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INSTINCT NOCTURNE
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Écrit
par Baptiste Jacquet |
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire
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| MERCREDI 24 DECEMBRE
2003 _ #257 |
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Mars
veille
Les
vagues sentaient le sel chaud et les rochers brûlaient la
peau. Nous sautions dans l'eau à plus de cinq mètres
de haut. La serviette vichy du pique-nique se mouillait de nos gouttes
de bain. C'est ainsi qu'à notre arrivée à Marseille,
mercredi, je me souvenais de
mon dernier séjour près du Vieux Port, dans des calanques
protectrices et enlaçant Le Bimb d'amour. Je connais
très peu la cité phocéenne intra-muros et me
balade, tel un touriste curieux, dans les rues adjacentes à
la Canebière. Une foule populaire nuage les trottoirs de
pieds énervés, tranquilles ou hésitants. La
ville m'accroche. Elle a ce goût un peu passéiste de
la mégapole cosmopolite et riche de sa pauvreté. Rien
à voir avec la presqu'île lyonnaise où les pigeons
dandinent leur plumage lisse. Ici, vieux magasins familiaux et boutiques
originales accrochent l'il tandis qu'à Lyon, et partout où
l'argent coule, ce sont les mêmes devantures, toujours les
mêmes. Je me perds dans les alentours du cours Julien, le
quartier "bobo" comme me le vantait un pimpo de l'office
du tourisme. Clignez des paupières. Christian R., après
avoir testé trois chambres de l'hôtel ("Celle-ci
sent le chaud. Celle-là est trop petite. Mais où est
la vue sur la mer, telle qu'ils l'affichaient sur le site Internet
?") me lance dans une tournée des bars gays locaux.
Au nombre de trois, la nuit tombante, tout est un peu morne, "provincial"
comme disent les médiocres qui rêvent de Paris, la
triste. à l'énigme, un prêt-à-tout nous
propose : "On peut faire un truc à trois ? non ?"
Non et clignez des paupières. Jeudi,
nous prenons un dernier air marin sur la Corniche avant de tracer
les hommes seuls en drague sur les aires de repos autoroutières.
Amusant. Tout réaccélère, vendredi,
au Palais Saint-Pierre où talentueux et moins fêtent
la sortie de l'annuaire du Club de la Presse. Nathalie Cayuela
m'offre son cur avant que nous flashgordions à La Marquise
puis à l'Ambassade pour transpirer sur Alex Kid et Jovhon.
Et finalement, se prendre une bûche dans le foie. Fermez les
paupières.
Les
clés de 2003 (1/2)
Tout,
et le reste, de ce qui marqua cette année de night life.
Club : l'Ambassade. Le mythe n'est
pas mort et mélange toujours, et en corps, les house-purists,
fashion victims et b-boys de la ville.
Bar : le Péristyle de l'Opéra
ou comment Philippe Chavent installe LA terrasse de l'été,
douce, jazz et à farniente.
Soirée : Bal des Pompiers du
14 juillet à la caserne Saint-Louis. Show pyrotechnique kitchissime,
lieu paradisiaque pour fantasmes, déconnes et consommations
sexuelles pour certain(e)s.
Dj at work : Laurent Garnier à
Sonar (Barcelone). Le godfather de la house française clôture
la Mecque des musiques électroniques par un dj-set à
se fusiller les vertèbres.
Couple : Marie et David Cantéra.
Sexy et juste ce qu'il faut borderliners, les nouvellement fiancés
forment le plus réussi des amours.
Cocktail : les 10 ans d'Euronews à
l'Opéra. Si ce n'était pas le pince-fesse le plus
fou, l'événement assurait une descente à puits
perdu dans le champagne. Nous n'avions vu telle générosité
alcoolisante depuis l'inauguration du casino Le Pharaon.
Mondains : Nadine Fageol, Guillaume Tanhia
et Jean-Luc Very. La première est capable de sortir
les pires saloperies sur les pique-assiettes invités. Les
deux autres, un dandy adorablement surjoué et un communicant
souvent critiqué, sont capables de décoincer n'importe
quel jeté de petits fours.
Expo : Christian Boltanski et son Happy
Hours dans les vestiaires de la piscine du Rhône. Sur sa fin,
la Biennale d'art contemporain offre une installation troublante
et funèbre.
Spectacles : Foi de Sidi Larbi Cherkaoui,
interprétée par les Ballets C. de la B. au Tobbogan,
et Frigos de Copi adaptée par Gilles Pastor, interprétée
par Jean-Philippe Salério, à la Villa Gillet. Si vous
avez loupé ces deux pièces, vous ne devriez plus pleurer
des "La culture à Lyon, c'est vieillot et sans intérêt".
Deux vrais chocs sensibles.
Hymne : Vitalic Poney EP. Quand le
Lyonnais patauge dans la musique soft et presque "réfléchie"
pour rouleurs de joints, un Dijonnais sort la bombe body-music planétaire
de l'année à transporter nos corps remplis d'extase
et en sueur dans une techno psychédélique que certains
annoncent révolue.
Album : The Soft Pink Truth Do you party
? ou comment se sentir heureux et plein d'espoir dans la créativité
des artistes électro. "House music still alive".
Objet : la lanière au cou. Ce lazy
revival, inspiré des "enfants-à-la-clé",
attache l'urbain à son portable, ses clés d'appartement
et, nec plus ultra, sa carte mémoire USB. S'enquincaille
au cou ou s'enfonce dans la poche du pantalon, prête à
dégainer.
Soulagé : Trublyon inaugure une nouvelle
presse lyonnaise, arty, légèrement "underground",
carrément vigoureuse.
