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INSTINCT NOCTURNE
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Écrit
par Baptiste Jacquet |
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire
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| MERCREDI 30 JUILLET
2003 _ #237 |
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Images
sans action (*)
Une
pluie blanche s'égoutte en petits spaghettis translucides
qui noircissent et s'agitent devant les hublots jaunes de l'auto.
Sur les marches, Madame A pleure. Elle glisse ses doigts crispés
sur son épaule gauche et caresse son corps sage en tristesse.
Main en arrêt sur son cur, elle noie ses yeux dans le ciel
lacéré par les rails pendulaires d'un trolley fantôme.
Un vieil enfant court dans la nuit sur le trottoir ciré par
l'averse. Il s'élance et patine sur la grille d'aération
d'un parking souterrain. En sortie du nid d'abeille ferrailleux,
il ouvre son visage de ce sourire d'enfant puéril et content
du défi réussi. Ma poche arrière de pantalon
est gonflée d'un rectangle épais. Je déculotte
l'objet et me rapproche de la jeune femme dont on ne sait plus si
son visage se lave de ses yeux débordés ou du nuage
d'en haut. "Une étoile filante tombe dans votre regard.
Qu'en faites-vous ?" lis-je à voix haute sur une
page qui se gondole de petites cloques humides. "Si, dans la
rue, un réverbère s'approche de vous et vous demande
du feu, comment vous y prenez-vous pour ne pas paraître décontenancé ?"
poursuis-je avant de refermer le petit livre de Jean Tardieu. "Je
le gifle et lui reproche son impolitesse dans son approche d'une
fille juste plaquée par celui qu'elle imaginait aimer à
jamais", me fait écho une voix claire. Clignez des paupières.
Les immeubles ne brillent plus que par intermittence. Une fenêtre
se réveille sous la lumière orangée d'un globe
suspendu. Dans la cuisine, Monsieur B goupille sa bouche sur la
tuyauterie de l'évier et siphonne de l'eau chlorée.
Dans le couloir en pénombre, des toiles équerrent
un carrelage crasseux à un mur déjà clouté
de formes nerveuses et abstraites, expulsions insomniaques de l'artiste
sur grands formats. Le jeune homme compte ses jours. Son cerveau
dégénérera jusqu'à ce que mort s'en
suive bien avant la crise de la cinquantaine. Il s'assoit devant
le chevalet et s'encourage d'un verre de cognac. Deux fenêtres
plus loin, Monsieur C sort de la douche. Serviette en taille, il
sent un vieux Guerlain rassurant. Ses cheveux trop courts lui modèlent
un visage de cadavre pomponné pour un linceul de satin rose
bonbon. Il est rentré se raffermir le corps après
un service de vieux garçon dans une brasserie à la
mode. Il dépense plus qu'il ne gagne dans des clubs faussement
friqués et plus sûrement cheaps. Il cumule les chromes
pour s'habiller chez L'Éclaireur à Paris et se vante
d'être un aspirateur à coke. Il a du goût. Il
a un goût amer dans l'âme. Son malheur est qu'il ne
l'ignore pas. Clignez des paupières. Un scooter laboure une
tranchée sèche et éphémère sur
la chaussée. Mademoiselle D ne porte pas de casque. Elle
aime le bruit, la vitesse et le danger. Elle a dompté l'idée
qu'elle peut mourir et n'a plus peur de sa fin. Ses tympans enfilent
le phrasé aérien et hors du temps de Lou Reed et John
Cale sur A Dream. Elle rejoint Monsieur G pour un entre jambage
léger et sans conséquence. Je discute cinq minutes
avec Monsieur E sous un abribus. Avant que je ne sois ce quadra
scaphandrier et rangé des excès d'ivresse, j'ai aimé
cet homme au regard sombre et brillant d'innocence. À Prague,
sous le pont Saint-Charles, nous jetions aux cygnes nos sandwichs
bon marché et éclations de rire lorsqu'eux non plus
ne voulaient pas manger de ce pain là. Je le désemplumais
de ces pigeons stupides qui, sur la place Saint-Marc, le travestissaient
en épouvantail ailé. Je dormais derrière lui
mes lèvres en asphyxie sur le triangle sexy formé
par ses cheveux sur sa nuque massive, mon torse en époux
des courbures de son dos, ma main en lasso sur ses hanches et s'agrippant
à son sexe reposé, mes cuisses en frottis de ses poils
et mes pieds en nud avec ses orteils. Monsieur E m'embrasse et me
dit devoir retrouver une amie, une certaine Madame A. Sur le
quai, deux types se battent tels deux cannes à pêche
mal rangées et dont on chercherait à démêler
les fils pour partir chacun avec son hameçon solitaire. Il
y a dans la bagarre d'étranges approches d'attraction-répulsion :
"Je te tiens pour mieux te massacrer. Tu ne me lâches
car c'est moi le plus fort". Clignez des paupières.
Au-dessus du combat, Monsieur F occupe, avec femme et enfants, un
clapier-couchoir sans caractère et meublé en noir
et blanc, factice de l'intemporel sobre présumé chic.
