INSTINCT NOCTURNE

Écrit par Baptiste Jacquet
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire

 
MERCREDI 15 OCTOBRE 2003 _ #247
 

L'instabilité des amoureux

Je suis mal dans mes os. Je n'aime pas ma gueule du moment. Mon corps est lourd même s'il s'est allégé de quelques kilos, pas superflus, pendant la canicule estivale. Mercredi, la tentation d'un dérivé compulsif m'ordonne d'investir dans le très en vogue Sérum contour des yeux de Clarins et le testing de vieux parfums Guerlain. Guerlain, forcément. Les artifices calment toujours, pour un suspens, les plaies. Clignez des paupières. Super Pénélope et Frédéric Sicre se moquent de mon kidnapping du numéro de téléphone d'un Rémi attablé à jouer l'arty savant à L'Escalier. Nous chassons un lieu pour souper dans cette ville dite de gastronomes mais qui n'offrent plus que des sous-plats après 22h. Le refuge se fera Chez Carlino puis nous rentrerons, sans entrain. Super Pénélope sourira et lancera la formule de la semaine : "Je riais tellement qu'elle me suspectait d'avoir avalé un clown et que le nez rouge avait du mal à passer". Clignez des paupières. Jeudi, Roland des Enfants Gâtés (place Sathonay) et Mathieu inaugurent la salle hivernale du Buldo (face à l'île Barbe) lors du vernissage de l'exposition de Thomas Canto. De grands formats taggés en courbes crème, en cisailles post-Tchernobyl et débordants sur les murs du restaurant sont matés par une foule de borderliners et jeunes pentards. Mathieu monte en admiration pour Christelle Kanardo Chambre tandis que François Verdet charge le nouveau design de "Nuits Mobiles" : "Ce détourage appliqué de tes photos est pourri". Nous débattons sur le graphisme actuel, basé sur des angles abrupts, des cassures et des montages punky et crades. Je joue mon prétentieux en vantant le recycling avant-gardiste de la mise en relief, de la superposition soignée (voir l'affiche de la BAC par les M&M), de l'effet rondouillet et détaché. "Tout est recyclage", coupe Christelle. La french touch recyclait la période disco qui faisait historiquement suite au mouvement punk, revu et surligné par l'electroclash du moment. Et demain, l'early et acid-house, l'épopée Madchester seront remangées. Les héros musicaux de demain se dénommeront certainement Armando, Primal Scream, Happy Mondays ou les dieux malins et inoubliables de KLF. Comme si la vie et ses alentours n'étaient qu'une boucle permanente sur le passé. Clignez des paupières. En mets fait ce qu'il te plaît (rue Chevreul) travaille sa future étoile Michelin et nous sert du très bon pour trop cher. Les cartes bleues brûlantes, nous voyons nuagueux à Tombé du Ciel, toujours en attente de son renouvellement d'autorisation de fermeture à 3h auprès de la préfecture "avec la bénédiction de la mairie centrale", complète justement un buveur au comptoir. Le bar de la rue du Port-du-Temple ennuie par son manque de sympathie et un service insupportable. "Il n'y a pas beaucoup de monde car les patrons ne sont pas là", se défile un jeune serveur impoli. "Je comprends pourquoi, quand ce mec sert, il n'y a personne", claque Super P. en fermeture. Clignez des paupières. À L'UC (United Café), Aline brille, Christine du Kiki Kaïkaï énerve son envie de sommeil et Patrick me surcharge. En plein frais, cet amour invraisemblable me baise, au pied des marches de l'Hôtel de Ville, de ses lèvres éthylisées et savoureusement dangereuses. Mon cerveau se renverse. Besoin hypothétique de vivre une histoire bâtarde, éloignée du ronflement régulier. Nécessité de sentir l'instabilité des amoureux, l'insécurité d'un vécu intensif. Clignez des paupières. Les ombres des portes sur le lino en pleine lune s'étirent ou se réduisent à mesure que les couples s'enferment ou fouinent le sexe facile. Vendredi, la Jungle devient sauvagerie à baises. Je ne trouve pas de serial fucker à ma taille parce que le féroce m'a quitté pour ce soir. Alors, mon regard marque les ombres et les silhouettes énervées qui défilent. Clignez des paupières. Samedi, en dîner chez Valérie et Raphaël Ruffier, Laconque étend ses bas résille sexy et roule des yeux pour son Éric. Cruz Poutre couve le ventre --CENSURE-- de Mon Épouse. Au poisson et épinards servis, nous soupoudrons la douceur de l'ensemble par des discussions philosophiques sur des sujets aussi forts que le pipi humain versus caca canin et révolution technologique en lessive. Clignez des paupières. En cours de nuit, un homme me tenaille avec force dans un clapier à baise du Motor Men Bar. Ses bras sclérosés autour de mon bassin me rendent tendre, affectueux et presque assexué. J'embrasse son cou avec douceur avant de le déserrer sans consommation bestiale. Fermez les paupières, un Marylin Monroe gorgeous et en miel dans River of No Return : "Sometimes is peaceful, sometimes is wild and free".

Court-lettrages. 100 000 pintades and more. Vendredi 17, le River Boat (2, quai Augagneur) fête les 3 ans et 100 000 connections de tapiole.com. Le site gay lyonnais de référence amusera ses convives de cadeaux faramineux (des kits "capote + gel" ?) et d'une ambiance sonore par dj Mona Pink (cela n'augure rien de révolutionnairement dansant). Plan vital de la semaine. All my support to Ab & Fab.