Le pire : la communication visuelle des
Nuits Sonores. Ringarde, sans âme et triste seront les impressions
offertes par l'affiche (et autres déclinaisons en flyers)
du premier festival électro de Lyon qui réussira,
malgré cette imagerie bouseuse, à faire danser 9 000
personnes sur trois jours. Félicitations.
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| MERCREDI 07 JANVIER
2004 _ #258 |
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Les
clés de 2003 (2/2)
Tout, et le reste, de ce qui marqua mon existence cette année.
Dans
l'édition précédente, je couronnais l'Ambassade
(club de l'année), le Péristyle de l'Opéra
(bar), le Bal des Pompiers (soirée), Laurent Garnier
(dj-mix), Marie et David Cantéra (couple), les 10
ans d'Euronews (cocktail), Nadine Fageol, Guillaume Tanhia
et Jean-Luc Very (mondains), Christian Boltanski (expo),
Sidi Larbi Cherkaoui, Gilles Pastor et Jean-Philippe Salério
(spectacle), Vitalic (hymne), The Soft Pink Truth (album)
et Trublyon (média). l'exercice est idiot, définitif
et prétentieux. En fin d'année, il se trouve pourtant
être un bon marronnier pour tous journalistes et lecteurs
plus préoccupés par l'actualité de leur dinde
farcie que celle du monde qui les entoure. Sous ma plume, il est
une échappatoire facile à la déprime provoquée
par l'approche du 365e jour. Décerner des petits prix dont
tout le monde se tape est plus simple que de démêler
mon esprit. à chaque date symbolique (anniversaires ou nouvel
an), je me crispe et regarde derrière. Ces jours décrétés
"noirs" ne sont rien d'autre que d'inoffensifs chiffres
imprimés sur un calendrier. Pourtant, je refuse d'avancer,
de franchir la barrière chronométrique. Ma remise
en question est globale. à tour de cogitations, je suis un
inadapté, un cynique toujours pas aigri, un amoureux contrarié,
un maladroit brutal, un alcoolique joyeux, un hésitant, un
suicidaire sous camisole ou encore un journalier perpétuel
du sans lendemain. La liste est longue et mon autodérision,
très courte. Clignez des paupières. Et puis, il y
a les déceptions, les jalousies sans fondement et les agacements.
Rétrogradons dans cette année 2003 et ses ruptures.
En janvier, je romps tout contact avec mes grand-parents. Je ne
veux plus faire d'efforts face à leur manque de curiosité
sur mon quotidien ou mon avenir incertain. Depuis le décès
de mes parents, je n'étais que le "fils-de-ma-fille-morte"
et le "fils-de-mon-fils-mort". Ma consistance n'est, à
leurs yeux, que symbolique post-mortem. Mon grand-pater m'appelait
parfois par le prénom de son enfant perdu. Troublant. Trop
vexant. Alors, je préfère ne plus les voir ou entendre.
Clignez des paupières. La deuxième cassure sera mon
débarquement printanier de mon petit travail salarié.
Certains pensent que mon gagne-soif est ici, là, dans ces
colonnes. Avec toute l'affection que j'ai pour mon directeur de
publication, Lyon Capitale est loin de se poser en bailleur de fonds
principal face aux plongées abyssales et rouge vif de mon
compte bancaire. Ainsi, je cumulais Nuits Mobiles et cet ailleurs
de dessinateur industriel docile. Après douze années
d'études électriques, je me trouve limogé.
Soulagement puis questionnement. Que faire après ? Dessinateur
tranquillisé ou journaliste précaire ? En cette nouvelle
année, je m'en veux de ne toujours pas avoir choisi. Clignez
des paupières. Au début de l'hiver, suite à
un différend personnel avec une amie commune, Mon épouse
me pousse au divorce. Je ne sais pas si elle le vit bien. J'en souffre
toujours. J'ai du mal à comprendre comment ne plus partager
avec quelqu'un d'aimé alors que l'on ne s'est même
pas disputé. La seule affirmation positive procurée
par cette rupture est l'assurance qu'une relation amicale ou amoureuse
ne peut perdurer que si elle est vécue en binôme exclusif.
La grande farandole amicale est dangereuse : "l'ami de mon
ami est mon ami" peut vite se pervertir en "l'ennemi
de mon ami est mon ennemi". Clignez des paupières.
J'ai été jaloux du bonheur des autres. Ce grand classique
pluriannuel m'a encore secoué en 2003. Fréquenter
ou rencontrer des personnes qui baignent dans "amour, gloire
et beauté" est vite agaçant lorsque vous pataugez
dans "sexe, doutes et fauché". Je me raisonne souvent
très vite : il m'est rassurant d'être entouré
de proches stabilisés, souriants et tranquilles lorsque j'ai
parfois l'impression de trop patauger avec des névrosés
en errance qui ne m'inspirent aucune dynamique. Enfin, à
côtoyer certains de ces présumés bienheureux,
je ne suis pas sûr de vouloir leur place. Clignez des paupières.
En relisant ce texte, je me rends compte que la joie et moi ne sommes
pas très proches en ce début d'année. De toute
façon, je n'aime pas les années paires et encore moins
l'hiver. Demeurent toujours et encore ceux, ces chers et rares,
qui m'éviteront d'avoir à passer d'un "Noël
au bourdon à Pâques au crématorium" :
Merveilleuse année et plus que deux mille mercis à
Super Pénélope, Christophe Boum, Christian
R et Frédéric Sicre, Stéphane Breyton,
Pilou, dj Arnie, Marc Gassion. Très bonne année à
ceux que je n'ai pas encore rencontrés que j'aimerai forcément,
qui me feront bander, me surprendront, que je critiquerai, que je
ne laisserai pas indifférent, qui m'aimeront ou me feront
peut-être perdre la raison. Fermez les paupières.