Monsieur F est un homme politique respectable. Enfin, c'est ce que
ses amis journalistes et autres hommes politiques vantent. Le notable
est allongé nu sur le canapé familial. Il textote
sur son portable : "Demain, vers 8h30, je peux passer
t'apporter des croissants ? Tu me manques. Ton Goomy."
Même étage, même allée, Monsieur G termine
son ménage nocturne en sifflotant le "I Can't Get No
Sleep" de Masters At Work. La sonnerie de l'interphone
le fait sursauter et se dévisager dans un miroir moulé
rococo. Mademoiselle D est enfin là. Fermez les paupières.
*.
À la demande de lecteurs, le texte ci-avant est une pure
fiction, un exercice d'échappement hors du réel ou
presque.
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| MERCREDI 6 AOUT
2003 _ #238 |
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Poses
aoûtiennes
Alors que les plus râleurs tenteront
de perpétuer le dicton "À Lyon, la nuit, on s'emmerde
et le mois d'août n'arrange rien", ou que d'autres chercheront
déjà à renifler ce que les limonadiers vont
nous servir de nouveau à la rentrée, un parcours aoûtien
vital et alternatif s'impose, afin d'éviter les chaises vides
des faux bars à la mode ou des discos trop climatisées
suite à une clientèle évaporée.
Ouvre-boîtes. Fixer un rendez-vous
en terrasse à des amis pour un apéritif à l'abri
des vroum-vroum de l'automobiliste et du soleil qui cagnarde n'est
pas chose facile en hyper centre-ville. On se concentrera dans la
rue de L'Arbre-Sec pour un Café 203, toujours aussi
bien et malin, ou à L'Étoile Opéra, nouveau
spot gay apériteux beaucoup moins amusant que ne l'était
le Cap Opéra à son heure de gloire. Pour le
coup à rire et gay-friendly, il est préférable
de se battre une des trois tables en plein air à La Ruche
(rue Gentil). Plus aéré, et toujours dans le quartier
Terreaux, Les Arcades de la place Louis-Pradel sert enfin ses clients
correctement, c'est-à-dire avec sourire et attention. Sa
terrasse surplombe l'angle du Péristyle, le salon d'été
vital où les amoureux de jazz et de belles choses s'hydratent
avec langueur. Déjà un classique et au sommet de la
mode estivale. Clignez des paupières. La place Sathonay sent
la campagne, mais son Café de la Mairie pue l'étudiant
rebelle, rejeton de bobos pas rigolos. On se ruera en face, Aux
Enfants Gâtés, pour descendre les pyramides
en sorbets de l'excellente fabrique et aussi doux salon de thé.
Pour le vrai calme, le Matchico (angle de la montée de la
Grande-Côte et rue René-Leynaud) s'impose comme la
véritable terrasse de quartier, avec enfants qui jouent au
foot et gens peu sauvages en buveurs conviviaux. Dernières
alternatives, le boulevard de la Croix-Rousse, avec le Modern
Art Café et le Café du Gros caillou (de nouveau
comestible), nous permettent de prendre hauteur et léger
frais. Sur les quais, on fuira les Café du Pond, Bus Café
et autres poudres aux yeux conceptuelles et grosses conserveries
de la petite bourgeoisie locale pour des trinques à la Buvette
du pont Wilson, à La Passagère et au Café
Mug. Clignez des paupières.
Dans le ventre. Même si le dépaysement
est garanti dans les restaurants en bord de Saône en sortie
Nord de la ville, le must de saison reste encore Chez Francis, quai
Rambaud. Un bonheur pour pas cher et cette agréable sensation
lors du retour en cinq minutes sur les quais bouillants de la Presqu'île
d'avoir fait trois heures de route pour s'isoler et farnienter.
Pour ceux qui n'ont pas peur de sentir un peu le graillon, la Friterie
Marty (grande rue de la Guillotière) assure toujours autant
dans l'assiette que dans l'animation environnante. La fidélité
aux tables qui ne déçoivent jamais sera encore renouvelée
pour les lasagnes sur musique disco ritale servies Chez Carlo
(rue Palais-Grillet), pour les meilleurs couscous de Lyon à
Koutoubia (rue Hyppolyte-Flandrin) ou dans la perfection
thaïlandaise des Chats Siamois (petite rue des Feuillants).
Selon votre baromètre financier, tablées se formeront
aux Terrasses de La Tour Rose (rue du Buf), au Nord (rue
Neuve), Chez Albert (place Fernand-Rey), au Temps Perdu (rue des
Fantasques), à Mon Manège à Moi (rue Neuve)
ou en transpiration très tardive au Balmoral (rue Lanterne).
Clignez des paupières.