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MERCREDI 22 OCTOBRE 2003 _ #248
 

Toucher le pompon du moussaillon

"Au fait, tu sais pourquoi sommes-nous invités ici ?" interrogé-je Super Pénélope en terrasse de La Chapelle. J'apprends que France 3 lance, mercredi, son Sat 3 (bouquet satellite d'émissions régionales). Enfin, c'est ce que j'ai cru comprendre mais l'événement fut si peu communiqué in situ que j'en doute encore. Nous switchons d'une Nathalie Cayuela, ultra-speedée en tant que directrice du nouveau Francom.presse, à un Paul Satis, tout relax et peu enclin à massacrer ses confrères journalistes. J'essaie, en vain, de le vipérer sur Franck 'popu' Nicolas (le J.-P. Pernaud de TLM) ou un Babyliss d'Or de Lyon Figaro. Rien n'y fait. Polo ne dit pas de mal, "mais ? Il a piqué le pull de Gilles Buna !", se fera-t-il costumer par une invitée. Caroline Alt m'embrasse les yeux. Marie Rigaud pousse l'excès contradictoire du porté d'escarpins roses logotés "Love Me" et du sac collecteur de pimpos en relief. Super Pénélope fait ses retrouvailles avec Victor Bosch avant de rejoindre deux marins, sauvagement dragués par Michel Chomarat. "Vous avez touché le pompon du moussaillon ?" s'enquièrent-ils en nouveaux communicants de la Marine Nationale. "Nous avons vu qu'il avait un certain succès auprès de la gent féminine, mais ce n'est pas notre type", dévoré-je l'uniforme de Claude. Le bleu nous apprend que la Marine recrute via les soirées mondaines et ce petit truc du pompon à tâter. Je clique le numéro de portable du gradé avant de cligner des paupières sur une soirée presque chic. Constater que la Culture se vante et se consomme telle une lessiveuse tambourinante pour pigeons savants (ses spectacles miracles, ses expositions détartrantes, ses disques anti-variétoches, ses films en teintes multiples et autres poudres avariées et sniffées sur dossiers de presse par des journaleux-contents-d'eux) n'empêche pas quelques rares moments où l'on sent que l'uvre reçue est en train de nous secouer le cerveau à sec. Combien de nourritures dites culturelles nous ont-elles réellement dérangés ? Quelles sont celles qui deviennent références, par des détails gardés intacts, plusieurs années après les avoir vues, lues, entendues et éprouvées ? Au Tobbogan, jeudi, Foi de Sidi Larbi Cherkaoui raye l'os crânien et s'inscrit dans le Mémorable. Pour des corps à danser, deux pans de murs "gris carcéral" gigantisent une équerre, ouverte sur une brèche en lumière céleste. Des morts allongés reprennent vie, soutenus par des anges cabotins et déplumés. Les ressuscité(e)s envient, se bousculent, se baisent, se désolent. Un travelo black accouche d'un hétéro blanc, nu et talqué. Un mamma italienne pleure son fils. Un ange se ramasse dans une flaque de pétrole telle une mouette idiote. Une jeune femme devient ange par initiation violente. Une animatrice présente une météo risible. Une femme diabolique et constipée ne vit que par bruits et fureurs. Les Ballets C. de la B. dansent cassés, hilares, en chansons, osent le dépoilé utile, les posings délicats puis inquiétants, ou se mutilent en douleur. Hourdé de musiques médiévales, le spectateur devient un boulimique de sens et d'émotions. En suite, les pores de sa peau se dilatent à lui donner des frissons inqualifiables. Comme si son intérieur était devenu trop gourmand, trop dense après cette pièce montée dans l'infini du grand art. Clignez des paupières. Vendredi excite Christophe Boum et Primabella au River Boat, en fête orchestrée par tapiole.com pour le troisième anniversaire du site gay. Mathieu est transparent alors que Christophe se frotte à un travelo hystérique, présumé persécuté par son escort boy : "Il me doigte le cul et me touche le machin. Tu peux le frapper s'il te plaît ?" Bernard vante sa boutique de sous-vêtements, VIP Man : "Non, je ne distribue pas Perry Ellis, mais des marques plus branchées". Je fiérace, sans convaincre, que l'ancienne maison de Tom Ford est mon fournisseur unique de culottes. Clignez des paupières. Nous lattons un représentant de La Chapelle ("votre club de vendeuses et musiques à poufiasses") tout en faisant des sourires à Bob, maître du lieu en phase drunkizante. Dan, jeune Barcelonais expatrié, prétend : "Je mate les mecs et rentre me branler, seul, chez moi". Michael, Anglais vavavoum, nous fera cligner des paupières. "Je monte chercher mon mec et tu le sauteras avec ta", s'interrompt un serial fucker dans un recoin du Motor Men Bar. Pas le temps d'attendre lorsqu'un géant sexy me happe l'entrejambe devant un parterre de mecs en branle. C'est toujours gênant de se sentir observé à baiser par des regards frustrés. À L'Ambassade, Marie et David Cantéra clignent des paupières fatiguées mais souriantes, avant de fricoter à La Jungle où Patrick joue de nouveau à "Je t'aime, moi un autre" et m'agrippe le bras : "Je savais que je te trouverai là. Tu comptes beaucoup pour moi. Je souffre d'amour pour un autre". Maladresse (ou perversion ?) du bel amour qui me ferme les paupières en routine du Love Bizarre par Sheila E.