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| MERCREDI 14 JANVIER
2004 _ #259 |
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Serial
Acting
Je
me souviens de l'inauguration des Subsistances, rendez-vous
cloisonné par une "pipolisation" outrancière.
La concentration de communicants, journalistes, personnalités
culturelles et élus était telle que l'ego de chacun
explosait en plein dîner sous la verrière. Tout l'art
putassier des "public relations" consiste, pour un fourvoyeur
de bricoles artistiques, à flatter le responsable d'une institution
qui lui-même graisse la manche de l'homme politique, grand
argentier de la chose. En petit comité, le manège
n'étourdit pas : il amuse. Dans un attroupement général,
la surcharge de fausses caresses provoque une overdose sucrée
et dégoûtante. Clignez des paupières. Vendredi,
rien de cela lors de la réouverture des nouvelles Subsistances.
Catherine Bouvard et Guy Walter ont su diluer les "huiles"
locales dans un parcours à curiosité artistique où
l'orgie alimentaire ne se trouve pas sur un plateau de petits fours
mais dans les salles du site, avec les artistes. Je ne tirerai pas
sur l'ambulance en abordant l'ère Klaus Hershe ou la réfection
luxueuse de ces vastes studios par Denis Trouxe : trop cassant et
plus le temps. Clignez des paupières. Alain Turgeon
et Z2 fêtent leur anniversaire. "C'est ici, lors de l'inauguration
officielle, que nous nous sommes rencontrés pour la première
fois", swingue Z2, coiffé d'un volumineux chapka soviétique.
"Pour cette nouvelle année, j'ai pris la résolution
d'arrêter de manger du saumon d'élevage", décide
l'écrivain dans la cour principale. Pierre David a redécoré
le hall d'accueil tandis que le personnel laisse tomber la symbolique
"caviar" perlé du graphiste René Walker
pour le laboratoire "chimique" des blouses bleues et d'un
"Su" brodé, estampe définitive et groupusculaire.
Cathy confirme à Super Pénélope : "La
blouse est très en vogue en ce moment". Juste même
si je ne réussissais pas à obtenir un exemplaire de
la jolie toison expérimentale. Clignez des paupières.
Dans la Boulangerie, Mister Chocolate et le Kanardo duo s'assoient
au pied d'un piano. Régine Chopinot et Bernard Lubat bataillent
une lutte libre entre bruitisme cabotin, contorsions dansées,
free jazz et partie de jeu sur une table sonorisée grinçante,
souriante puis violente. Le spectacle rafraîchit par sa spontanéité
maîtrisée. Nonobstant, certains y verront un mépris
du public par Chopinot et d'autres, la présence physique
trop écrasante du musicien par rapport aux petits pas bien
convenus de la chorégraphe-danseuse. Clignez des paupières.
l'acting fort de ce week-end arty s'impose sous la verrière.
Steven Cohen avance sur les pavés obscurs. Surélevée
de platform shoes vernies, sa démarche est fragile. Son corps
file tel un funambule perché dans l'insécurité
atmosphérique. La seule couverture qui le protège
du froid, de la nudité crue et de l'obscurité encercle
ses hanches : un chandelier de cristal éclairé de
bougies électrifiées. l'attirail clique à chacun
de ses pas hésitants. La créature illuminée
se treuille au ciel, accompagnée par un chant classique.
Le lustre est beau et chaud. Ses mouvements insecure incitent à
l'envie de protéger cet être, de ne pas casser cette
merveille. Puis le performer sud-africain clopine vers sa sortie
au milieu des spectateurs. Une vidéo se projette alors sur
le grand écran. l'artiste blanc et juif s'invite, dans la
même tenue scintillante, au milieu d'un bidonville "black"
en destruction à Johannesburg. Il est scruté, aguiché,
moqué, risque la violence mais continue de poser, de poser
les bonnes questions. Clignez des paupières. Au Cosmo, Perrine
Lacroix sourit et me plaît. François OKanardo'
Verdet espère son expo "Pano" pour la fin du printemps
prochain. Perrine annonce sa prise en art de la galerie BF15. Sous
la garden tent centrale, une drum'n bass ennuyeuse nous fait saluer
Carla et Stéphanie, Hubert Julien-Lafèrrière
ou Nassaboy. Emmanuel et Mister Chocolate s'échappent.
Patrice Béghain tourne des talons. Clignez des paupières.
Sous les néons bleus du Double Side, un pimpo m'enferme
dans une cabine. Il m'aspire la queue. Je me plaque contre lui après
éjaculation. Il me repousse : "Je ne suis pas un tendre.
Je suce et c'est tout". Clignez des paupières. Samedi,
Christian R. et Frédéric Sicre se plaignent,
à raison, dans le centre d'art : "Il y a beaucoup de
jeunes des Pentes, présumés rebelles". Nous arrivions
pourtant à la grille d'entrée des Subs avec un salut
chaleureux de Serge Dorny, homme vavavoum et pressenti empreint
d'une humilité sincère. Clignez des paupières.
Gilles Pastor teste son "Outing" auréolé
d'une couronne lumineuse dans un atelier. d'une voix lactée,
l'auteur-metteur en scène se déglingue rapidement
en paranoïaque speedé qui voit des "épileptiques"
partout. Jouissif à en perdre son lait. Clignez des paupières.
Après avoir visé que "Vitalic deviendra
le David Bowie français", en symbiose avec Cyrille de
Kubik Distribution, j'ai du mal à fermer les paupières
dans ma course à l'Ambassade, le Medley et un double
sex-shot à La Jungle : "Tu aimes mon cul ?"
approuve en question un serial fucker en équerre contre le
mur du sex-club.
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| MERCREDI 21 JANVIER
2004 _ #260 |
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I
love Acid
Je
me rappelle ces premières fêtes où mon mental
de post-ado dirigeait mes gestes au milieu de dancefloors improbables.