In Da Club. Mis à part la
constance dans la qualité isolément défendue
par L'Ambassade (rue Stella) et la Marquise (quai Augagneur),
mois d'été ou pas, l'ennui règne sur les dancefloors
lyonnais : musiques cheesy, lounge d'ascenseurs qui maintient
l'efficacité de votre déodorant à son maximum
et service à la limite de l'impolitesse. "Les clients
n'en ont rien à foutre de la qualité musicale d'un
lieu. Plus tu leur mets une musique de merde, plus ils sont contents
et tu fais du chiffre", avançait trop justement un chef
d'établissement. L'United Café (quai de la
Pêcherie) est l'antre de la nuit gay bas de gamme qui amuse
presque tout le monde, hétéros compris. La climatisation
du DV1 (rue Violi) ne peut plus que souffler fumée
et transpiration sur les corps compactés et ravagés
par la hardhouse fatigante qui grésille tous les week-ends
dans sa salle "techno". En entrée du club, Richelieu
s'invite pour ce petit supplément d'âme kitsch, rétro
et sans conséquence, qui faisait et fait encore le succès
du Medley (rue Childebert). Le 10 de Jacques Haffner
(rue Mulet) passe l'été à la douce avec une
fréquentation erratique et un deejay résident qui
fait plaisir lorsqu'il part en vacances. Pour les plus conscients
qu'ils sont le fer de lance de la mode et du chic, La Voile (quai
Maréchal-Joffre) organise des séminaires d'hétéros
bien bronzés en trance sur David Guetta ("C'est trop
bien. J'adore tes tongs. Ce sont des Dior ? Non ! ?")
et, en hauteur, La Chapelle (montée de Choulans) fait la
même chose avec les homos ("C'est trop bien. J'adore
ton t-shirt. C'est un Dior ? Non ! ?"). Clignez
des paupières. Pour les aventuriers peu fanatiques de Pom'ka
entre lunettes de soleil monogrammées, Le Soleil (rue René-Leynaud)
offre le rooty sulfureux, et Le Gazomètre, l'esprit festif
que l'on cherchait tant. Fermez les paupières.
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| MERCREDI 20 AOUT
2003 _ #239 |
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Mon
corps dans sa peau
Je
sors d'un bain froid. Des gouttes d'eau se mirent dans la robinetterie
en aluminium puis se loupent sur l'émail blanc. Au fond du
salon, The Rapture guitarise à plein régime un Dumb
Waiters, reprise freaky comme il faut pour suer plus fort que le
soleil. Alain est assis sur le sofa et son torse poilu ruisselle
au creux d'un sternum en cuvette, point sexy et excitant du corps
masculin. Nous nous embrassons avant de tempérer nos sangs
à plus de 40 degrés. Clignez des paupières.
Je passe la quinzaine de jours qui encerclent le 15 août
avec cette flemme caniculaire qui vous accélère le
palpitant tout en vous couchant à l'ombre. Je ne sais pas
si je déprime de mon inactivité estivale ou si je
m'ennuie de trop utiliser le serial fucker, de perdre ce goût
délicieux du sexe sans importance et de ne plus pratiquer
que du baisage automatique. Il y a toujours ce désir obsessionnel
de monter amoureux pour respirer autrement. Je ne cherche pas l'amour.
Je chasse juste ce début de relation où chacun se
dépouille de son "je" circulaire et clos pour satisfaire
l'égoïsme passager et joyeux d'un "il" ou
"elle". Clignez des paupières. Un déjeuner
au Campbell où Jean-René sert une salade multicolore
à Mon Épouse, belle et en rondeur de quatre
mois. "Quand on écoute mon ventre, on a l'impression
que c'est un aquarium avec des bulles" pointe la future mère
de l'enfant qui ne sera pas le mien. Après un shopping pour
une introuvable paire d'Adidas aquatiques et rouges, nous dévorons
le guide prénatal de la Cote officielle des prénoms.
"Marius. J'aime beaucoup" teste Mon Épouse. J'acquiesce
pour un prénom se terminant par "us" après
avoir définitivement renoncé à griller Cruz
Poutre, le père officiel, pour la reconnaissance de l'enfant
en mairie. Clignez des paupières. Des digestifs tardifs sur
la terrasse du Café 203 accompagnent les aventures
marocaines de Duchesse et Super Pénélope à
Essaouira. Pénélope sourit : "Duchesse,
c'était un peu la reine d'Angleterre là-bas :
elle se baladait avec ses babouches à paillettes et l'éventail
fucshia pour se faire inviter à boire du thé par une
cohue d'autochtones dragueurs." Après trop de verres
pour rester droit, nous listons nos amants actuels et à venir.
Clignez des paupières. Un petit matin dans une cage à
sexe de La Jungle étale mon short sur les chaussures.
David lèche mon corps déjà salé par
deux amants sans colorant vite consommés. L'excitation engage
le jeune homme à m'inviter dans son lit pour "du sexe
sous stupéfiant ultrasensible". Pas envie d'artifices
en temps de petite forme. L'intérêt d'une drogue est
l'amplification et non l'amnésie. Je rejoindrais néanmoins
David, un soir de pleine lune, pour une partie de genoux pliés
et baise sauvage. Clignez des paupières. Un pique-nique nocturne
sur une plage à galets de Miribel agite les feuillages des
bosquets lointains. Des ombres passent. Des hommes chassent. Christian
vide une bouteille de rosé avant de plonger nu dans l'eau
noire. Une collerette de petites vagues blanches menotte chaque
morceau de sa peau émergée hors du bassin. Avant la
nuit, Frédéric Sicre refusait toujours de feuilleter
le dernier Voici, lecture de farniente succulente et indispensable
pour un été de glande. "J'ai hésité
à acheter le 20 Ans et là je regrette. C'est tout
de même un must de l'été" en rajouté-je
dans un état de plagiste écervelé. Clignez
des paupières. "Strange dear but true deal. When I am
close to you, dear, the stars feed the sky. So in love with you,
am I. Even without you my arms thought about you. You know darling,
so in love with you, am I" enveloppe mon cerveau, d'une voix
cotonneuse et douillette, Ella Fitzgerald lorsque l'orage fait courir
les passants effrayés. Un vent fort cogne ces citadins soulagés
par la pluie promise et de gros lézards électrifiés
descendent du ciel pour ramper sur les toits d'immeubles brûlants.
