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INSTINCT NOCTURNE
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Écrit
par Baptiste Jacquet |
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire
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| MERCREDI 15 OCTOBRE
2003 _ #247 |
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L'instabilité
des amoureux
Je
suis mal dans mes os. Je n'aime pas ma gueule du moment. Mon corps
est lourd même s'il s'est allégé de quelques
kilos, pas superflus, pendant la canicule estivale. Mercredi,
la tentation d'un dérivé compulsif m'ordonne d'investir
dans le très en vogue Sérum contour des yeux de Clarins
et le testing de vieux parfums Guerlain. Guerlain, forcément.
Les artifices calment toujours, pour un suspens, les plaies. Clignez
des paupières. Super Pénélope et Frédéric
Sicre se moquent de mon kidnapping du numéro de téléphone
d'un Rémi attablé à jouer l'arty savant à
L'Escalier. Nous chassons un lieu pour souper dans cette
ville dite de gastronomes mais qui n'offrent plus que des sous-plats
après 22h. Le refuge se fera Chez Carlino puis nous rentrerons,
sans entrain. Super Pénélope sourira et lancera la
formule de la semaine : "Je riais tellement qu'elle
me suspectait d'avoir avalé un clown et que le nez rouge
avait du mal à passer". Clignez des paupières.
Jeudi, Roland des Enfants
Gâtés (place Sathonay) et Mathieu inaugurent la
salle hivernale du Buldo (face à l'île Barbe) lors
du vernissage de l'exposition de Thomas Canto. De grands formats
taggés en courbes crème, en cisailles post-Tchernobyl
et débordants sur les murs du restaurant sont matés
par une foule de borderliners et jeunes pentards. Mathieu monte
en admiration pour Christelle Kanardo Chambre tandis
que François Verdet charge le nouveau design de "Nuits
Mobiles" : "Ce détourage appliqué
de tes photos est pourri". Nous débattons sur le
graphisme actuel, basé sur des angles abrupts, des cassures
et des montages punky et crades. Je joue mon prétentieux
en vantant le recycling avant-gardiste de la mise en relief, de
la superposition soignée (voir l'affiche de la BAC par les
M&M), de l'effet rondouillet et détaché. "Tout
est recyclage", coupe Christelle. La french touch recyclait
la période disco qui faisait historiquement suite au mouvement
punk, revu et surligné par l'electroclash du moment. Et demain,
l'early et acid-house, l'épopée Madchester seront
remangées. Les héros musicaux de demain se dénommeront
certainement Armando, Primal Scream, Happy Mondays ou les dieux
malins et inoubliables de KLF. Comme si la vie et ses alentours
n'étaient qu'une boucle permanente sur le passé. Clignez
des paupières. En mets fait ce qu'il te plaît (rue
Chevreul) travaille sa future étoile Michelin et nous sert
du très bon pour trop cher. Les cartes bleues brûlantes,
nous voyons nuagueux à Tombé du Ciel, toujours
en attente de son renouvellement d'autorisation de fermeture à
3h auprès de la préfecture "avec la bénédiction
de la mairie centrale", complète justement un buveur
au comptoir. Le bar de la rue du Port-du-Temple ennuie par son manque
de sympathie et un service insupportable. "Il n'y a pas
beaucoup de monde car les patrons ne sont pas là",
se défile un jeune serveur impoli. "Je comprends pourquoi,
quand ce mec sert, il n'y a personne", claque Super P. en
fermeture. Clignez des paupières. À L'UC (United
Café), Aline brille, Christine du Kiki Kaïkaï
énerve son envie de sommeil et Patrick me surcharge. En plein
frais, cet amour invraisemblable me baise, au pied des marches de
l'Hôtel de Ville, de ses lèvres éthylisées
et savoureusement dangereuses. Mon cerveau se renverse. Besoin hypothétique
de vivre une histoire bâtarde, éloignée du ronflement
régulier. Nécessité de sentir l'instabilité
des amoureux, l'insécurité d'un vécu intensif.
Clignez des paupières. Les ombres des portes sur le lino
en pleine lune s'étirent ou se réduisent à
mesure que les couples s'enferment ou fouinent le sexe facile. Vendredi,
la Jungle devient sauvagerie à baises. Je ne trouve pas de
serial fucker à ma taille parce que le féroce m'a
quitté pour ce soir. Alors, mon regard marque les ombres
et les silhouettes énervées qui défilent. Clignez
des paupières. Samedi,
en dîner chez Valérie et Raphaël Ruffier, Laconque
étend ses bas résille sexy et roule des yeux pour
son Éric. Cruz Poutre couve le ventre --CENSURE-- de Mon
Épouse. Au poisson et épinards servis, nous soupoudrons
la douceur de l'ensemble par des discussions philosophiques sur
des sujets aussi forts que le pipi humain versus caca canin et révolution
technologique en lessive. Clignez des paupières. En cours
de nuit, un homme me tenaille avec force dans un clapier à
baise du Motor Men Bar. Ses bras sclérosés
autour de mon bassin me rendent tendre, affectueux et presque assexué.
J'embrasse son cou avec douceur avant de le déserrer sans
consommation bestiale. Fermez les paupières, un Marylin
Monroe gorgeous et en miel dans River of No Return :
"Sometimes is peaceful, sometimes is wild and free".
Court-lettrages.
100 000 pintades and more. Vendredi 17, le River Boat
(2, quai Augagneur) fête les 3 ans et 100 000 connections
de tapiole.com. Le site gay lyonnais de référence
amusera ses convives de cadeaux faramineux (des kits "capote
+ gel" ?) et d'une ambiance sonore par dj Mona Pink (cela
n'augure rien de révolutionnairement dansant). Plan vital
de la semaine. All my support to Ab & Fab.