Les premières "acid-house parties" s'organisaient
à Lyon. Au Transbordeur, des punks sortis de leurs
lofts pour acariâtres, des travelos à fortes choucroutes
et de jeunes junkies biberonnés à la cold wave et
autres body music allemandes buvaient des boissons bleues et cachetonnaient
du pur MDMA. Le Summer of Love de 1988, periode anglaise fondamentale
dans l'histoire de la musique électronique, était
passé par là. En 1990, tous les originaux de la ville
dansaient dans des tenues extravagantes et provocatrices. Ils sortaient
avec cet esprit novateur, déjà vu lors de l'avènement
du disco, d'un look pointu, self made et outrancier. l'acid-house
ouvrait les ères suivantes, amoureusement synthétisées
par des mises en gorge d'extacy "propre", de la house,
techno, trance, goa et petits trips féroces en psychédélismes.
Les clubs kids se goinfraient de beats au Zoo de la rue mercière
ou côtoyaient l'intelligentsia de la mode à l'Opéra
Mundi. Lorsqu'ils n'hallucinaient pas au mythique Hypnotik ou mimaient
une secte religieuse au Factory, night-club décadent que
remplacera un B'52 pour étudiants sous bière. Quinze
années plus loin, tout est revenu dans l'ordre, dans le professionnalisme
des "segments de clientèle". Clignez des paupières.
Jeudi, au 10, Claudius vante
à Super Pénélope sa passion pour "la
musique de pouffiasses, soul, qui garde cet esprit groovy et black.
Par exemple, je peux passer tout le trajet Montpellier-Lyon à
écouter en boucle la compilation Respect mixée par
Dj Deep". Fred D. maintient, à répétition,
"une obsession pour les films dans lesquels il apparaît
un ascenseur hydraulique à l'écran. J'adore les ascenseurs
hydrauliques." Puis il se place hors du temps et insiste,
coeur perdu, sur des passages de Madame Bovary à en faire
tourner les flûtes champagnisées de Patrice Béghain
et Guillaume Tanhia. Un quadra au nez crochu et poils duvetant
ses avant-bras, prototype animalier du rustre sexy et facile, me
laisse l'approcher. Jacques Haffner nous annonce le premier
anniversaire de son club, ce vendredi 23, avant de cligner des paupières.
"J'aime mon travail et baise avec lui pour le garder",
claquera un gentilhomme aux yeux d'innocent au comptoir de l'UC.
Vendredi, Patrick renommera
cyniquement le lieu en un "UC pour Ultra Connasses"
pendant que les voûtes explosent de jeunes éphèbes
en dégoulis de crèmes cosmétiques sous la chaleur
concentrationnaire. Dj Sophie n'a pas acheté de nouveaux
disques et je m'échappe à La Jungle. Dans le
bordel, un jeune pimpo blond se vante de s'être fait dépuceler
le nez par quatre rails de coke lors d'une soirée privée.
Son attitude surprend Coyote qui éclate de rire lorsque je
gifle le prétentieux : "Vu ton Q.I. apparent, tu
n'es pas monté très haut avec ta dope". Clignez
des paupières. Samedi,
en retour parisien pour l'enregistrement chez Translab de son premier
vinyle à sortir sur le label Brique Rouge, Dj Arnie
fait tourner le faramineux I love Acid de Luke Vibert (Warp Records)
sur ses MK2 : "C'est assez downtempo mais le morceau possède
une charge tripante extraordinaire". Le deejay producteur
agoraphobe avance ses projets, ses collaborations avec Eric Borgo
et Tiga puis ses analyses musicales pointues. Nous dissertons sur
le buzz gigantesque autour du premier album prévu de Vitalic
(Gigolo Records) avant de sortir dans le froid glacial de la nuit.
Clignez des paupières. Un bref passage au Medley où
Line tend ses lèvres à chaque visiteur dont un Julien-Justin
primo-carrément-dépressif nous pousse dans le sas
d'entrée du DV1. Des torses transpirants s'essuient
sur les canapés de la première salle. Des corps essoufflés
s'abandonnent dans les escaliers. Un son massif nous plaque sur
le dancefloor du sous-sol. Les éclairs roses du stroboscope
découpent les mouvements de kids en transe. Jon Pleased Wimmin
hystérise nos jambes à coup de sonorités très
rave et hackings electro-rocky. Les gym queens overbuildés
se regroupent sous la climatisation alors que je m'amuse sur l'utravitaminé
House Of Jealous Lovers de The Rapture. Clignez des paupières.
Cette soirée Clash, masterisée par Lionel Maublanc,
emballe son monde dans un manège tournant à toute
vitesse et touche ainsi de près cet esprit festif trop perdu.
Patrick de Tapiole.com protège Dan, Barcelonais sensible
et fragile (photo). Il reproche mon "les gens fragiles, je
les bouscule. Je n'aime pas la compassion pour ceux qui ont des
problèmes existentiels. Il faut les bouger, les faire avancer.
Je suis peut-être dans l'erreur en agissant de la sorte mais
jouer au docteur ne m'intéresse plus". Clignez des paupières.
Dimanche, au Café
203, Anne me rappelle à l'ordre de cette fin de semestre
: "Il faut absolument prévoir une semaine entière
à Barcelone pendant Sonar Festival (du 17 au 19 juin,
ndlr). Je rentre de là-bas et n'ai pas envie de sortir
à Lyon tellement la fête y est plus belle".
Fermez les paupières, les pensées reconnectées
sur le silence de Mon Épouse.
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| MERCREDI 28 JANVIER
2004 _ #261 |
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Cigarette
neuve
Des
avions en papier s'aiguillent dans le ciel du Virgin Mégastore
avant d'atterrir dans les mains de jeunes filles sur le hall central.