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MERCREDI 29 OCTOBRE 2003 _ #249
 

Jusqu'à ce que je veuille revivre seul à nouveau

La gorge gratte. Ma salive blanchit. La subculture lyonnaise fait table ronde, mercredi, autour du sujet, pas si vaste, de la vivacité de l'underground local. Je racle mon palais et écoute les doléances des uns et des autres, qui m'ennuient vite et m'éjectent dans d'autres pensées. Cette belle grosse ville de conservateurs commerçants m'amuse souvent et me désespère aussi souvent. À écouter ses artistes "émergeants", "elle n'a pas la reconnaissance qu'elle mérite" ou "les pouvoirs publics n'aident pas les petites structures", voire "nous ne sommes pas au niveau parce que nous sommes recroquevillés sur nous-mêmes". Sic. J'ai toujours eu l'image de Lyon comme un gros Rubik's Cube avec des couleurs qui refusaient de se mélanger. Comme si son mécanisme était rouillé. Un bon volume avec des cases qui gonflent mais restent totalement figées. Le petit galeriste invite ses potes médiocres à exposer. Le théâtreux s'oppose aux grosses institutions. Les musiciens se cloîtrent dans leur petite entreprise végétative. Tout, ici, n'est que réseaux hermétiques qui ignorent ses voisins lorsqu'ils ne se font pas des croche-pattes. L'underground local est plus gamin gâté que malin. Plus encore, on peut se demander si une ville de "pognon" comme Lyon est capable de déjanter, perdre le repère bourgeois dominant pour créer de l'original. "Regarde. Pourquoi Grenoble a-t-elle sorti tant de deejays et productions electro ? Pourquoi y a-t-il eu beaucoup de raves là-bas ? Parce que Grenoble est une ville de prolos qui, le week-end arrivé, pensent uniquement à se mettre la tête à l'envers sur les dancefloors. Pas à Lyon", cernait, une nuit, Cyril de Kubik Distribution. Dès lors, en nos murs, on crâne d'avoir une scène électro d'envergure nationale mais celle-ci n'est qu'intellectuelle et ancrée dans une culture du passé : le dub et le ragga sont remis au goût du jour pour que de jeunes blancs puissent refaire le monde ou se rebeller avec un joint au bec. Rien à voir avec la musique électronique de dancefloor où l'on tord ses tripes par la défonce et les cachetons, où l'on ne pense plus. "Barcelone crée parce qu'il y a une certaine précarité économique au niveau national qui génère de la pauvreté mais aussi de la débrouille dans cette ville. Il y a de l'entraide, une envie de s'en sortir, de se démarquer", analysait un Français habitant la capitale catalane. Faut-il être pauvre pour inventer ? Verrais-je cette ville, un jour, tourner dans tous ses sens ? Clignez des paupières. À L'Embarcadère, le Soup Mix de Concept Food vaporise ses odeurs de légumes bouillonnants et nous aligne en rang d'oignons pour nous faire servir un doux breuvage automnal. "On fait la queue comme pour une soupe populaire", s'amusent Laconque et Eric. Un orchestre de bal musette joue au ping-pong avec une deep house aérienne malaxée par Dj Love. Des couples dansent une valse en accordéon. Helena et Gregoire Roche se babinent de potages et sourires verts. Je chasse un certain Frédéric qui "pas de chance, est bien hétéro et architecte des Ninkasi cafés. Il ne te reste plus qu'à récupérer son numéro de téléphone", me joue Anne à l'oreille. Jean-Paul Brunet ne quitte plus son amour alors que Pierre Budimir s'échappe de la salle enfumée. Je me sens ralenti par une méchante angine et cligne des paupières. Jeudi, le Café In (rue de Cuire) souffle sa première bougie d'anniversaire de bar hétéro-friendly. Des groupes pop-rock se succèdent à mesure que les patrons, Sam et Gilles, offrent embrassades et verres à trinquer. Mathieu chronomètre l'apéritif en vue de notre ponctualité pour le dîner donné chez Super Pénélope. Clignez des paupières. En bref passage dans un supermarché, le mathématicien désarme une caissière : "Ce tapis roulant, vous ne trouvez pas que c'est une métaphore du temps qui passe. Il avance, il avance et ne recule jamais". La jeune fille sourit. Clignez des paupières. En grignotage de petits cubes de Beaufort, Marie-Stéphane Guy partage ses passions alpines et la géographie des stations de ski avec un Mathieu émerveillé et connaisseur. Quelques digestifs engoulottés, Super Pénélope tentera de faire comprendre au jeune homme, indécis permanent, que l'amour n'est pas forcément un partage de valeurs ou passions identiques. Le dicton "qui se ressemble, s'assemble" me parait casse-cur et ennuyeux. Clignez des paupières. On monte rarement amoureux de la personne que l'on cherche. Des quatre amours vécus, je n'en n'ai imaginé aucun de pareil. Je me suis toujours retrouvé dans une histoire que je ne maîtrisais pas avec des amants imprévisibles ou trop prévisibles. C'est ce qui me donne envie. Me sentir déstabilisé, plus totalement maître de ma vie dans une aventure très classique ou insensée. Me sentir accro à quelqu'un jusqu'à ce que je veuille revivre seul à nouveau. Clignez des paupières. Samedi, le temps s'allonge et je rejoins Dj Arnie et Christian à La Jungle. Je suis hors d'état de baiser sauvage. Un pimpo slalome dans le bar en slip. Il a chaud. J'ai froid. Je ferme les paupières en fièvre sous une couette rugueuse. Mauvais rhume.