L'averse gratte aux fenêtres et m'immerge dans ces pensées
stériles : quel intérêt d'avoir au moins
trois ASSA (amants sans suite amoureuse) par semaine si je n'en
tire aucune satisfaction ? Est-ce afin de me prouver que je
peux séduire et être attirant ? Est-ce que posséder
l'autre sexuellement permet de croire que l'on possède l'autre
en entier ? Non, et encore non. Pourquoi, lorsque l'on est
en amour avec son désiré, la belle histoire à
deux finit par lasser ? Pourquoi, lorsque l'on est heureux
solitaire, arrive le temps où l'on ne veut plus de cette
liberté égoïste ? Peut-être parce
que tout a un début et une fin. Oui, peut-être. Fermez
les paupières pour un rêve étrange : je
croise un vieil homme au teint gris et baladant un regard vide dans
un grand magasin. Je le suis dans les toilettes d'un café.
Là, je le plaque contre un mur peint en rouge et mon corps
entre dans sa peau dans un râle de soulagement.
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| MERCREDI 27 AOUT
2003 _ #240 |
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Célibataire
désarmé
Dans
quelques jours, lorsque le creux des vagues se gonflera et m'entraînera
dans un flot de mondanités et insanités nocturnes,
j'oublierai la déshérence qui marque ce mois d'août
neutralisant. J'oublierai cette solitude de célibataire qui,
dans le faux-existant à haute température, me questionne
trop. Clignez des paupières. Pour bientôt, je touche
l'âge du Christ. Je suis rassuré car vu la gueule que
le messie penchait sur sa croix, j'ai plutôt fière
allure. "Oui, mais il n'était pas dans une position
très confortable sur son morceau de bois. Et puis, il avait
aussi pas mal bourlingué avant", blasphème Élodie
Bouesnard. Vendredi, la voiture
serpente le massif du Vercors et la ravissable potière ajoute :
"Être trentaine célibataire n'est pas mortel".
Non, mais quand même. Dans le rouleau compresseur social où
mes congénères expérimentent et s'amusent de
20 à 30 ans, puis se couplent, se marient, enfantent et planifient
une carrière professionnelle supposée solide avant
de tranquilliser en pantoufles et décideurs au virage de
la quarantaine, être un adolescent à 33 ans fait tâche.
Certains prétendront que "chacun construit sa vie indépendamment
des autres : il n'y a pas de règles imposées".
D'autres tomberont dans le lieu commun d'un "mais rien ne dit
que ceux qui sont en couple avec, ou sans, argent et enfants vivent
heureux". Pourtant, je me sens évoluer dans un monde
qui veut se rétrécir au fur et à mesure que
mes cheveux prennent du gris. Tout se passe comme si d'un immense
champ relationnel où je me cogne avec plaisir à des
électrons libres, je tends à ne devoir traverser que
de petits cercles renfermés et aux modes de vie très
proches : les couples se restreignent à des binômes
siamois ou n'inspirent pas le célibataire à tenir
leur chandelle molle. Les parents échangent les soucis scolaires
de leurs rejetons entre parents et ne montrent plus d'intérêt
pour leurs vieux copains fêtards. Les post-ados considèrent
les trentenaires (et plus) comme des "vieux cons". Les
trentenaires (et plus) pestent contre ces "jeunes cons"
de post-ados. Ce vieux et mauvais dicton "qui se ressemble,
s'assemble" se vérifie indéfiniment. Ces associations
d'affinités, toutes banales, me perturbent aujourd'hui. Clignez
des paupières. Samedi,
nous marions Céline et Franck dans la pure tradition de la
robe à traîne et du jeté de riz à la
sortie de l'église. Franck, frère de sang, est un
de ces amis avec lesquels le temps et l'éloignement géographique
commutent votre esprit dans la nostalgie débile. Nous n'avons
plus grands instants à partager. Même son mariage ne
me dit rien. Mais je l'aime encore et notre passé commun
se recompose aussitôt en une amitié de survie. C'est
le plaisir de ne pas perdre. Perdre semble parfois nécessaire.
À défaut de quoi, j'ai souvent le goût de cette
crade et épaisse salive à n'être plus qu'en
réaction, et non en action, avec ces proches qui filent sur
un chemin que je ne voudrais jamais emprunter. Combien sommes-nous
à maintenir une relation sous perfusion de soirées
ternes ou coups de téléphone silencieux dans l'unique
but de croire que l'on Possède toujours ? On peut se
dire que la relation n'est pas, à une période donnée,
en phase et que le futur nous rapprochera de nouveau, différemment.