Jeudi, je participe à
la flashmob du mois (infos sur www.beadoa.org) avant de liquider
de l'alcool blanc sur la banquette d'Anne Le Scanff, Caroline
Alt et Z2 à l'Escalier. Clignez des paupières.
Lorsque l'orchestre bat le rythme du "Je suis malade, complètement
maladeS", les jambes de Gérard Collomb trépignent
d'envie. Quelques rocks bien frappés plus tard, le maire
se lance dans une danse sûre avant de chantonner devant Philippe
Faure, heureux meneur de la centième représentation
de son Malade imaginaire. Sous les néons bleus et jaunes
du théâtre de la Croix Rousse, le rouge colle au gosier
et délie les langues. Cricri chasse "une belle
meuf" avec cette attitude de dragueur lourdaud. Bruno Ansellem
annonce son association avec Laurent Cérino dans la création
imminente de leur agence locale de photographie. Super Pénélope
tente de "pipoliser" Marc Renau, jeune premier à
côté de la plaque mondaine. J'ai beau brieffer le bleu
des cocktails aux règles de bases du savoir-frimer, rien
à faire. Le gentilhomme aligne bourdes sur bourdes. Son "je
reviens vers vous parce que je ne connais personne d'autre",
consternera Patrice Béghain en plein diagnostic sur
la faiblesse de son estomac : "Je me suis préparé
une soupe de courge. Elle avait l'air suspecte". Clignez
des paupières. Rue de Belfort, des intermittents ne se remettent
toujours pas du coup de collier raffarineux et tiennent tables fumeuses
au Cassoulet, Whisky et Ping Pong. à moins qu'ils ne soient
juste pas amusants, par nature de leur grade d'artistes qui souffrent.
Julien Micro P. souffle sur une assiette chaude de haricots
lorsque je me bats avec le voisinage afin d'obtenir un siège.
Entre deux saint-joseph à feu de lèvres et dans le
sang, Bertrand de Dig Ding Dong se défend d'avoir acheté
son bonnet péruvien "made in Korea" dans une boutique
pour touristes au Grau du Roi. Clignez des paupières. "J'ai
imprimé un plan d'accès parce que Venissieux, c'est
un autre monde", sourit Z2, vendredi,
en expédition dans la lointaine banlieue Est. Dans l'Espace
Arts Plastiques, le noyau dur des spécialistes en vernissage
découvre les wallpaintings de Stéphanie Morel et la
poésie naïve mise à l'écran par Cédric
Van Eenoo : La première présente deux fresques horizontales
de voitures crashées curieuses mais commet un mur mat qui
relieffe des marques monogrammées en glitter dans la pure
tradition eighties et du trop-dèjà-vu-emmerdant. Le
deuxième déconne dans le non-sens pertinent et l'attitude
lumineuse d'un faux gamin qui rêve d'être "champion
du monde pour être unique mais, en même temps, un peu
comme tout le monde". Une vidéo inaboutie et fraîche.
Clignez des paupières après baise-mains à Isabelle
Laurent et Helena Roche. En veste imprimée écossaise
beige ("Ne la regarde pas trop car je vais la mettre toute
l'année"), Z2 flashgorde à Rue Royale Architecte
pour la fête annuelle de l'agence. l'événement,
organisé par Michel Essertier et ses associés,
est tellement couru par les border liners et alcooliques définitifs
de la ville que, cette année, l'entrée ne se fait
que sur présentation du carton d'invitation. Dans la cour
de l'immeuble, de longs serpentins blancs flottent sur un tapis
fumant. d'autres mordent des pommes en sucre rouges. Ce "jardin
secret", installation de l'Ensemble Noao, ouvre un bal incessant
de gueulantes et rires à l'étage. Fred de B. ne
pourra rien contre la liquidation totale des stocks de vins avant
épuisement de tous. Christophe Boum et Primabella
se montreront en costumes carrés et stricts. Sylvie Perret
fuira les photoshots. Gilles Buna feindra l'homme invisible. Vincent
Carry s'accrochera au comptoir. Marie-Pierre descendra une bouteille
de vodka en cachette. Une fille montée dans l'ivresse tentera
de me voler choux et poireau kidnappés sur une table. Nous
redescendrons de cet Eden démoniaque pour se coffrer dans
la voiture et rouler vers Le 126, cours Charlemagne. Dans ces entrepôts
squattés par un quinzaine d'artistes, Carla s'impose maîtresse
d'un grand loft éclairé à la bougie où
les invités se prélassent sur des canapés et
se racontent des histoires privées à l'oreille. Clignez
des paupières pour un changement de numéro. Le 10
fête son premier anniversaire et mon escort bag (un poireau
et un chou) ne résiste pas à la tyrannie potagère
de Guillaume Tanhia et Patrick de tapiole.com qui explosent
les végétaux alors que Dan tentait de faire du choux
un orifice à branlette. Fred D. fantasme sur le nez bandé
d'un poilu : "Je veux baiser avec la momie ! Je vendrai
ensuite ses pansements à un fétichiste".
Clignez des paupières après une cigarette neuve. Patrick
me réveille de caresses à La Jungle. Le feu
amour d'un bout de ma vie se laisse porter jusqu'à mon lit
où nous croisons corps en douceur. Fermez les paupières
sur cet instant, dimanche, où
dans la cohue provoquée par l'anniversaire de Jacques
Haffner, Reine Claude sort son sein et le presse afin
d'en faire gicler du champagne. Brillant.