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MERCREDI 05 NOVEMBRE 2003 _ #250
 
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MERCREDI 12 NOVEMBRE 2003 _ #251
 

Les façadings

Faiblesse. Maladresse. Tendresse. Détresse. Paresse. Délicatesse. Prouesse. Je cherche ces "esse" pluriels qui m'oppressent et les enceintes de l'i-mac distordent le For My People de Missy Elliot, remix facilité par Basement Jaxx. À quoi sers-je ? Pourquoi aime-je cette vie sans sens unique et droit ? Suis-je un faible fort, un sans effort, un petit écriveur peu ambitieux et en doute permanent ? Ô lecteurs dont je me fiche textuellement, vous en dites quoi de ce que vous lisez là ? Clignez des paupières. Olivier Chamarande est passé du luxe de Cote Magazine à l'action altermondialiste au sein d'Attac. Mardi, à l'anniversaire de la Maison Borie, Super Pénélope me présente ce jeune-vieux qui le restera, jusqu'à son éternelle limite, de part son regard figé dans l'adolescence et une peau trop rose pour se rider salement. Le nouveau "révolutionnaire" affirme que "la vie culturelle, les avantages offerts par le métier de journaliste, les cocktails ne (lui) manquent pas : Je suis passé à autre chose". À chaque sortie de bouchées "haute cuisine" sur plateau, une file d'affamés trace les serveurs pour tout liquider en moins de cinq minutes. Caroline Briel photographie les invité (e) s au Polaroïd avant de projeter l'ensemble de son travail en diaporama sur un mur du restaurant. La jolie rousse charge le travail de quelques-uns de ses camarades "arty" et nous plaît ainsi. Super Pénélope note le caractère misogyne des dédicaces bordant les clichés : "Les mecs posent avec leur femme ou maîtresse mais ne signent que de leurs seuls noms Pour griffer ainsi une photo, il faut vraiment avoir un ego surdimensionné et prendre sa compagne pour une potiche." Clignez des paupières. En transit vers des vins joufflus, nous saluons Jean-Pierre Vacher en post-trauma après le crash d'un Boeing 747 sur ses mocassins. "Plus sérieusement, il a l'air toujours si triste", se lamente un invité. Nous clignons des paupières autour d'un îlot en bouteilles de Pouilly en compagnie de Caroline Alt et Hubert-Julien Laferrière. Le nouveau maire du neuvième insiste : "Je t'assure que chaque fois qu'une caméra de (Lyonclubbimbos) tente de me filmer dans une soirée, je refuse ou me cache sous ma veste". Jeudi, Hugs & Kiss, d'Emmanuelle Villard, se vernit à la galerie Olivier Houg dans un labyrinthe de plaques blanches qui nous acculent devant de petits tableaux en reliefs, bombages de coquillages colorés et sertis dans de la gélatine pailletée. Insensible aux exposés, je monte de plaisir à la rencontre de Perrine Lacroix, vêtue d'un ciré noir, véritable must dress de la fashionista actuelle. Je questionne celle que je pourrais demander en mariage (si je n'étais pas pédé) sur la provenance de son coupe-vent. "Zara. Et il existe en rouge", m'encourage Perrine. Z2 et Anne recrutent auprès d'Isabelle Laurent pour l'organisation prochaine d'un projet poétique (http://beadoa.free.fr) qui emballe tout le monde. Clignez des paupières. Au Buldo, l'équipe de Trublyon attire l'underground lyonnais et autres activistes pluridisciplinaires. Peggy-Laure Allard croise son jupon écossais sur tabouret haut. L'architecte, coiffée d'un chapeau obscur, sirote en sourire. François Verdet et Christel Chambre conviennent d'un travail en commun sur la base de notre collaboration sur le Trublyon sorti. Clignez des paupières. Je disserte avec Vincent Carry sur les Nuits sonores qui me semblent comparables aux Nuits de Fourvière, soit un projet politique sans ancrage dans notre quotidien local. Le boss du festival réfute. Il a certainement raison. L'événementiel (Guinguettes du Rhône, Paris-Plage, Nuits sonores, Nuit blanche, etc.) est le nouvel eldorado électoraliste des grands maires. On ne demande pas à ce qu'il y ait du sens ou de l'âme mais de la visibilité et de la médiatisation. On ne montre plus du concret en béton pour tenter de se faire élire mais de l'abstrait léger et populaire. Clignez des paupières. Marie et David Cantéra, couple le plus sexy de la ville, s'enivrent lorsque Z2 embarque Hubert J.-Laferrière pour un retour downtown et me flashgorder à la Jungle. Guillaume T, drunky léger, fouille les cabines, me traite de "macho. C'est quand que tu te fais enculer ?" entre deux serial fuckers peu farouches. Clignez des paupières. Marie-Charlotte, assise sur le bar, supervise son Philippe Moncorgé, en philosophie avec Mathieu, et Julien-Justin en yeux roulés pour son "canard". Vendredi, Le 10 se transforme en after de la Carte blanche donnée par l'Opéra à Philippe Chavent. Audrey Vega et Florent se prélassent sur un canapé avec le chanteur Kent. Claire Carthonnet et Jacques Haffner raillent ma pauvreté : "Alors ? Le demi est trop cher ici ?" Oui, car je suis un flambeur fauché et évite de me faire rincer afin de ménager ma liberté de chroniqueur alcoolique. Catherine A. sort ses Craven A emballées dans un étui Vuitton à faire rire la tablée et fermer les paupières.