Mais dans le présent, à quoi bon tenter de se convaincre
que rien ne meurt ? Clignez des paupières. Dans la bâtisse
pré-nuptiale, nous faisons un tour des tables des convives
en cours de drunkization générale : Madame et
Monsieur A, parents du nouvel époux, ne se parlent pas. Cela
fait des années que Papa trompe publiquement Maman qui serre
les dents pour faire tenir les apparences d'un mariage heureux.
Mademoiselle A, leur fille maladive et le regard sombre et éteint,
est maquée avec Monsieur B. qui inspire le bâillement
automatique. C'est avec elle que j'échangeai mon premier
baiser de gamin sexué dans le champ de maïs de mes grands
parents. Elle fut mon premier amour. Elle sera ma première
déception. Ce que semble être sa vie aujourd'hui m'attriste.
Elle mérite mieux. "Il doit bien y avoir un pédé
dans les invités. Tu as trouvé un mec avec lequel
baiser dans le gîte cette nuit ?", interroge Élodie
avant que je ne l'enlace pour danser en free-style La Carioca de
Les Nuls. Clignez des paupières. Dimanche,
les pieds dans la piscine avec Lolosodo, nous mettons un terme à
ma perturbation de célibataire désarmé en buvant
des sangrias. Des noceurs agités et à demi-nus se
poussent à l'eau. Des gueules de bois sortent des chambres
et s'accrochent à l'anse d'une tasse de café. En fin
d'une journée si douce, la puanteur de l'entrée de
Lyon nous ramène dans l'urbain quotidien. Demain, la rentrée.
Fermez les paupières.
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| MERCREDI 3 SEPTEMBRE
2003 _ #241 |
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Zee
magnificient truth
Le
pavé blanc sur l'écran de mon Imac attend que les
touches du clavier le noircissent de signes. La semaine écoulée
m'a grippé à soigner un coup de froid qui assomme.
Si peu de sorties effectuées que je cale à cligner
des paupières. Alors qu'écrire ? Régler
quelques comptes avec mes ennemis ? Déclarer ma flamme
à mes amours éternelles ? Inventer du faux ?
Avant que nous attachions ensemble nos vies, Super Pénélope
pensait que Nuits Mobiles était une pure invention d'un chroniqueur,
frimeur bien propre sur lui et à l'imagination fertile. Ce
n'est pas la première lectrice à m'avoir tordu un
peu plus les dents dans cette interprétation de ce qu'elle
aime pourtant lire. D'autres y sont allés(e)s en négations :
"Je n'y comprends rien mais je lis quand même" ou
"Tu enjolives la nuit : Lyon est une ville triste",
voire "Tu détournes une réalité et utilises
les gens que tu croises pour servir un texte littéraire".
Ces "retours" en griefs et flatteries ne m'interrogent
jamais sur la teneur de mon écrit. Je me fous du lecteur
qui parcourt cette rubrique hebdomadaire. Je ne le connais pas et
ne pense jamais à lui. Nonobstant, il me rappelle parfois
à la réalité du rédacteur qui diffuse
sa vie chaque semaine dans ce journal : une nuit, une certaine
Valérie m'empoigne à La Marquise et me raconte
la sienne et l'admiration qu'elle me voue. C'est forcément
gênant. Un petit matin, un homme me brosse : "J'ai
découpé et rangé ton dernier article tellement
c'était beau". C'est gênant. "Écris
un livre", relancent souvent de fidèles lecteurs. C'est
toujours gênant. Il y a aussi ceux qui ont l'habitude d'être
"droppés" dans cette colonne et pensent que dévoiler
une partie infime de leur vie peut les faire basculer dans l'horreur.
J'abuse. Mais ils abusent. Combien de lecteurs lisent ce texte à
cet instant ? Impossible à savoir. Il y a aussi ceux
qui me connaissent et s'évertuent aux excès nocturnes
pour être "name-dropped". Clignez des paupières.
Je me fous du lecteur. Parce qu'il n'y a pas un lecteur-recepteur
qui ne ressemble à un autre. Parce que je n'ai pas envie
de faire plaisir à quelques-uns. Parce que je n'ai pas de
"cibles" comme les quincailleries médiatiques les
définissent aujourd'hui. Alors, pourquoi déballer
ma vie ici ? "Cela doit vous être d'une utilité
thérapeutique un peu comme un journal intime", croyait
savoir un confrère traînant ses névroses au
comptoir du Medley. Je suis un peu malade des pensées
comme tout un chacun mais fréquentais, chaque mardi soir,
une psychiatre tout en écrivant ici. Pas de quoi encombrer
ces colonnes pour me soigner. Clignez des paupières. Je suis
fils d'ouvriers, petit-fils de paysans et originaire d'un de ces
trous du cul du pays qu'affectionnent les Jean-Pierre (Pernaud et
Raffarin) populistes. La ville est mon espace et le village, ma
désolation. Voilà pourquoi j'écris. L'urbain
me happe, me bouffe et j'en redemande. J'aime Lyon tel le campagnard
de souche qui découvre l'existence d'un escalator à
l'arrivée du train dans la "grande" gare. J'aime
cette ville parce qu'elle m'apporte ce qui m'est vital : de
la nourriture artistique et de la boisson humaine. Je vire rapidement
à la moquerie ou la méchanceté lorsque je croise
ces "notables" qui voudraient être "tendance"
(sic pour ce sale mot qui tache les doigts) et s'imaginent "parisiens"
(re-sic). Ils me paraissent avoir plutôt les pieds à
l'étroit dans la bouse d'une basse-cour. Les quelques médias
qui s'intéressent à la vie nocturne adorent les basses-cours.