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| MERCREDI 04 FEVRIER
2002 _ #262 |
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Rien
de droit
Pourtant
rien de droit n'ouvre la semaine. Mardi,
les yeux piqués par l'écran de l'iMac, un internaute
planqué me balance ces lignes sur un site de rencontre :
"Un ami a baisé avec toi et n'en garde pas un bon
souvenir." Pourquoi ? "Tu as une hygiène qui
laisse à désirer." Le lâche sans visage
ne m'en écrira pas plus sur le forum à destination
de gays ennuyés. l'inconnu doit peut-être décrypter
mon allure de vieil adolescent qui tarde à devenir "adulte".
Je me rase quand j'y pense. J'ai les dents pourries et en cours
de déchaussement. Mes cheveux se grisent dans tous les sens.
Ma fatigue nocturne dégouline dans mes yeux. Je porte des
vêtements de trois ans d'âge. Cela n'aide pas pour rentrer
dans le rang de pédés épilés et vulgairement
en retard d'une mode. Le pire, pour ceux qui me jugent du regard,
est que je ne corrige rien dans cette apparence "négligée"
et susdite "non-hygiénique". Si on ajoute
au portrait ce que je vis, puis écris ici, certains synthétisent
rapidement ma personne en un concentrique "junky baiseur"
ripoliné par "mec pas sérieux", voire "alcoolique
fantasque". Beau tableau. Est-ce que j'en souffre ? Parfois.
Clignez des paupières. Jeudi,
Super Pénélope traîne du sac à
main pour se rendre au concert de cocottes-minute donné par
Mathieu Chauvin et Patrice Carré dans la galerie Georges
Verney-Caron. l'artiste dresse le sol de bouilloires modernes, des
canalisations en plastique en bouche sur les sifflets en tournis.
l'ensemble est curieux et proche du jeu de Mikado à effet
en chaîne. Or, tout finit par essouffler lorsque la vague
musicale "ambient" accompagne ces soupapes à vapeur
que le compositeur a promues comme instrument unique. Chiant, interminable
et sans humour. J'essaie de convaincre Nathalie Cayuela de
l'intérêt plus que réduit de l'affaire en lui
narrant la performance, autrement plus ludique et in-sensée,
offerte par Doctor Rockit, aka Matthew Herbert, à
l'Usine de Dijon il y a quelques années. Le dj-compositeur
se singeait cuisinier des sons et samplait l'eau en ébullition
dans une casserole, un paquet de chips ou le cliquetis d'une canette
de bière pour colorer une partition musicale gourmande et
rythmée à point. Clignez des paupières. Je
note que la jeune femme n'écoute que d'un oeil mon raisonnement
comme si mon verbe n'était pas élevé pour la
critique de cette présumée oeuvre d'art, mais pour
le bas rôle du fou des pince-politesses. Depuis plusieurs
rencontres, Nathalie me renvoie ma gueule d'ultra-sexué et
frivole excessif dans le cerveau comme la marque de mes seuls traits
d'intelligence. Blessant. Clignez des paupières. Une nouvelle
mauvaise idée que d'aller visionner Anatomie de l'enfer
en compagnie de Frédéric Sicre, vendredi. Même
si, sur écran, elle déborde de ses veines, la bite
de Rocco Siffredi n'est pas si énorme. Et le discours
féministe vergeux de Catherine Breillat ne nous inspire aucune
semi-érection idéaliste. Seuls les cinéphiles
adeptes des critiques crypto-gay de vieux libérateurs sexuels
dans Libération apprécieront l'oeuvre à
sa juste et grande valeur. l'écrivaine-réalisatrice
parle, parle, ennuie, parle, ennuie, force au pied de biche des
portes-fenêtres déjà grande-ouvertes. "Et
Rocco est un éjaculateur précoce", rigole Frédéric
en sortie de salle pour oublier cette daube. Clignez des paupières.
Nous accélérons l'apéritif à l'Escalier
pour un dîner dans l'appartement de Christian R. et Frédéric.
Dj Arnie s'accorde avec Super Pénélope
pour railler "tous ces anciens soixante-huitards qui dirigent
le pays aujourd'hui avec leurs idées de vieux maoïstes".
Nous nous étripons sur le thème de la laïcité
et de la future législation sur le port du voile. Je pose
les quelques questions qui me dérangent dans ce débat
populaire : "Pourquoi un gouvernement dont la tête
est catholique pratiquante, titillée par des mesures liberticides,
grande défenseuse de l'enseignement privé catholique,
se fait-il le porte-étandard de la laïcité ?
N'est-ce pas un peu simpliste que d'envoyer des mineurs en prison
et d'exclure de l'enseignement public des jeunes filles voilées ?"
Clignez des paupières. à l'Ambassade, Super Pénélope
se tait au bout du bar afin d'éviter le concentré
d'excités en uplifting sur le mix parfait de Dj Deep. Jacques
Haffner transpire : "Cela fait du bien d'entendre de la
bonne musique. Il y a qu'en même ici trois fois plus de son
qu'au 10." Je drague un joli homme devant la porte des chiottes
avant de cligner des paupières. Samedi,
la dernière mauvaise sortie se vit à l'amphithéâtre
de l'Opéra. La Carte Blanche de Dominique Lardenois et l'Arfi
nous offre le spectacle consternant d'un quartet de bal musette
pour papys et une Elisabeth Macocco qui, malgré tout son
talent corporel et sa diction pointilleuse, ne sauvera pas la scène
de couler dans l'emmerde. Et merde ! qu'ils croyaient présenter.
Presque réussi. Pascale Laplace rattrape le naufrage dans
des verres rouges au 10 à mater du beau mâle et rire
de ces petits riens qui enjolivent la nuit. Fermez les paupières
à la Jungle en marathon de baises sauvages.