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MERCREDI 19 NOVEMBRE 2003 _ #252
 

Endormi devant Frédéric Michalak

Nous n'attendrons pas le beaujolais prochain pour goûter, jeudi, quelques bons vins chez Frédéric Sicre et Christian R. Autour d'un poulet chaud aux marrons, nous aspirons l'alcool noir et réveillons nos souvenirs d'arpenteurs de caves fameuses. Super Pénélope rage devant le calendrier 2004 des sapeurs-pompiers : "Il n'y en a pas un de beau ou que l'on voie de face. C'est minable. Ils devraient poser nus comme les rugbymen". Le début du week-end rougit la langue et m'ouvre une première soirée de bien-être. Mes amis me sont chers. Je suis fier d'eux, conforté dans ma route par des personnes valeureuses. Clignez des paupières. Dj Arnie débranche ses connexions sur son net domestique pour nous rejoindre, vendredi, au River Boat. Il annonce à Robert V. la sortie prochaine de son premier maxi sur le label Brique Rouge. Sous le pseudonyme "A jackin'Phreak. Ce seront évidemment des titres d'acid house", cabre le bel homme. Robert mate Bob, patron vavavoum du très agréable disco-bar flottant, avant de nous suivre dans le tunnel feutré de L'Ambassade. "Je me demande si on ne m'aurait pas mis un truc dans mon verre. Je trouve tout le monde sexy dans cette boîte", se trouble notre accompagnateur. Dj Deep s'entoure du beautiful people définitif de la ville. Des sourires à manger. Des corps à transpirer. Des attitudes à mimer. Des gueules à violer. Des singuliers au pluriel. Le nightclub fête son troisième anniversaire dans un luxe inégalable. Le deejay, house purist, enrôle ce monde idéal dans des bizarreries crados et déstructurées lorsqu'il rechute parfois dans la morosité de ses références latino house, typées Joe Claussel et Kerri Chandler. De l'autre côté des enceintes, sur la rue parallèle, Le Medley ferme sa nuit sur de longs passages à vide musicaux. Colette me trouve toujours aussi impoli pour me présenter à son vestiaire dans un état trop souvent drunky et survolté. Clignez des paupières. Samedi, lorsque les bus travelottés de l'Art sur la Place stationnent rue de la République, les arty underground invitent à un vagabondage en appartements sur les Pentes de la Croix-Rousse : Rue Terraille, Kelly Star se poste devant une porte de chiottes, limée par un rideau monté en fines chaînettes SM. "Tu trouves ça comment ?", me questionne l'artiste épris de sexualités poussées. Clignez des paupières. Chez Damien Béguet, on s'attendrit devant un lanceur de missiles en taille réel, peint d'un vert kaki trop satiné pour ne pas se poser la question : la guerre est-elle vendue tel un jeu pour enfant ? Dans l'atelier de Pascal Poulain, Z2 picole et suit le diaporama pailleté de Nicolas Delprat. Riviera mélange les clichés de la nightlife en bord de mer : fric sur sable fin, enseignes de disco scintillantes, robes de soie sur un soi ensoleillé et grosses berlines en gonflettes bousculent le visiteur dans une société de surfaces et au verni flashy. Clignez des paupières. "Écoutes. Ce ne serait pas un Joy Division ?", se baisse Z2 dans les escaliers en reflux d'un dancefloor "eighties" au sous-sol. En after des expositions, une surprise party de "bel-ardeux" nous menotte à des gobelets en plastiques vinassés et de petites dragues sans suite. Laconque s'enroule autour de la taille d'Eric avant "de rentrer pour faire l'amour. J'ai un homme, moi". Clignez des paupières. Place Tolozan, le tapiole.com crew s'encaisse dans une trois portes et file le long du Rhône vers la soirée Clash au Transbordeur. La nouvelle production d'Enjoy ouvre une nuit entre punky-kids, cloutés, gominés et en extase sur les bleeps régressifs de Tasty Tim. "Il ne pourrait pas faire plus rock, le Boy George des platines", soupire un danseur en direction du deejay overmaquillé. Je sors du carré VIP et m'installe dans le froid d'une Austin Mini. Je demande à la conductrice de monter le son. "J'ai un mini son dans une mini voiture", actionne-t-elle les touches de l'autoradio. "Non, Closer Music, c'est le spleen garanti. Mets-nous le Poney E.P de Vitalic", reprend forme ma voisine à l'écoute des extraits musicaux débobinés. Nous nous contorsionnons de plaisir sur ce Poney, méchante machine à danser de l'année. Clignez des paupières en fredonnant Me & Madonna de Blackstrobe. La même chanson, tue-tête, repart de la bouche du patron du Rouge Rouge en posing péteux à L'Ambassade. Cet habitué des coups marketing "branchouille" souhaite offrir en pâture Arnaud Rebotini et Ivan Smagghe aux beaufs-bourgeois lors d'une prochaine E.D.F. à Akgb. Je le charge : "Votre truc est de faire parler de vous en bookant de bons deejays dans des lieux où la clientèle se fout complètement de la musique. Vous êtes un as de la promo sans âme". Clignez des paupières en corps à corps avec Julie et Jean-Albert sur un mix proto-house de Jérome Sydenham. "Tu es navrant", se planque Mickael à la Jungle après mon arrivée en "Je cherche un bon suceur. Je lui laisse trois minutes pour venir dans la cabine". Fermez les paupières sur un matin gris, la télévision en pelouse verte et Frédéric Michalak sur la rétine.

