhiculé de messages forts. Une promenade sous une seule bannière assez consensuelle dont on a déjà oublié le message brandi. Cependant, il est encourageant de voir ce rassemblement reprendre un peu de vigueur. Reste à lui donner un contenu. Ce n'est pas Gérard Collomb qui nous y aidera. Par un mauvais hasard de calendrier (la mairie centrale est habituée à ce type de crash entre un événement citoyen et une gaudriole pour pousseurs de chariots en supermarché), le maire crypto-socialiste inaugure, juste au final de la marche et sous le regard des manifestants, un sapin de Noël suédois sur la place Louis-Pradel. Un moment surréaliste à se sentir honteux : une foule lâchant des ballons blancs imprimés d'un ruban rouge face à une estrade parquetée d'huiles officielles qui s'émerveillent devant un résineux en guirlandes. Clignez des paupières. Aux Subsistances, la soirée Sida Basta ! conjugue thématiques autour de la maladie et spectacles "complets" pour un millier de visiteurs. Guillaume Tanhia refuse d'essayer mon coordonné blouse rose et chapeau haut de forme noir moucheté de pointes rouges lumineuses. Je m'approche de couples ou de groupes en leur proposant des préservatifs. N'étant pas un professionnel dans l'action de prévention, je joue l'humour. Les interpellés me sourient. Ils acceptent le protège-mort tendu, le touchent puis le rangent dans leur poche. L'utiliseront-ils ? Le connaissent-t-ils ? L'idée qu'ils soient déjà en contact physique avec ce bout de plastique peu glamour me satisfait. Clignez des paupières. Dans la "Rhose Room", des vidéoprojections dénudent des corps et Franck Sinatra, Dean Martin ou Billie Holiday assouplissent les nerfs dans des canapés cotonneux. Rhose et Là Hors De cisaillent la nuit entre le confort et le dérangé d'une réalité du sida que beaucoup ne connaissent pas, plus, ou ne veulent pas voir. Super Pénélope et Marie-Stéphane Guy jouent les girlies des années trente. Emma et Anne LS se crampent dans un fou rire devant le crooning maniéré en playback par Cart 1. Dj Flore nous annonce la sortie urgente de son premier maxi orienté breaks beats. Nous n'aurons pas le temps de sortir de la pièce rose pour aller danser sur le plateau musical des Nuits Sonores. Juste de cligner des paupières face à Sex In Dallas en clôture de cet événement réussi. Jeudi, Marie et David Cantéra effectuent leur première sortie de parents radieux au vernissage de Bublex à la galerie BF15. Claudius supervise le saucissonnage d'un gourdin "de bien belle taille" et enverre du vin blanc pour buveurs arty. En fuite de l'espace d'exposition saturé de curieux, Pierre Obrecht promet une de ses cartes de voeux, missives traditionnelles d'originalité. Clignez des paupières. Z2 bouge la tête en trainspotter sage scotché aux platines de Undo. À travers les ondes, terrifiques de psybody music, ventilées par le deejay barcelonais, La Marquise aligne des moments heureux pour Écho Sonore. Nous sniffons du poppers avec Super Pénélope et Stéphane V jusqu'à troubler notre équilibre. Vincent Carry refait le monde. Cyrille Bonin voudrait inventer un autre monde par l'écrit. Anne LS et Prousty lèvent le pouce au ciel et ne veulent plus s'arrêter de danser. Clignez des paupières fracassées par un trop plein de bonnes vibrations, l'intérieur bouffé par cet atmosphérique "The Difference It Makes" de The MFA. Samedi, je me fais bloquer par une femme sensible aux vestiaires de The Gallery. Elle lit cet édito. Elle m'apprécie. Elle me qualifie. Je ne me sens pas à ma place, veux fuir, ne pas entendre parler de ça. Je n'écris pour personne. Chaque fois qu'un lecteur de cette rubrique me regarde comme une personne sensible et importante (non parce que je représente un journal mais par ce que je peux représenter d'humanité errante), j'ai peur. Clignez des paupières. Sous les tentures blanches stroboscopées, Steven Redant malaxe l'anthem Xpress 2 à des beats rocky. Les enceintes tabassent à merveilles mais les coeurs n'y sont pas. Antoine S. me couvre de drinks et nous dissertons "pudeur, intimité et perversion" avant de cligner des paupières. Dans une course vers le petit jour, nos forces déclinent au 10, malmené par une horde de club kids vulgaires, au bord de l'Apothéose et dans La Jungle où un pseudo caillera pose sa tête sur ma cuisse et pleure. Je lui peigne doucement ses cheveux puis ferme les paupières.

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INSTINCT NOCTURNE

Écrit par Baptiste Jacquet
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire

 

 

 

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