Ils s'engluent dedans avec délectation et prétendent
faire ainsi du "people". Voilà pourquoi j'écris.
Pour jouer le rôle d'un missionnaire prétentieux qui
espère laisser, dans les archives du textuel, une trace autre
que celle d'une bimbo accrochée à son sac bon marché
et souriant pour un instant sans saveur devant l'objectif d'un photographe.
J'ai l'arrogance d'être le seul rédacteur lyonnais
à sortir la Nuit telle qu'elle peut se déchiffrer
dans ces colonnes avec la bénédiction (d'indifférence ?)
de mon directeur de publication adoré (l'homme sait se faire
aimer et manipuler votre attache). Mais je suis pris, à répétitions,
par les doutes du pigiste qui se sent un peu seul dans son entreprise
de diffusion d'une nuit différente. À quoi sert une
telle rubrique dans cette déferlante du "pipoul"
sur papier glacé, du nivellement de l'esprit nocturne à
hauteur de la bourgeoisie oisive ou du trash insensé et sensationnel ?
Je ne sais. Peut-être, rêvé-je de finir journaliste
maudit tel un Alain Pacadis assassiné. Je ne sais. Mais tout
continue. Fermez les paupières sur une chronique poussive.
Ce n'est pas la première et certainement pas la dernière.
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| MERCREDI 10 SEPTEMBRE
2003 _ #242 |
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Startin
season 2003-2004 (Part I)
On
imagine toujours qu'un mois de septembre amène son lot de
nouveautés fraîches et prêtes à inonder
nos chemins nocturnes. Alors, on fouine. Puis, on questionne ses
indics, les patrons de bars, les serveurs dans l'espoir d'une piste
aux étoiles naissantes. Et puis, on déchante un peu.
Cependant, la rentrée est bien là et se cabre drue,
dès cette semaine, sous le signe de l'art contemporain et
de sa Biennale.
Bars
d'art et cie. Du 18 septembre
au 4 janvier 2004, C'est arrivé demain prend
ses quartiers au musée d'Art contemporain, au palais
Saint-Pierre et à la Sucrière. En éclaireur,
Résonance, édition "off" de la manifestation
internationale, investit galeries et bars de la ville. De nombreux
critiques prédisent une édition 2003 de la biennale
exceptionnelle (ce qui n'est pas un pari risqué au regard
de l'hyper-médiocrité qui plombait Connivence). En
attendant l'appréciation in situ et visu des expos "officielles",
Rendez-vous se vernira ce jeudi 11 à la galerie des
Terreaux avec les jeunes art-stars européennes montantes.
À quelques pas et le même soir, La BF15 risque d'épater
la galerie avec l'aéroport à pigeons voyageurs de
Yann Toma dès 18h. Au Modern Art Café, David
Cantéra s'associe à cette Résonance avec
Personne Ne Remplacera Mike Brandt de Frédéric Pénimon.
Mélangeant sculptures crypto-spatiales et vidéos d'actualités
1900, le vernissage aura lieu ce mardi 16 dès 18h. La
seule nouveauté drunkizante estampée "Biennale"
sera l'abordage du Café Sur l'Eau de La Biennale de Philippe
Chavent au pied de la Sucrière dès le 18 septembre.
Ouverte tous les jours (sauf le lundi) et jusqu'à mourir
de rire les nuits de week-end, la péniche devrait proposer
non pas des événements arty mais "des soirées
pas trop sérieuses, drôles", dixit le maître
de lieu.
Gay
pas friendly. Il fut une époque
où sortir dans les bars "homos" était, en
sus d'une ambiance de folie, un bon moyen pour se bourrer la gueule
beaucoup moins cher que chez les confrères "hétéros".
Depuis notre euro-conversion, ce n'est plus le cas. En tête
du : "Il a une calculette qui déraille", La
Chapelle, disco de la montée de Choulans pour boutiquiers
et pintades engraissées du qualificatif "fashion",
fait grimper l'addition au comptoir d'un 7 euros pour un verre de
vin. Le 10, de Jacques Haffner, hausse également le
jeton d'entrée dans le gosier avec une petite bière
à 5 euros en semaine (pour 4 euros en week-end).
Il faudra expliquer aux clients de ces lieux ce que ces disco-bars
apportent de plus en services et animations.
Gay
trop friendly. Quelques bars ont
profité de l'été pour ripoliner leurs murs
(l'Lax Bar et le 10). Nous attendons toujours que le DV1
(ex-Village-Club) s'équipe d'un système de
ventilation décente tout comme Le Medley, d'enceintes
qui ne nous anéantissent pas les tympans en dix minutes.
Clignez des paupières. Le blockbuster gay de la rentrée,
voué au succès obligé, se nomme River Boat.