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MERCREDI 26 NOVEMBRE 2003 _ #253
 

Petit vin pour os dur

Fermés dans un bocal sous-marin et en plein dans un ondulant aquatique lumineux, nous assistons, mardi, à l'avant-première de Nemo dans une salle du Ciné Cité. La nouvelle production des studios Pixar et Disney se fait lancer en grand bleu par l'équipe de Prisme International Europe, entreprise communicante qui nous habitue à des soirées "pipoulisantes" de bonne tenue. Dès lors, nous nous imaginions s'essuyer les pieds sur un tapis rouge épais avec des photographes de partout, des robes de princesse "vavavoum" ligotées à des pingouins lustrés. C'était juste un rêve car j'oubliais que Lyon est loin d'ajouter son nom au trio starificateur Paris-Londres-New-York. Dommage car j'aurais bien renversé Chloé Sevigny ou Ruppert Evrett dans une salle obscure. Après projection, j'escorte Super Pénélope au Fish pour un cocktail où chacun donne sa critique du dessin animé et mets de l'alcool dans cet univers d'eau pur. Véronique et Jean-Paul forever young Brunet en nagent pour la petite Dory, héroïne amnésique en 3D, avant de nous accompagner à dépouiller la décoration du lieu et s'arracher les films transparents à l'effigie des poiscailles. Cricri refait surface : "Je ne bouge presque plus de chez moi. Tout va bien J'ai un chat", assomme-t-il. Nous saluons Jacques Marcout, grand ordonnateur de la mise en flotte de cette nuit et clignons des paupières. C'est un grand classique que de boire le Beaujolais nouveau au Sofitel, mercredi. Évidemment, une invitée charge d'entrée, vin en bouche : "Vous pouvez constater que tous les vieux ne sont pas morts avec la canicule. Certaine qu'ils ont des actions chez le climatiseur Carrier pour être encore debout ce soir". Nadine Fageol et Marie-Charlotte concentrent autour de leurs ballons de rouge tous les beaujoleurs proches du borderline et dépoussièrent quelques quinquas de sourires moqueurs. Elles chargent Vincent, escort boy oversexy d'Isabelle Dejeux, "chercheur en os dur". "En os dur ! ? De la recherche fondamentale ?", s'amusent-elle. Ours Fort sarkotique le sérieux du Petit Nicolas afin d'expertiser à Patrice Béghain le détail des manuvres policières lors de l'alerte à la bombe, la veille, en gare de La Part-Dieu. "C'est encore vous qui avez laissé votre valise avec un sèche-cheveux et des cosmétiques ?", me pique l'adjoint. Serge Dorny nous narre son périple stéphanois : "J'ai assisté à la première de La Gonfle, une pièce dans une langue inconnue, un mélange de plusieurs patois, presque incompréhensible. C'est l'adaptation d'un Martin, un prix Nobel de littérature Vous voyez qui ?" Patrice scanne sa culture académique sans succès. Clignez des paupières sur Grégory, le plus beau serveur de la dégustation (photo). Un journaliste me tend sa carte de visite. Il a l'air gentil mais c'est tellement vulgaire, le lâcher de carte de visite. Je m'essaie au baiser de main avec Marie-Chantal Desbazeille, seule femme politique lyonnaise couillue et avec laquelle on aimerait passer un week-end de nightlife. En chemin pour Le 10, Patrice devra supporter mes errements de grand buveur : "Cette municipalité a aucune imagination, n'est pas magnine dans sa communication, ne sait pas faire des "coups" qui ne demanderait pas énormément d'argent". Clignez des paupières. Jeudi, après un coup de flash par Laurent Cerino sur la passerelle du Hilton, je retrouve Super P. et Jean-Paul dans le grand salon de l'hôtel pour une nouvelle présentation du petit vin. Quelques jours avant cet instant, un débat, hautement spiritueux et dense, agitait les poignets des cocktaillers : "beaujolais nouveau" au Sofitel ou au Hilton ? Je défendais le premier comme étant le plus protocolaire d'où sujet idéal à la sortie de route. D'autres prétendaient que le second affiche une moyenne d'âge plus jeune et des convives plus "branchés". Au final, la moquette au sol du Hilton abîme les yeux et la fumée graillonneuse s'incruste dans nos vestes. Je boulette avec Marie-Chantal D. d'un "Vous portez la même chemise qu'hier soir". "Je n'aime pas les hommes poilus. Je ne vous embrasserais jamais", se défends l'adjointe. Ses beaujoleurs sont ennuyeux à fuir dans le hall du rez-de-chaussée. Là, Jean-Luc Very s'attire une foule d'amuseurs et se vante : "On a sorti une patte de dinosaure, vieille de 40 000 ans. Avant de l'exposer au musée, j'ai posé ma main dessus. Vous me croirez ou pas mais cela fait réfléchir". Clignez des paupières sur cette grande confession. "Ils ont oublié la balance. Je suis sauvé", souffle Jacques Haffner lors de la soirée officielle du lancement de son régime. A ce lestage-majesté, Le 10 voit défiler toute la ville pour une fête étourdissante : Paul Satis dansera. Claire Carthonnet et Françoise Rey aligneront les multi-trinques. Emmanuel Hamelin deviendrait presque de gauche libertaire. Les M & Ms s'enivreront. Joël B. apparaîtra métamorphosé par l'Amour. Super P. dansera très collé avec un Arnaud, avéré gay. Gilles Pastor avouera son penchant pour l'homme poilu. Je chuterai et fermerai les paupières, le brillant trop fort dans les yeux.