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| MERCREDI 22 OCTOBRE
2003 _ #248 |
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Toucher
le pompon du moussaillon
"Au
fait, tu sais pourquoi sommes-nous invités ici ?"
interrogé-je Super Pénélope en terrasse
de La Chapelle. J'apprends que France 3 lance, mercredi,
son Sat 3 (bouquet satellite d'émissions régionales).
Enfin, c'est ce que j'ai cru comprendre mais l'événement
fut si peu communiqué in situ que j'en doute encore. Nous
switchons d'une Nathalie Cayuela, ultra-speedée en
tant que directrice du nouveau Francom.presse, à un Paul
Satis, tout relax et peu enclin à massacrer ses confrères
journalistes. J'essaie, en vain, de le vipérer sur Franck
'popu' Nicolas (le J.-P. Pernaud de TLM) ou un Babyliss d'Or
de Lyon Figaro. Rien n'y fait. Polo ne dit pas de mal, "mais ?
Il a piqué le pull de Gilles Buna !", se fera-t-il
costumer par une invitée. Caroline Alt m'embrasse
les yeux. Marie Rigaud pousse l'excès contradictoire
du porté d'escarpins roses logotés "Love Me"
et du sac collecteur de pimpos en relief. Super Pénélope
fait ses retrouvailles avec Victor Bosch avant de rejoindre deux
marins, sauvagement dragués par Michel Chomarat. "Vous
avez touché le pompon du moussaillon ?" s'enquièrent-ils
en nouveaux communicants de la Marine Nationale. "Nous avons
vu qu'il avait un certain succès auprès de la gent
féminine, mais ce n'est pas notre type", dévoré-je
l'uniforme de Claude. Le bleu nous apprend que la Marine recrute
via les soirées mondaines et ce petit truc du pompon à
tâter. Je clique le numéro de portable du gradé
avant de cligner des paupières sur une soirée presque
chic. Constater que la Culture se vante et se consomme telle une
lessiveuse tambourinante pour pigeons savants (ses spectacles miracles,
ses expositions détartrantes, ses disques anti-variétoches,
ses films en teintes multiples et autres poudres avariées
et sniffées sur dossiers de presse par des journaleux-contents-d'eux)
n'empêche pas quelques rares moments où l'on sent que
l'uvre reçue est en train de nous secouer le cerveau à
sec. Combien de nourritures dites culturelles nous ont-elles réellement
dérangés ? Quelles sont celles qui deviennent
références, par des détails gardés intacts,
plusieurs années après les avoir vues, lues, entendues
et éprouvées ? Au Tobbogan, jeudi,
Foi de Sidi Larbi Cherkaoui raye l'os crânien
et s'inscrit dans le Mémorable. Pour des corps à danser,
deux pans de murs "gris carcéral" gigantisent une
équerre, ouverte sur une brèche en lumière
céleste. Des morts allongés reprennent vie, soutenus
par des anges cabotins et déplumés. Les ressuscité(e)s
envient, se bousculent, se baisent, se désolent. Un travelo
black accouche d'un hétéro blanc, nu et talqué.
Un mamma italienne pleure son fils. Un ange se ramasse dans une
flaque de pétrole telle une mouette idiote. Une jeune femme
devient ange par initiation violente. Une animatrice présente
une météo risible. Une femme diabolique et constipée
ne vit que par bruits et fureurs. Les Ballets C. de la B. dansent
cassés, hilares, en chansons, osent le dépoilé
utile, les posings délicats puis inquiétants, ou se
mutilent en douleur. Hourdé de musiques médiévales,
le spectateur devient un boulimique de sens et d'émotions.
En suite, les pores de sa peau se dilatent à lui donner des
frissons inqualifiables. Comme si son intérieur était
devenu trop gourmand, trop dense après cette pièce
montée dans l'infini du grand art. Clignez des paupières.
Vendredi excite Christophe Boum et Primabella au River
Boat, en fête orchestrée par tapiole.com pour le
troisième anniversaire du site gay. Mathieu est transparent
alors que Christophe se frotte à un travelo hystérique,
présumé persécuté par son escort boy :
"Il me doigte le cul et me touche le machin. Tu peux le
frapper s'il te plaît ?" Bernard vante sa boutique
de sous-vêtements, VIP Man : "Non, je ne distribue
pas Perry Ellis, mais des marques plus branchées".
Je fiérace, sans convaincre, que l'ancienne maison de Tom
Ford est mon fournisseur unique de culottes. Clignez des paupières.
Nous lattons un représentant de La Chapelle ("votre
club de vendeuses et musiques à poufiasses") tout en
faisant des sourires à Bob, maître du lieu en phase
drunkizante. Dan, jeune Barcelonais expatrié, prétend :
"Je mate les mecs et rentre me branler, seul, chez moi".
Michael, Anglais vavavoum, nous fera cligner des paupières.
"Je monte chercher mon mec et tu le sauteras avec ta",
s'interrompt un serial fucker dans un recoin du Motor Men Bar.
Pas le temps d'attendre lorsqu'un géant sexy me happe l'entrejambe
devant un parterre de mecs en branle. C'est toujours gênant
de se sentir observé à baiser par des regards frustrés.
À L'Ambassade, Marie et David Cantéra
clignent des paupières fatiguées mais souriantes,
avant de fricoter à La Jungle où Patrick joue
de nouveau à "Je t'aime, moi un autre" et m'agrippe
le bras : "Je savais que je te trouverai là.
Tu comptes beaucoup pour moi. Je souffre d'amour pour un autre".
Maladresse (ou perversion ?) du bel amour qui me ferme les
paupières en routine du Love Bizarre par Sheila E.