Amarrée au 2, quai Augagneur, la péniche ouvrira sa
terrasse bar-déjeuner et sa cale à danser ce vendredi
19 septembre. Au programme, déjeuner au bord du Rhône,
apéritifs avec tapas et nuits ouvertes jusqu'à 1h
du matin afin de respecter la période "test" préfectorale.
L'événement certifié et vital de la rentrée.
La
revanche de la Rive gauche
Alors que les Pentes de la Croix
Rousse se sclérosent dans un statu quo vaillamment défendu
par la mairie et surveillé par un nouveau poste de Police
(rue Coxevoy), les nouvelles de comptoir se font rares sur le territoire.
Le Jardin Extraordinaire (4, rue du Jardin-des-Plantes) s'accoude
tout près du Kiki Kaïkaï et La Note, nouvelle annexe
du Matchico (montée de la Grande-Côte), invite les
coupeurs de faim à souper pastas et pizzas jusqu'à
minuit. Clignez des paupières. Le nouveau quartier nocturne
de l'Opéra (rues du Garet et avoisinante) devrait, avant
l'hiver, se voir grossir de l'Épicerie du Soir des frères
Cédat (Café 203) et d'un changement de propriétaire
au Funambule. À quelques rues parallèles, Jean-René
devrait raffermir et rendre vital les stationnements au Campbell
(rue Neuve). Clignez des paupières. C'est sur la Rive gauche
de Lyon que tout devient Nouvel Eldorado pour noctambules :
Cet automne, La Marquise devrait quitter les flots du Rhône
pour un relifting général et un changement de gérant.
La qualité de la programmation ne devrait pas en pâtir
au regard du présumé repreneur (un deejay sensible
et aimable) que les vents de couloir soufflent. Toujours sur le
fleuve, Le Sirius décolle et prend du grade. Les pieds au
sec, le collectif Dopebase invite, chaque premier vendredi du mois,
les dilletants à ses Freedaes mensuels au 8, rue Chaponnay
(quartier Guillotière). Le Carré Café vient
d'ouvrir sur la rue de Marseille dans une ambiance de café-comptoir
musicalisé par les mixes enregistrés de Manoo et deejays
apparentés à L'Ambassade. Le 22 octobre,
Poivre et Sel ralliera les amuseurs-amusés de la ville au
20, rue de la Rize (toujours quartier Guillotière). Fermez
les paupières sur à cet Est de l'Eden.
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| MERCREDI 17 SEPTEMBRE
2003 _ #243 |
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Night
Fight
Mardi,
Nathalie Cayuela défigure La Chapelle lors de la soirée
de lancement de Francom. Presse. Aux habituels frimeurs du lieu
succèdent, pour un soir, des convives amusantes, drôles
et bavardes. Jacques Haffner introduit Claire Carthonnet
comme nouvelle ambassadrice de son club qui attire sur son corsage
nombrilien le verbe de Denis de Mongolfier. Robert V se moque du
"vacherin" en coiffe sur Lady Wonder et la tacle en sourire :
"Et tu trouves que Jean-Louis Tourraine est bien habillé ?
Tu as vu son costume ! ?" Après deux bouchées
et quelques salutations, Marie Charlotte me présente un publicitaire
pour PMR (Personnes à Mobilité Réduite) et
Édouard, jeune Forrest UMP, qui prétend "(avoir)
une grosse queue, je vous assure". Clignez des paupières
sur un cocktail de rentrée haut de gamme. Un comptoir d'aérogare,
équipé de ses chariots et pèse-bagages, agglutine
les faux voyageurs. Horaires et destinations défilent sur
le flight board et deux agents de l'air filtrent les curieux derrière
un portique d'embarquement pour l'étage de la galerie. Jeudi,
La BF15 vernit son Airport avec pigeons voyageurs dans les starting
blocks et piste de décollage en visée sur le palais
Saint-Pierre. Je ne sais pas si l'initiateur du projet, Yann Toma,
considère cette installation comme une uvre d'art mais le
visiteur a plutôt l'impression de planer dans un jeu d'enfant
basique : virtualiser un espace (cabinet de médecin,
boulangerie) dans une seule pièce et "faire comme si
tu étais". Cette madeleine régressive digérée,
l'exposition ne présente aucun intérêt. Clignez
des paupières. "Intéressant", voire "très
intéressant", se répète à l'emporte-pièce
exposée de tout vernissage d'art. L'expression sauve le "savant
visiteur" d'une "mauvaise" interprétation
de ce qu'il croit percevoir à travers l'uvre, ou l'objet,
qu'on lui tend. Au vernissage de Rendez-Vous (Galerie des Terreaux),
Cruz Poutre détecte "toute la jet set des Pentes"
avant que Gérard Collomb et ses adjoints slaloment
d'une salle à l'autre. À l'entonnoir pour bellâtres,
nous repérons un bon filet de jeunes hommes "vavavoum"
bien plus excitants que les artistes installés. Rodolphe,
visage magnifique et déjà harponné à
la BF15, se fait aligner par Robert V : "Ta tenue de plombier ?