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MERCREDI 03 DECEMBRE 2003 _ #254
 

Ruptures humides

"Il m'a annoncé avoir baisé une heure avec un inconnu. J'ai immédiatement rompu alors que nous nous aimions encore. Tout cela parce que, à l'époque, ma vision de la fidélité se confondait certainement avec ma volonté de posséder physiquement l'être aimé. C'est plus vieux que je comprendrais que l'infidélité des sentiments peut être bien plus douloureuse", confie-je à Monsieur Chocolate, en rendez-vous nocturne avec Super Pénélope chez Falafel (rue Terme, quartier Terreaux). Mercredi, nous triturons espérances et doléances amoureuses de chacun par vinassage de nos joues. Monsieur C. prétend bien être ouvert à toute histoire en "bihomme" mais je pressens qu'il formate, avec précision, celui qui est supposé le sauver, lui apporter son soulagement affectif d'égoïste. Entre deux voiles turquoises roulés par une danseuse orientale, Super P. assure "que le milieu culturel est rempli de gens cyniques qui cultivent une personnalité décalée, des codes, et regardent les personnes peu extraverties, non-initiées à leur jeu, comme des merdes. Tu ne t'en rends pas compte mais tu agis, toi aussi, comme ça", me reproche-t-elle. Clignez des paupières. Je n'ai jamais cru que l'amitié était plus forte ou durable que l'amour. La même chose sans le toucher-coucher. Les habitudes, infidélités et ennuis ne se sont pas interdits d'entrée dans les relations amicales. Ils s'incrustent de façon plus narquoise que dans un couple et créent moins de dégâts. Même si on se sent trahi par un(e) ami(e), on lui pardonnera, au nom de l'Amitié, ce lien rassurant et simple à lacer. Clignez des paupières. Jeudi, après le "pot de départ" d'un confrère à l'Ovale 203 où Manu Cédat précipitera la groseille dans le blanc d'un kir, je circule dans le bordel de La Jungle. Un ex-tout (amant puis ami), CRS gentil et un air d'adolescent maltraité, survole une année de sa vie, qu'il croit nouvelle, puis s'enferme dans un box à queues. Un serial fucker glisse le dos de sa main sur ma joue avant de caler genoux à terre. L'écran vidéo se brouille et balance une ombre affolée dans le couloir. Clignez des paupières. Vendredi, Bob et Denys montent au pont du River Boat, en jolis capitaines déguisés. La péniche en Rive Gauche (2, quai Augagneur) fête, une deuxième fois, son ouverture au cas où nous n'aurions pas compris que le lieu s'amarre comme le plus agréable de l'automne. Christophe Boum liquide un stock important de champagne tout en draguant Patrick, de tapiole.com. Un pimpo au carré gonfle un t-shirt "Dieux du Stade" avant de soutenir : "Non, il n'existe pas de version avec une photo imprimée de Frédéric Michalak". Nous photocliquons le doux Ludovic en service de Cordon Rouge et clignons des paupières. Super Pénélope, Fredéric Sicre et Christian R. flasgordent à L'Ambassade et s'étourdissent des vibes soulful de Manoo. Étendu sur le velours cardinal d'un canapé, Gaetan s'endort en sueur. Je lui relève une paupière. Le bordeliner laisse tomber une pupille endormie sans plisser sourcil. "Bon, on ne va pas passer la nuit à faire les fonds de dancefloors", rigole Super P. Clignez des paupières. Je viens de rompre avec des proches qui me sont cher(e)s. J'ignore si j'en souffrirai. Pour une d'entre elles, assurément. Ses ruptures humides finalisent les profondes divergences atteintes entre nous. Pour plus de lisibilité, je déteste prendre partie dans un conflit qui oppose deux personnes que j'aime. Chaque fois qu'un couple d'amis a splitté, j'ai toujours envoyé balader l'un des deux malheureux qui souhaitait m'extorquer un avis ou un jugement en sa faveur. Pas eux. Clignez des paupières. Dimanche, Christophe Boum et Primabella servent un déjeuner gargantuesque à Mireille. La forte tête de feu et regretté VertuBleu se délecte d'huîtres, d'un canard rôti, jusqu'à nous couver sous un après-midi de douceur. En légère drunkitude, nous traversons le pont Wilson. "Regarde ! Mais regarde ! Regarde comme le fleuve est grand. Regarde comme l'eau est faussement tranquille", m'empoigne Mireille. Clignez des paupières. Comme chaque 1er décembre, lundi, une cinquantaine de participants pataugent dans les flaques pour continuer la lutte contre la bête qui n'intéresse presque plus personne. Le sida nous frôle tous. Le virus s'injecte toujours dans les chairs. Mais pouvoirs publics, locaux et bien nantis ont autre sujet plus important à aborder. "Niquer sans capote tue" n'est pas encore une directive européenne à placarder sur les packagings et publicités en sous-vêtements. Place Antonin-Poncet, Michel Chomarat représente la Mairie centrale. Service minimum. Les organisateurs annulent la marche, puis, Act Up la relance. L'eau s'incruste dans nos tissus. Les bus nous klaxonnent. Nos yeux sont mouillés. On se compte. Les parapluies donnent du volume. Les médias sont rentrés au chaud. Les limonadiers d'établissements gays et du sexe facile doivent servir l'apéritif et repasser leurs petits billets étoilés. Pas le temps. Le sida, ce n'est pas grave. On en survit. Fermez les paupières.