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| MERCREDI 29 OCTOBRE
2003 _ #249 |
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Jusqu'à
ce que je veuille revivre seul à nouveau
La
gorge gratte. Ma salive blanchit. La subculture lyonnaise fait table
ronde, mercredi, autour du sujet,
pas si vaste, de la vivacité de l'underground local. Je racle
mon palais et écoute les doléances des uns et des
autres, qui m'ennuient vite et m'éjectent dans d'autres pensées.
Cette belle grosse ville de conservateurs commerçants m'amuse
souvent et me désespère aussi souvent. À écouter
ses artistes "émergeants", "elle
n'a pas la reconnaissance qu'elle mérite" ou "les
pouvoirs publics n'aident pas les petites structures",
voire "nous ne sommes pas au niveau parce que nous sommes
recroquevillés sur nous-mêmes". Sic. J'ai
toujours eu l'image de Lyon comme un gros Rubik's Cube avec
des couleurs qui refusaient de se mélanger. Comme si son
mécanisme était rouillé. Un bon volume avec
des cases qui gonflent mais restent totalement figées. Le
petit galeriste invite ses potes médiocres à exposer.
Le théâtreux s'oppose aux grosses institutions. Les
musiciens se cloîtrent dans leur petite entreprise végétative.
Tout, ici, n'est que réseaux hermétiques qui ignorent
ses voisins lorsqu'ils ne se font pas des croche-pattes. L'underground
local est plus gamin gâté que malin. Plus encore, on
peut se demander si une ville de "pognon" comme Lyon est
capable de déjanter, perdre le repère bourgeois dominant
pour créer de l'original. "Regarde. Pourquoi Grenoble
a-t-elle sorti tant de deejays et productions electro ? Pourquoi
y a-t-il eu beaucoup de raves là-bas ? Parce que Grenoble
est une ville de prolos qui, le week-end arrivé, pensent
uniquement à se mettre la tête à l'envers sur
les dancefloors. Pas à Lyon", cernait, une nuit, Cyril
de Kubik Distribution. Dès lors, en nos murs, on crâne
d'avoir une scène électro d'envergure nationale mais
celle-ci n'est qu'intellectuelle et ancrée dans une culture
du passé : le dub et le ragga sont remis au goût
du jour pour que de jeunes blancs puissent refaire le monde ou se
rebeller avec un joint au bec. Rien à voir avec la musique
électronique de dancefloor où l'on tord ses tripes
par la défonce et les cachetons, où l'on ne pense
plus. "Barcelone crée parce qu'il y a une certaine précarité
économique au niveau national qui génère de
la pauvreté mais aussi de la débrouille dans cette
ville. Il y a de l'entraide, une envie de s'en sortir, de se démarquer",
analysait un Français habitant la capitale catalane. Faut-il
être pauvre pour inventer ? Verrais-je cette ville, un
jour, tourner dans tous ses sens ? Clignez des paupières.
À L'Embarcadère, le Soup Mix de Concept Food vaporise
ses odeurs de légumes bouillonnants et nous aligne en rang
d'oignons pour nous faire servir un doux breuvage automnal. "On
fait la queue comme pour une soupe populaire", s'amusent Laconque
et Eric. Un orchestre de bal musette joue au ping-pong avec une
deep house aérienne malaxée par Dj Love. Des couples
dansent une valse en accordéon. Helena et Gregoire Roche se babinent de potages et sourires verts. Je chasse
un certain Frédéric qui "pas de chance, est bien
hétéro et architecte des Ninkasi cafés. Il
ne te reste plus qu'à récupérer son numéro
de téléphone", me joue Anne à l'oreille.
Jean-Paul Brunet ne quitte plus son amour alors que Pierre
Budimir s'échappe de la salle enfumée. Je me sens
ralenti par une méchante angine et cligne des paupières.
Jeudi, le Café In (rue
de Cuire) souffle sa première bougie d'anniversaire de bar
hétéro-friendly. Des groupes pop-rock se succèdent
à mesure que les patrons, Sam et Gilles, offrent embrassades
et verres à trinquer. Mathieu chronomètre l'apéritif
en vue de notre ponctualité pour le dîner donné
chez Super Pénélope. Clignez des paupières.
En bref passage dans un supermarché, le mathématicien
désarme une caissière : "Ce tapis roulant,
vous ne trouvez pas que c'est une métaphore du temps qui
passe. Il avance, il avance et ne recule jamais". La jeune
fille sourit. Clignez des paupières. En grignotage de petits
cubes de Beaufort, Marie-Stéphane Guy partage ses
passions alpines et la géographie des stations de ski avec
un Mathieu émerveillé et connaisseur. Quelques digestifs
engoulottés, Super Pénélope tentera de faire
comprendre au jeune homme, indécis permanent, que l'amour
n'est pas forcément un partage de valeurs ou passions identiques.
Le dicton "qui se ressemble, s'assemble" me parait casse-cur
et ennuyeux. Clignez des paupières. On monte rarement amoureux
de la personne que l'on cherche. Des quatre amours vécus,
je n'en n'ai imaginé aucun de pareil. Je me suis toujours
retrouvé dans une histoire que je ne maîtrisais pas
avec des amants imprévisibles ou trop prévisibles.
C'est ce qui me donne envie. Me sentir déstabilisé,
plus totalement maître de ma vie dans une aventure très
classique ou insensée. Me sentir accro à quelqu'un
jusqu'à ce que je veuille revivre seul à nouveau.
Clignez des paupières. Samedi,
le temps s'allonge et je rejoins Dj Arnie et Christian à
La Jungle. Je suis hors d'état de baiser sauvage.