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| MERCREDI 11 FEVRIER
2004 _ #263 |
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Tuer
le Pacadis qui est en toi
"Pourquoi
êtes-vous venus ce soir au Musée ?",
questionne le guide au groupe de visiteurs qui soufflent le froid
du soir et scannent le dôme haut perché de l'escalier
central en poigne sur des lampes-torches. Mardi,
en fête pour son bicentenaire, le Palais Saint-Pierre nous
invite à nous reblottir dans nos chimères enfantines
où le bandit de grand chemin et les courses sur les toits
drapés d'une cape noire nous propulsaient dans le merveilleux.
Nous traversons les salles obscures et pointons nos filets de lumière
sur des tableaux historiques, des visages en croûtes fissurées
et des ombres dans nos ombres. Le guide initie le curieux aux détails
des oeuvres et le parcours se déchaîne avec grande
intelligence. La tentation du vol à l'arraché ou de
rejouer à cache-cache surflottent dans l'esprit de Super
Pénélope mais nos garde-pitres intérieurs
veillent. Clignez des paupières. Jeudi,
Mathieu redescend de ses montagnes poudreuses et joue l'autiste
au Seven 2 One de La Chapelle, soirée labellisée "afterworking"
à mi-chemin entre la réunion d'un comité d'entreprise
et un club de vacances castrateur. Les M&m's tournent leurs bulles
de champagne et Mathieu boit l'ennui suscité par un troupeau
de célibataires dont on apprécie fortement la décence
à ne pas sortir après 1h du matin. Clignez des paupières.
La Friterie Marti nous recadre dans une vie réelle et mixte.
Nos assiettes se vident sans garde et les voisins rient, se couplent
de mots calmes et vaporeux. Clignez des paupières. C'est
peut-être pour épouser cette mauvaise mode à
sortir de l'anonymat n'importe quel individu dans les pages magazines
ou les real-TV shows qui inspire Isabelle et Wolfgang de Concept
Food à nous coller au t-shirt une étiquette avec notre
prénom arrondi au marqueur noir. "Je trouve ça
plus que moyen. Un sale effet "club de rencontre" pour
vieux cons", grogne Z2 lors du Soup'Mix en Scène Sur
Saône. Julien Micro P. bonde l'épaule du sobriquet
post-coïtal "cooky" et se prend la moquerie de la
table dans la cuillère à bouillon chaud. La salle
ondule d'une odeur de légumes frais. De vieux couples figurent
les bancs patients d'un bal populaire alors que Marie Rigaud,
entourée de son frère cadet et d'un escort boy transparent,
entreprend la séduction de Clément. Des enfants courent.
Une jeune femme se mate danser devant un mur en miroir. Carla me
pousse à la drague d'un bel homme au fessier musclé,
entreprise aléatoire qui amusera Nassaboy. Clignez
des paupières. Je retrouve Marie et David Cantéra
au Modern Art Café et sa PMP (Politic Music Party).
Le lieu embaume le bois concassé au sol et se magnifie en
une forêt d'animaux empaillés, d'un aquarium à
jardin dans lequel s'attristent des poissons rouges, de plantes
tropicales et de bouquets de gypsophile. Ma répulsion pour
ces gonfle-bouquets immondes me fait charger un membre du collectif :
"Le mauvais goût a ses limites et la gypsophile va beaucoup
trop loin dans le vulgaire", rigolé-je avant de cligner
des paupières. Près du Pont Bonaparte, Julien Micro
P. crashe la Vespa. Z2 s'imagine défiguré. Il
me textotera plus tard : "J'ai la gueule cassée.
Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort." Au même
moment, Anne et Dj Arnie s'imaginent en rave au DV1
lorsqu'Agoria réinvente la techno de Detroit avec plus ou
moins de réussite. Le Sister Savour crispé de The
Rapture en fond d'enceinte me rappelle le rendez-vous imposant de
toute la hype lyonnaise au concert du groupe au Ninkasi koa, ce
19 février. Puis, je navigue entre la bouche d'un amant potentiel
et un Espagnol vavavoum mais résistant. Clignez des paupières.
Dimanche me balade dans tous mes affects. La fatigue et les doutes
m'embarquent à l'anniversaire drunkisant de Christophe
Boum qui nous téléporte dans le surréaliste
de la thèse sur "la mécanique du sexe" rabâchée
par Mireille en fin de table à la Friterie Marti. Dans la
salle de bains du cours Gambetta, Primabella surjoue un "Passe-toi
ça sous les yeux, c'est du sperme de kangourou. Demain, tu
seras ultra-lifté." Cécile et Patrick de
tapiole.com se frottent sur le True Faith de New-Order. Clignez
des paupières. En chemin pour Tombé du Ciel,
Kelly Star me déséquilibre : "Christophe
t'aime. Tu es très important pour lui. En as-tu conscience
?" Le septième anniversaire du bar des faiseurs
de bien, Dominique et Eric, dissèque tous mes états
en une nuit : la joie de s'amuser et danser sur les chansons folk
des Zébulons ; la perte d'altitude dans des échanges
torturés avec Guy Walter ; l'excitation devant un
Romain (photo) qui me souffle dans le dos le chaud de ses poumons
; la véracité d'un lecteur sensible : "Il
faut que tu tues le Pacadis qui est en toi. Quand je te lis, tu
me fais trop penser à lui. Tue-le." ; le rapprochement
sexué de Mikael et un nouveau Christophe ; la philosophie
touchante de Chatte Rouge ; ma confidence avec les yeux vitrés
de larmes à Julien-Justin : "Mon épouse
et Christophe Boum sont les deux êtres qui me font
vivreS mes plus chers." Fermez les paupières sur
une nuit d'une beauté plus qu'importante. Vitale.
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| MERCREDI 18 FEVRIER
2004 _ #264 |
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Une
rose dans sa poche
Seul le coffrage blanc de la salle éclaire
nos corps réduits à des formes obscures et anonymes.