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MERCREDI 10 DECEMBRE 2003 _ #255
 
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MERCREDI 17 DECEMBRE 2003 _ #256
 

Please, end off zeez good year

Je cherche ce souvenir marqueur, un de ceux où une exposition d'art me toucha tant. Peut-être David Mach et ses journaux en vomi hors d'une voiture à l'IUFM. Peut-être l'accrochage magnifique de la rétrospective consacrée à Adrian Piper dans un IAC malin. Certainement plusieurs installations de La Beauté 2000 en Avignon (dont la vénérable animalerie "postiche" d'Annette Messager au cur du Palais des Papes). Disons que l'on voit tellement de niaiseries inabouties et d'objets, qualifiés "uvres" et présumés conceptuels, dans les galeries locales qu'il n'est pas trop difficile de puiser dans sa mémoire pour en sortir de grands instants de contemplations ou de troubles déstabilisants. Mercredi, à la première d'Happy Hours, les visiteurs descendent dans les vestiaires de la Piscine du Rhône pour un voyage étrange et à bourdonner de l'esprit. Christian Boltanski installe un entonnoir de la vie tellement évident que l'on se laisse enfermer dans un non-retour à la surface des bassins d'eau. D'un vestiaire (femme ­ de la natalité ?) où des projecteurs éblouissants miroitent des coulées d'eau dans les couloirs, se superposent des monologues bruyants encaissés dans des casiers métalliques. Un goulot supérieur tamise la lumière par des filaments jaunis d'ampoules nues au plafond béton. Les gouttes d'eau, la vie, s'éparsent et se tarissent. Là, des solistes isolés dans des cabines se répondent en partition de violon, piano ou hautbois. Nous croisons des bras. Notre curiosité s'aiguille tout en se faisant discrète, gênée et respectueuse comme si nous participions à une procession funèbre. Jean-Jack Queyranne chuchote à l'oreille de Madame dans une perpendiculaire à l'allée déambulatoire. L'étroitesse supérieure nous cloître, au niveau du vestiaire "homme", dans une fumée aveuglante et les casiers de baignade devenus ombres squelettiques et frigorifiques. En cul de sac, un jeune homme est assis. Il fume des cigarettes. Il lit. Il s'ennuie. Il joue quelques riffs de guitare électrique puis replace sa longue tignasse derrière ses cheveux. De ce voyage au bout de la vie, Patrice Béghain me garantit : "Vous devriez lire Virgile et Dante. Vous connaissez ?" Souvent, l'adjoint me charge ainsi sur mon inculture. Cela m'agace. Il le sait et s'en amuse. J'ai souvenir d'un dîner à Mon Manège à Moi en compagnie de Patrice et Mathieu. Le mathématicien défendait mon manque de culture académique : "La culture fonctionne par îlots. Vos îlots ne sont pas les mêmes que les miens, que ceux de votre voisin". Clignez des paupières. Après un vin chaud sous les soucoupes éclairantes de la piscine, Super Pénélope gravit les marches du Palais Saint Pierre pour le cocktail donné par JC Decaux dans le cadre de l'exposition dédiée à Leonetto Capiello. Jean-Luc Very, que l'on consacrera comme le mondain lyonnais le plus drôle de l'année finissante, joue l'arbitre d'une scène surréaliste et incorrecte. "Je prends celui au chocolat", griffe une belle femme malgré mes fausses bonnes intentions pour sa fine taille. "Je peux partir avec une panière de petits pains ?", supplie une autre. En fin de représentation, les "doggy-bags" s'arrachent entre convives pourtant habituées à une certaine tenue et retenue. Nathalie Cayuella s'amuse de la scène puis larmera plus loin : "Je me fais vieille. J'ai mal au dos. Je ne suis pas belle". Que de mensonges. Nous nous lamentons, avant fermeture du lieu, auprès d'un imprimeur qui transpire ce "je-suis-un-gentil-mais-suis-obligé-de-faire-des-Public-Relations" : "Non seulement nous sommes presque les derniers à partir mais, en plus, nous embarquons les restes du cocktail". Je rappelle, à notre converseur, les règles de bases afin de ne pas passer pour un campagnard bouseux dans ce genre de réception : Arriver forcément au minimum une demi-heure en retard par rapport à l'heure inscrite sur le carton d'invitation et surtout, surtout, toujours partir avant la fin, celle où il ne reste plus que les organisateurs, serveurs et pochetrons qui se dégonflent. Clignez des paupières. Samedi, nous nous allongeons Sur Mon Oreiller à l'occasion du vernissage de ma nouvelle chambre, fraîchement repeinte. L'idée est idiote mais peu importe. Marie et David Cantéra se glisse sous une couette. Z2 jure qu'il a "fait la fête avec Vitalic à Dijon". Valérie se vitre les yeux devant son Raphaël Ruffier qui transforme un matelas en trampoline pour athlète énervé. Super P. se fait masser les pieds par Mister Chocolate alors que Laconque et Eric s'enlacent sur un lit en fondant des chamallows chimiques. Ab et Fab de tapiole.com poursuivent la note violente au DV1. Drunky et claqué, je m'allonge à la Jungle et compare les hommes pressés et petites fourmis agitées de la queue à de petits êtres sans âmes, bêtes à consommer et jeter. Je ferme les paupières et envoie une forte pensée à Primabella et son Christophe Boum.

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INSTINCT NOCTURNE

Écrit par Baptiste Jacquet
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire

 

 

 

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