Un pimpo slalome dans le bar en slip. Il a chaud. J'ai froid. Je
ferme les paupières en fièvre sous une couette rugueuse.
Mauvais rhume.
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| MERCREDI 12 NOVEMBRE
2003 _ #251 |
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Les
façadings
Faiblesse.
Maladresse. Tendresse. Détresse. Paresse. Délicatesse.
Prouesse. Je cherche ces "esse" pluriels qui m'oppressent
et les enceintes de l'i-mac distordent le For My People de
Missy Elliot, remix facilité par Basement Jaxx.
À quoi sers-je ? Pourquoi aime-je cette vie sans sens
unique et droit ? Suis-je un faible fort, un sans effort, un
petit écriveur peu ambitieux et en doute permanent ?
Ô lecteurs dont je me fiche textuellement, vous en dites quoi
de ce que vous lisez là ? Clignez des paupières.
Olivier Chamarande est passé du luxe de Cote Magazine à
l'action altermondialiste au sein d'Attac. Mardi,
à l'anniversaire de la Maison Borie, Super Pénélope
me présente ce jeune-vieux qui le restera, jusqu'à
son éternelle limite, de part son regard figé dans
l'adolescence et une peau trop rose pour se rider salement. Le nouveau
"révolutionnaire" affirme que "la vie culturelle,
les avantages offerts par le métier de journaliste, les cocktails
ne (lui) manquent pas : Je suis passé à
autre chose". À chaque sortie de bouchées
"haute cuisine" sur plateau, une file d'affamés
trace les serveurs pour tout liquider en moins de cinq minutes.
Caroline Briel photographie les invité (e) s au Polaroïd
avant de projeter l'ensemble de son travail en diaporama sur un
mur du restaurant. La jolie rousse charge le travail de quelques-uns
de ses camarades "arty" et nous plaît ainsi. Super
Pénélope note le caractère misogyne des
dédicaces bordant les clichés : "Les
mecs posent avec leur femme ou maîtresse mais ne signent que
de leurs seuls noms Pour griffer ainsi une photo, il faut vraiment
avoir un ego surdimensionné et prendre sa compagne pour une
potiche." Clignez des paupières. En transit vers
des vins joufflus, nous saluons Jean-Pierre Vacher en post-trauma
après le crash d'un Boeing 747 sur ses mocassins. "Plus
sérieusement, il a l'air toujours si triste", se
lamente un invité. Nous clignons des paupières autour
d'un îlot en bouteilles de Pouilly en compagnie de Caroline
Alt et Hubert-Julien Laferrière. Le nouveau maire
du neuvième insiste : "Je t'assure que chaque
fois qu'une caméra de (Lyonclubbimbos) tente de me filmer
dans une soirée, je refuse ou me cache sous ma veste".
Jeudi, Hugs & Kiss, d'Emmanuelle
Villard, se vernit à la galerie Olivier Houg dans
un labyrinthe de plaques blanches qui nous acculent devant de petits
tableaux en reliefs, bombages de coquillages colorés et sertis
dans de la gélatine pailletée. Insensible aux exposés,
je monte de plaisir à la rencontre de Perrine Lacroix,
vêtue d'un ciré noir, véritable must dress de
la fashionista actuelle. Je questionne celle que je pourrais demander
en mariage (si je n'étais pas pédé) sur la
provenance de son coupe-vent. "Zara. Et il existe en rouge",
m'encourage Perrine. Z2 et Anne recrutent auprès d'Isabelle
Laurent pour l'organisation prochaine d'un projet poétique
(http://beadoa.free.fr) qui emballe tout le monde. Clignez des paupières.
Au Buldo, l'équipe de Trublyon attire l'underground lyonnais
et autres activistes pluridisciplinaires. Peggy-Laure Allard
croise son jupon écossais sur tabouret haut. L'architecte,
coiffée d'un chapeau obscur, sirote en sourire. François
Verdet et Christel Chambre conviennent d'un travail en commun sur
la base de notre collaboration sur le Trublyon sorti. Clignez des
paupières. Je disserte avec Vincent Carry sur les
Nuits sonores qui me semblent comparables aux Nuits de Fourvière,
soit un projet politique sans ancrage dans notre quotidien local.
Le boss du festival réfute. Il a certainement raison. L'événementiel
(Guinguettes du Rhône, Paris-Plage, Nuits sonores, Nuit blanche,
etc.) est le nouvel eldorado électoraliste des grands maires.
On ne demande pas à ce qu'il y ait du sens ou de l'âme
mais de la visibilité et de la médiatisation. On ne
montre plus du concret en béton pour tenter de se faire élire
mais de l'abstrait léger et populaire. Clignez des paupières.
Marie et David Cantéra, couple le plus sexy de la
ville, s'enivrent lorsque Z2 embarque Hubert J.-Laferrière
pour un retour downtown et me flashgorder à la Jungle. Guillaume T,
drunky léger, fouille les cabines, me traite de "macho.
C'est quand que tu te fais enculer ?" entre deux serial
fuckers peu farouches. Clignez des paupières. Marie-Charlotte,
assise sur le bar, supervise son Philippe Moncorgé,
en philosophie avec Mathieu, et Julien-Justin en yeux roulés
pour son "canard". Vendredi,
Le 10 se transforme en after de la Carte blanche donnée par
l'Opéra à Philippe Chavent. Audrey Vega et Florent
se prélassent sur un canapé avec le chanteur Kent.
Claire Carthonnet et Jacques Haffner raillent ma pauvreté :
"Alors ? Le demi est trop cher ici ?" Oui, car
je suis un flambeur fauché et évite de me faire rincer
afin de ménager ma liberté de chroniqueur alcoolique.
Catherine A. sort ses Craven A emballées
dans un étui Vuitton à faire rire la tablée
et fermer les paupières.