Un son lancinant se réverbère dans nos tripes. Une
lumière céleste mouille les marches de l'escalier
pour nous ouvrir la voie vers un écran vidéo lymphatique
en étage. Ainsi, jeudi,
Elizabeth Creseveur imagine son Trip à la Galerie La BF15.
l'ultra minimalisme de l'ensemble, même s'il a largement été
rabâché dans d'autres expositions, fonctionne comme
une mise en sas d'internement où l'esprit s'échappe
après avoir gommé la chair qui l'alourdit. Kanardo
(Christel Chambre et François Verdet) annonce la mise en
presse de leur livre sur le mouvement post-graffiti et la tenue,
lors des prochaines Nuits sonores, de leur exposition "Pano".
Clignez des paupières. Au milieu de la nuit, je tends la
clé vers ma porte d'immeuble et lis sur l'interphone, taggé
au feutre large : "Gros PD, Mr. Jacquet". Je frotte cette
insulte-des-lâches en ayant un peu honte d'effacer une vérité
(sauf que je ne suis pas "gros"). Le méfait ne
réveille rien. Il confirme. Il confirme les apparences trompeuses
de l'acceptation par tous de l'homosexualité. Il accentue
mes inquiétudes face à cette société
malade et en passion pour le sécuritaire, l'hygiénique
et les supposées bienveillantes "laïcité
et liberté du citoyen", vendues par de vieux Forrest
UMP. Lorsqu'un gay se fait brûler vif par son voisinage dans
le Pas-de-Calais, Monsieur Aillagon, "je suis moi-même
homosexuel" (histoire de montrer que le gouvernement s'y connaît
en pédés), monte au créneau pour dire qu'une
loi contre l'homophobie devient urgente. La même semaine,
un justiciable se prend un mois ferme pour avoir "insulté"
le Petit Nicolas sarkotique. Il rejoint un autre condamné
à la même peine, déjà derrière
les barreaux. Les urgences sont variables. Clignez des paupières.
Le débat sur le port du voile à l'école sous-tend
une dérive nauséeuse : l'anti-communautarisme et les
libertés de la femme comme porte d'entrée à
une normalisation de tous au nom de l'unité républicaine
et à une traque de toutes les minorités (voire une
provocation de frictions entre elles pour mieux les effacer). Je
cauchemarde certainement. Clignez des paupières. Vendredi,
Frédéric Sicre et Christian R. s'accoudent
au comptoir du Ninkasi Kao. Sur scène, M83 "joue
du vieux Depeche Mode", selon Barbara en partage de champagne
avec Thierry Pilat. "Ils répètent dans leur
garage ?", demande Frédéric. Je suis plus
indulgent avec le duo antibois, en composition cinématographique
simili Boards Of Canada sur disque, mais qui, en live, frotte ses
morceaux tellement vite qu'aucune ambiance planante ne s'installe.
Clignez des paupières. Au premier rang, Z2 focalise sur les
cuisses épaisses de la choriste d'I Monster, groupe suivant
en prestation. La jeune femme suggère des chants typés
Portishead lorsqu'un musicien pense réinventer l'Happy Mondays'attitude.
Le public sourit et tapote du pied. Plaisant mais un peu dans le
formol d'un Madchester mal assumé. Clignez des paupières.
Au Motor Men Bar, Christophe Boum me prend par l'épaule
comme un frère. Z2 craint pour ses fesses et Super Pénélope
me textote : "Nous sommes à l'Ambassade".
En pleine pose "blonde avec les cheveux qui poussent à
l'intérieur du cerveau", ma complice partage avec
Marie-Stéphane Guy les fantasmes sexuels de jeunes
femmes en questionnements affectifs. De l'autre côté
du mur, au Medley, Mathieu lustre ses pupilles sur un pimpo
trop sophistiqué pour lui. Clignez des paupières.
Sous le moniteur vidéo qui trame un porno seventies en sépia
sale, deux hommes se déshabillent dans la cabine. Dans la
Jungle, ils se branlent, tentent d'évaluer celui qui sera
le dominant de l'instant. Ils se tordent puis éjaculent sans
conviction. Je mate ce one-shot faiblard et cligne des paupières.
Samedi, le vernissage de l'installation
d'une Autoreverse à la Galerie Néon, soit une vieille
voiture renversée contre un mur par Daniel Firman, n'a aucun
autre intérêt que de pouvoir boire des boissons peinturées
en bleu en compagnie de Carla, Anne, Laconque et Eric. Je
m'échappe du milieu "underground" pour l'expérience
réjouissante donnée aux Subsistances. Le chorégraphe
Boris Charmatz place ses "disciples" dans un Bocal dont
le verre est transparent et flexible. Si le discours des résidents
sur l'apprentissage alternatif et son opposition à une pédagogie
rigide et castratrice gonfle vite, l'expérimentation et la
sensibilité domine tous les espaces de ce chantier artistique.
Clignez des paupières. David est allongé au sol, un
ordinateur portable posé sur son entre-jambe écarté.
Y défile le film circulaire d'une pelleteuse qui nettoie
la route enneigée. La machine lui gratte le sexe puis tasse
la poudreuse ôtée avec la maladresse de ses crocs d'acier.
Dans une autre salle, je m'exerce à la compréhension
de mon corps sur un ring douillet. Nous rions et testons ce que
l'on méconnaît trop : notre peau, nos muscles et les
gravités terrestres. Clignez des paupières sur une
soirée dansante et hautement charnelle. Je m'étends
dans un bordel : un black longiligne déambule un diadème
sur la tête et une rose dans la poche. Je ne rêve pas
mais ferme les paupières ainsi.
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INSTINCT NOCTURNE
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Écrit
par Baptiste Jacquet |
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire
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