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| MERCREDI 19 NOVEMBRE
2003 _ #252 |
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Endormi
devant Frédéric Michalak
Nous
n'attendrons pas le beaujolais prochain pour goûter, jeudi,
quelques bons vins chez Frédéric Sicre et Christian
R. Autour d'un poulet chaud aux marrons, nous aspirons l'alcool
noir et réveillons nos souvenirs d'arpenteurs de caves fameuses.
Super Pénélope rage devant le calendrier 2004
des sapeurs-pompiers : "Il n'y en a pas un de beau ou
que l'on voie de face. C'est minable. Ils devraient poser nus comme
les rugbymen". Le début du week-end rougit la langue
et m'ouvre une première soirée de bien-être.
Mes amis me sont chers. Je suis fier d'eux, conforté dans
ma route par des personnes valeureuses. Clignez des paupières.
Dj Arnie débranche ses connexions sur son net domestique
pour nous rejoindre, vendredi,
au River Boat. Il annonce à Robert V. la sortie
prochaine de son premier maxi sur le label Brique Rouge. Sous le
pseudonyme "A jackin'Phreak. Ce seront évidemment des
titres d'acid house", cabre le bel homme. Robert mate Bob,
patron vavavoum du très agréable disco-bar flottant,
avant de nous suivre dans le tunnel feutré de L'Ambassade.
"Je me demande si on ne m'aurait pas mis un truc dans mon verre.
Je trouve tout le monde sexy dans cette boîte", se trouble
notre accompagnateur. Dj Deep s'entoure du beautiful people
définitif de la ville. Des sourires à manger. Des
corps à transpirer. Des attitudes à mimer. Des gueules
à violer. Des singuliers au pluriel. Le nightclub fête
son troisième anniversaire dans un luxe inégalable.
Le deejay, house purist, enrôle ce monde idéal dans
des bizarreries crados et déstructurées lorsqu'il
rechute parfois dans la morosité de ses références
latino house, typées Joe Claussel et Kerri Chandler. De l'autre
côté des enceintes, sur la rue parallèle, Le
Medley ferme sa nuit sur de longs passages à vide
musicaux. Colette me trouve toujours aussi impoli pour me présenter
à son vestiaire dans un état trop souvent drunky et
survolté. Clignez des paupières. Samedi,
lorsque les bus travelottés de l'Art sur la Place stationnent
rue de la République, les arty underground invitent à
un vagabondage en appartements sur les Pentes de la Croix-Rousse :
Rue Terraille, Kelly Star se poste devant une porte de chiottes,
limée par un rideau monté en fines chaînettes
SM. "Tu trouves ça comment ?", me questionne
l'artiste épris de sexualités poussées. Clignez
des paupières. Chez Damien Béguet, on s'attendrit
devant un lanceur de missiles en taille réel, peint d'un
vert kaki trop satiné pour ne pas se poser la question :
la guerre est-elle vendue tel un jeu pour enfant ? Dans l'atelier
de Pascal Poulain, Z2 picole et suit le diaporama pailleté
de Nicolas Delprat. Riviera mélange les clichés de
la nightlife en bord de mer : fric sur sable fin, enseignes
de disco scintillantes, robes de soie sur un soi ensoleillé
et grosses berlines en gonflettes bousculent le visiteur dans une
société de surfaces et au verni flashy. Clignez des
paupières. "Écoutes. Ce ne serait pas un Joy
Division ?", se baisse Z2 dans les escaliers en reflux
d'un dancefloor "eighties" au sous-sol. En after des expositions,
une surprise party de "bel-ardeux" nous menotte à
des gobelets en plastiques vinassés et de petites dragues
sans suite. Laconque s'enroule autour de la taille d'Eric
avant "de rentrer pour faire l'amour. J'ai un homme, moi".
Clignez des paupières. Place Tolozan, le tapiole.com crew
s'encaisse dans une trois portes et file le long du Rhône
vers la soirée Clash au Transbordeur. La nouvelle
production d'Enjoy ouvre une nuit entre punky-kids, cloutés,
gominés et en extase sur les bleeps régressifs de
Tasty Tim. "Il ne pourrait pas faire plus rock, le Boy George
des platines", soupire un danseur en direction du deejay overmaquillé.
Je sors du carré VIP et m'installe dans le froid d'une Austin
Mini. Je demande à la conductrice de monter le son. "J'ai
un mini son dans une mini voiture", actionne-t-elle les touches
de l'autoradio. "Non, Closer Music, c'est le spleen
garanti. Mets-nous le Poney E.P de Vitalic",
reprend forme ma voisine à l'écoute des extraits musicaux
débobinés. Nous nous contorsionnons de plaisir sur
ce Poney, méchante machine à danser de l'année.
Clignez des paupières en fredonnant Me & Madonna de Blackstrobe.
La même chanson, tue-tête, repart de la bouche du patron
du Rouge Rouge en posing péteux à L'Ambassade.
Cet habitué des coups marketing "branchouille"
souhaite offrir en pâture Arnaud Rebotini et Ivan Smagghe
aux beaufs-bourgeois lors d'une prochaine E.D.F. à Akgb.
Je le charge : "Votre truc est de faire parler de vous
en bookant de bons deejays dans des lieux où la clientèle
se fout complètement de la musique. Vous êtes un as
de la promo sans âme". Clignez des paupières
en corps à corps avec Julie et Jean-Albert sur un
mix proto-house de Jérome Sydenham. "Tu es navrant",
se planque Mickael à la Jungle après mon arrivée
en "Je cherche un bon suceur. Je lui laisse trois minutes pour
venir dans la cabine". Fermez les paupières sur un matin
gris, la télévision en pelouse verte et Frédéric
Michalak sur la rétine.
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| MERCREDI 26 NOVEMBRE
2003 _ #253 |
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Petit
vin pour os dur
Fermés
dans un bocal sous-marin et en plein dans un ondulant aquatique
lumineux, nous assistons, mardi,
à l'avant-première de Nemo dans une salle du Ciné
Cité. La nouvelle production des studios Pixar et Disney
se fait lancer en grand bleu par l'équipe de Prisme International
Europe, entreprise communicante qui nous habitue à des soirées
"pipoulisantes" de bonne tenue. Dès lors, nous
nous imaginions s'essuyer les pieds sur un tapis rouge épais
avec des photographes de partout, des robes de princesse "vavavoum"
ligotées à des pingouins lustrés. C'était
juste un rêve car j'oubliais que Lyon est loin d'ajouter son
nom au trio starificateur Paris-Londres-New-York. Dommage car j'aurais
bien renversé Chloé Sevigny ou Ruppert Evrett dans
une salle obscure. Après projection, j'escorte Super Pénélope
au Fish pour un cocktail où chacun donne sa critique du dessin
animé et mets de l'alcool dans cet univers d'eau pur. Véronique
et Jean-Paul forever young Brunet en nagent pour la petite Dory,
héroïne amnésique en 3D, avant de nous accompagner
à dépouiller la décoration du lieu et s'arracher
les films transparents à l'effigie des poiscailles. Cricri
refait surface : "Je ne bouge presque plus de chez
moi. Tout va bien J'ai un chat", assomme-t-il. Nous saluons
Jacques Marcout, grand ordonnateur de la mise en flotte de cette
nuit et clignons des paupières. C'est un grand classique
que de boire le Beaujolais nouveau au Sofitel, mercredi.
Évidemment, une invitée charge d'entrée, vin
en bouche : "Vous pouvez constater que tous les vieux
ne sont pas morts avec la canicule. Certaine qu'ils ont des actions
chez le climatiseur Carrier pour être encore debout ce soir".
Nadine Fageol et Marie-Charlotte concentrent autour de leurs ballons
de rouge tous les beaujoleurs proches du borderline et dépoussièrent
quelques quinquas de sourires moqueurs. Elles chargent Vincent,
escort boy oversexy d'Isabelle Dejeux, "chercheur en os dur".
"En os dur ! ? De la recherche fondamentale ?",
s'amusent-elle. Ours Fort sarkotique le sérieux du
Petit Nicolas afin d'expertiser à Patrice Béghain
le détail des manuvres policières lors de l'alerte
à la bombe, la veille, en gare de La Part-Dieu. "C'est
encore vous qui avez laissé votre valise avec un sèche-cheveux
et des cosmétiques ?", me pique l'adjoint. Serge
Dorny nous narre son périple stéphanois :
"J'ai assisté à la première de La Gonfle,
une pièce dans une langue inconnue, un mélange de
plusieurs patois, presque incompréhensible. C'est l'adaptation
d'un Martin, un prix Nobel de littérature Vous voyez qui ?"
Patrice scanne sa culture académique sans succès.
Clignez des paupières sur Grégory, le plus beau serveur
de la dégustation (photo). Un journaliste me tend sa carte
de visite. Il a l'air gentil mais c'est tellement vulgaire, le lâcher
de carte de visite. Je m'essaie au baiser de main avec Marie-Chantal
Desbazeille, seule femme politique lyonnaise couillue et avec
laquelle on aimerait passer un week-end de nightlife. En chemin
pour Le 10, Patrice devra supporter mes errements de grand buveur :
"Cette municipalité a aucune imagination, n'est pas
magnine dans sa communication, ne sait pas faire des "coups"
qui ne demanderait pas énormément d'argent".
Clignez des paupières. Jeudi,
après un coup de flash par Laurent Cerino sur la passerelle
du Hilton, je retrouve Super P. et Jean-Paul dans le grand
salon de l'hôtel pour une nouvelle présentation du
petit vin. Quelques jours avant cet instant, un débat, hautement
spiritueux et dense, agitait les poignets des cocktaillers :
"beaujolais nouveau" au Sofitel ou au Hilton ? Je
défendais le premier comme étant le plus protocolaire
d'où sujet idéal à la sortie de route. D'autres
prétendaient que le second affiche une moyenne d'âge
plus jeune et des convives plus "branchés". Au
final, la moquette au sol du Hilton abîme les yeux et la fumée
graillonneuse s'incruste dans nos vestes. Je boulette avec Marie-Chantal
D. d'un "Vous portez la même chemise qu'hier soir".
"Je n'aime pas les hommes poilus. Je ne vous embrasserais jamais",
se défends l'adjointe. Ses beaujoleurs sont ennuyeux à
fuir dans le hall du rez-de-chaussée. Là, Jean-Luc
Very s'attire une foule d'amuseurs et se vante : "On
a sorti une patte de dinosaure, vieille de 40 000 ans. Avant
de l'exposer au musée, j'ai posé ma main dessus. Vous
me croirez ou pas mais cela fait réfléchir".
Clignez des paupières sur cette grande confession. "Ils
ont oublié la balance. Je suis sauvé", souffle
Jacques Haffner lors de la soirée officielle du lancement
de son régime. A ce lestage-majesté, Le 10 voit défiler
toute la ville pour une fête étourdissante : Paul
Satis dansera. Claire Carthonnet et Françoise
Rey aligneront les multi-trinques. Emmanuel Hamelin deviendrait
presque de gauche libertaire. Les M & Ms s'enivreront. Joël
B. apparaîtra métamorphosé par l'Amour.
Super P. dansera très collé avec un Arnaud, avéré
gay. Gilles Pastor avouera son penchant pour l'homme poilu.
Je chuterai et fermerai les paupières, le brillant trop fort
dans les yeux.
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| MERCREDI 03 DECEMBRE
2003 _ #254 |
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Ruptures
humides
"Il
m'a annoncé avoir baisé une heure avec un inconnu.
J'ai immédiatement rompu alors que nous nous aimions encore.
Tout cela parce que, à l'époque, ma vision de la fidélité
se confondait certainement avec ma volonté de posséder
physiquement l'être aimé. C'est plus vieux que je comprendrais
que l'infidélité des sentiments peut être bien
plus douloureuse",
confie-je à Monsieur Chocolate, en rendez-vous nocturne avec
Super Pénélope chez Falafel (rue Terme, quartier
Terreaux). Mercredi, nous triturons
espérances et doléances amoureuses de chacun par vinassage
de nos joues. Monsieur C. prétend bien être ouvert
à toute histoire en "bihomme" mais je pressens
qu'il formate, avec précision, celui qui est supposé
le sauver, lui apporter son soulagement affectif d'égoïste.
Entre deux voiles turquoises roulés par une danseuse orientale,
Super P. assure "que le milieu culturel est rempli
de gens cyniques qui cultivent une personnalité décalée,
des codes, et regardent les personnes peu extraverties, non-initiées
à leur jeu, comme des merdes. Tu ne t'en rends pas compte
mais tu agis, toi aussi, comme ça", me reproche-t-elle.
Clignez des paupières. Je n'ai jamais cru que l'amitié
était plus forte ou durable que l'amour. La même chose
sans le toucher-coucher. Les habitudes, infidélités
et ennuis ne se sont pas interdits d'entrée dans les relations
amicales. Ils s'incrustent de façon plus narquoise que dans
un couple et créent moins de dégâts. Même
si on se sent trahi par un(e) ami(e), on lui pardonnera, au nom
de l'Amitié, ce lien rassurant et simple à lacer.
Clignez des paupières. Jeudi,
après le "pot de départ" d'un confrère
à l'Ovale 203 où Manu Cédat précipitera
la groseille dans le blanc d'un kir, je circule dans le bordel de
La Jungle. Un ex-tout (amant puis ami), CRS gentil et un
air d'adolescent maltraité, survole une année de sa
vie, qu'il croit nouvelle, puis s'enferme dans un box à queues.
Un serial fucker glisse le dos de sa main sur ma joue avant de caler
genoux à terre. L'écran vidéo se brouille et
balance une ombre affolée dans le couloir. Clignez des paupières.
Vendredi, Bob et Denys montent
au pont du River Boat, en jolis capitaines déguisés.
La péniche en Rive Gauche (2, quai Augagneur) fête,
une deuxième fois, son ouverture au cas où nous n'aurions
pas compris que le lieu s'amarre comme le plus agréable de
l'automne. Christophe Boum liquide un stock important de
champagne tout en draguant Patrick, de tapiole.com. Un pimpo au
carré gonfle un t-shirt "Dieux du Stade" avant
de soutenir : "Non, il n'existe pas de version avec
une photo imprimée de Frédéric Michalak".
Nous photocliquons le doux Ludovic en service de Cordon Rouge et
clignons des paupières. Super Pénélope,
Fredéric Sicre et Christian R. flasgordent à
L'Ambassade et s'étourdissent des vibes soulful de
Manoo. Étendu sur le velours cardinal d'un canapé,
Gaetan s'endort en sueur. Je lui relève une paupière.
Le bordeliner laisse tomber une pupille endormie sans plisser sourcil.
"Bon, on ne va pas passer la nuit à faire les fonds
de dancefloors", rigole Super P. Clignez des paupières.
Je viens de rompre avec des proches qui me sont cher(e)s. J'ignore
si j'en souffrirai. Pour une d'entre elles, assurément. Ses
ruptures humides finalisent les profondes divergences atteintes
entre nous. Pour plus de lisibilité, je déteste prendre
partie dans un conflit qui oppose deux personnes que j'aime. Chaque
fois qu'un couple d'amis a splitté, j'ai toujours envoyé
balader l'un des deux malheureux qui souhaitait m'extorquer un avis
ou un jugement en sa faveur. Pas eux. Clignez des paupières.
Dimanche, Christophe Boum
et Primabella servent un déjeuner gargantuesque à
Mireille. La forte tête de feu et regretté VertuBleu
se délecte d'huîtres, d'un canard rôti, jusqu'à
nous couver sous un après-midi de douceur. En légère
drunkitude, nous traversons le pont Wilson. "Regarde !
Mais regarde ! Regarde comme le fleuve est grand. Regarde comme
l'eau est faussement tranquille", m'empoigne Mireille.
Clignez des paupières. Comme chaque 1er décembre,
lundi, une cinquantaine de participants
pataugent dans les flaques pour continuer la lutte contre la bête
qui n'intéresse presque plus personne. Le sida nous frôle
tous. Le virus s'injecte toujours dans les chairs. Mais pouvoirs
publics, locaux et bien nantis ont autre sujet plus important à
aborder. "Niquer sans capote tue" n'est pas encore une
directive européenne à placarder sur les packagings
et publicités en sous-vêtements. Place Antonin-Poncet,
Michel Chomarat représente la Mairie centrale. Service minimum.
Les organisateurs annulent la marche, puis, Act Up la relance. L'eau
s'incruste dans nos tissus. Les bus nous klaxonnent. Nos yeux sont
mouillés. On se compte. Les parapluies donnent du volume.
Les médias sont rentrés au chaud. Les limonadiers
d'établissements gays et du sexe facile doivent servir l'apéritif
et repasser leurs petits billets étoilés. Pas le temps.
Le sida, ce n'est pas grave. On en survit. Fermez les paupières.
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| MERCREDI 17 DECEMBRE
2003 _ #256 |
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Please, end off zeez good year
Je cherche ce souvenir marqueur, un de ceux
où une exposition d'art me toucha tant. Peut-être David
Mach et ses journaux en vomi hors d'une voiture à l'IUFM.
Peut-être l'accrochage magnifique de la rétrospective
consacrée à Adrian Piper dans un IAC malin.
Certainement plusieurs installations de La Beauté 2000 en
Avignon (dont la vénérable animalerie "postiche"
d'Annette Messager au cur du Palais des Papes). Disons que l'on
voit tellement de niaiseries inabouties et d'objets, qualifiés
"uvres" et présumés conceptuels, dans les
galeries locales qu'il n'est pas trop difficile de puiser dans sa
mémoire pour en sortir de grands instants de contemplations
ou de troubles déstabilisants. Mercredi,
à la première d'Happy Hours, les visiteurs descendent
dans les vestiaires de la Piscine du Rhône pour un voyage
étrange et à bourdonner de l'esprit. Christian Boltanski
installe un entonnoir de la vie tellement évident que l'on
se laisse enfermer dans un non-retour à la surface des bassins
d'eau. D'un vestiaire (femme de la natalité ?)
où des projecteurs éblouissants miroitent des coulées
d'eau dans les couloirs, se superposent des monologues bruyants
encaissés dans des casiers métalliques. Un goulot
supérieur tamise la lumière par des filaments jaunis
d'ampoules nues au plafond béton. Les gouttes d'eau, la vie,
s'éparsent et se tarissent. Là, des solistes isolés
dans des cabines se répondent en partition de violon, piano
ou hautbois. Nous croisons des bras. Notre curiosité s'aiguille
tout en se faisant discrète, gênée et respectueuse
comme si nous participions à une procession funèbre.
Jean-Jack Queyranne chuchote à l'oreille de Madame dans une
perpendiculaire à l'allée déambulatoire. L'étroitesse
supérieure nous cloître, au niveau du vestiaire "homme",
dans une fumée aveuglante et les casiers de baignade devenus
ombres squelettiques et frigorifiques. En cul de sac, un jeune homme
est assis. Il fume des cigarettes. Il lit. Il s'ennuie. Il joue
quelques riffs de guitare électrique puis replace sa longue
tignasse derrière ses cheveux. De ce voyage au bout de la
vie, Patrice Béghain me garantit : "Vous
devriez lire Virgile et Dante. Vous connaissez ?" Souvent,
l'adjoint me charge ainsi sur mon inculture. Cela m'agace. Il le
sait et s'en amuse. J'ai souvenir d'un dîner à Mon
Manège à Moi en compagnie de Patrice et Mathieu. Le
mathématicien défendait mon manque de culture académique :
"La culture fonctionne par îlots. Vos îlots
ne sont pas les mêmes que les miens, que ceux de votre voisin".
Clignez des paupières. Après un vin chaud sous les
soucoupes éclairantes de la piscine, Super Pénélope
gravit les marches du Palais Saint Pierre pour le cocktail donné
par JC Decaux dans le cadre de l'exposition dédiée
à Leonetto Capiello. Jean-Luc Very, que l'on consacrera
comme le mondain lyonnais le plus drôle de l'année
finissante, joue l'arbitre d'une scène surréaliste
et incorrecte. "Je prends celui au chocolat", griffe une
belle femme malgré mes fausses bonnes intentions pour sa
fine taille. "Je peux partir avec une panière de
petits pains ?", supplie une autre. En fin de représentation,
les "doggy-bags" s'arrachent entre convives pourtant habituées
à une certaine tenue et retenue. Nathalie Cayuella s'amuse
de la scène puis larmera plus loin : "Je me
fais vieille. J'ai mal au dos. Je ne suis pas belle". Que
de mensonges. Nous nous lamentons, avant fermeture du lieu, auprès
d'un imprimeur qui transpire ce "je-suis-un-gentil-mais-suis-obligé-de-faire-des-Public-Relations" :
"Non seulement nous sommes presque les derniers à
partir mais, en plus, nous embarquons les restes du cocktail".
Je rappelle, à notre converseur, les règles de bases
afin de ne pas passer pour un campagnard bouseux dans ce genre de
réception : Arriver forcément au minimum une
demi-heure en retard par rapport à l'heure inscrite sur le
carton d'invitation et surtout, surtout, toujours partir avant la
fin, celle où il ne reste plus que les organisateurs, serveurs
et pochetrons qui se dégonflent. Clignez des paupières.
Samedi, nous nous allongeons
Sur Mon Oreiller à l'occasion du vernissage de ma nouvelle
chambre, fraîchement repeinte. L'idée est idiote mais
peu importe. Marie et David Cantéra se glisse sous
une couette. Z2 jure qu'il a "fait la fête avec Vitalic
à Dijon". Valérie se vitre les yeux devant
son Raphaël Ruffier qui transforme un matelas en trampoline
pour athlète énervé. Super P. se fait
masser les pieds par Mister Chocolate alors que Laconque
et Eric s'enlacent sur un lit en fondant des chamallows chimiques.
Ab et Fab de tapiole.com poursuivent la note violente au DV1.
Drunky et claqué, je m'allonge à la Jungle et compare
les hommes pressés et petites fourmis agitées de la
queue à de petits êtres sans âmes, bêtes
à consommer et jeter. Je ferme les paupières et envoie
une forte pensée à Primabella et son Christophe
Boum.
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INSTINCT NOCTURNE
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Écrit
par Baptiste Jacquet |
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire
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