C'est la mode du moment ?". Julien (photo) m'éloigne :
"Ce soir, je ne suis pas escorté par ma copine. Pour
autant, évite de me draguer". Nous tournons dans Romance
de Virginie Polanski, backroom blanche au plafond rose entêtée
d'un sample de "Je t'aime moi non plus". L'installation
aurait pu atteindre le septième ciel si elle s'était
simplifiée : son côté bricolage fugitif,
radiateur et petits déchets roses arrachés compliquent
l'intention fast-sex du dédale. La Fake Bomb de Mark Bain
explose comme la pièce la plus marquante de l'exposition :
une bombe "hypersonic" à porter en sac-à-dos
et à dégoupiller par appel téléphonique
sur un mobile-déclencheur. L'idée tueuse de l'artiste
est que l'on puisse s'entraîner à vivre au milieu de
bombes humaines "factices". Malin et atomique. Clignez
des paupières. À La Sucrière, le dîner
donné en suite du vernissage attable ses invités alors
que je joue le no-dj, passeur obligé d'une musique à
faibles densités pour un lieu à l'acoustique infâme.
Dans mon épreuve, Henri Parado viendra me soutenir d'une
discussion de passionné en early hip hop et d'un verre de
vin avant de cligner des paupières. "Tu veux un coup
d'absinthe ?", se relève ASSA 48 après m'avoir
tiré l'entrejambe jusqu'à soif dans l'ombre de La
Jungle. Sexe tendu, je goulotte une pleine gorgée de
l'alcool qui rend fou. Le joli et passablement junké replace
la bouteille dans sa veste. Il ouvre un regard à part, très
à l'écart de ces banalités sexuées.
Un écorché qui se saigne. Je m'imagine vivre une histoire
amoureuse commune en liaison directe avec la destruction par excès
de tout et manipulation cynique de tous. Clignez des paupières.
Samedi, Super Pénélope
me convie à la présentation de la Battle Hip Hop,
défis de danse à suivre en soirée sur la place
des Terreaux. Dans l'Amphithéâtre de l'Opéra,
nous dilatons nos pupilles sous l'effet des figures de breakdance
résumées par les Pokémons. Clignez des paupières.
Z2 s'échappe après quatre flûtes de "je
ne sais pas ce qu'ils nous font boire mais, au quatrième,
je suis presque bourré" et enfourche son vélo,
"un Motobécane, 10 vitesses". Au 10, Reine
Claude a sorti les bijoux de famille pour son cinquantième
anniversaire. "Elles sont belles. N'est-ce pas Bébé ?",
reclique-t-elle ses oreilles de sa rivière de faux diamants.
Marie-Stéphane et Super Pénélope échangent
sur le thème générique "amours et bébés"
et je me tords les boyaux à la vue de Lynx et Patrick,
deux amours impossibles en sérieux copinage. Au Medley,
le "n'importe quoi" nous emporte : Marie Stéphane
roule des bras sur Claude François. Super P. me frotte
sur Beyoncé. Claudius lâche Catherine A dans l'arène
sans inquiétude de dérive incontrôlée
de la belle. Alain s'allongerait bien dans mon lit pour me buccoler
mais se fatigue d'un "tu habites trop loin". Fermez
les paupières.
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| MERCREDI 24 SEPTEMBRE
2003 _ #244 |
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Adventures
beyond the ultraworld
Sur
un fronton brodouaisien, des ampoules blanches s'agencent et éclairent
des "happy hours" pour happy fews. Mardi,
la Biennale d'Art contemporain sert son dîner inaugural sur
la terrasse de la piscine du Rhône. Artistes exposés
barbotent au milieu d'institutionnels et abonnés mondains.
On éprouve toujours un extrême bonheur à se
pavaner au bord des bassins d'eau sous ce thorax bétonné
splendide. Même si Vincent Carry devise avec justesse :
"Cette soirée n'est pas partie pour être très
festive". Quelques-uns débattent sur la venue ministérielle
(antidatée d'un jour) de Jean-Jacques Aillagon et
analysent l'événement microscopique : "Il
craignait les manifestations d'intermittents lors de l'inauguration"
se coagule avec : "Les caciques de l'UMP ont du le piloter
pour faire chier Collomb". Un peu à croc, le maire confiera :
"S'ils (Perben & Forrest UMP, ndlr) me mettent la pression
à trois ans de l'élection municipale, qu'est-ce que
cela va être pendant la campagne ?" Clignez des
paupières. Patrice Béghain prétend qu'il
n'est pas d'humeur exécrable lorsqu'il dirige sur moi un
peu amical : "J'aime la connerie humaine et la beauté".
Super Pénélope s'emballe pour l'organisation
d'une soirée haute en fantasmes au Café sur l'eau
de Philippe Chavent. "Régine a fait la même
fête à Saint-Tropez. La preuve que c'est au sommet
de la mode", argue-t-elle à pleine gorgée de
bière lorsque Claudius (photo) se gargan-tue de saucisson
aux lentilles. Plus je bois, plus je regarde les pieds de ces invités
trop calmes. Puis fatalise : "Ils sont un peu ringards
les arty. Entre ceux qui traînent toujours en Converse et
ceux qui ambitionnent la Stan Smith, personne n'ose l'avant-garde
de la basket à double velcro". Nous clignons des paupières
au bar de la Tour rose où j'éteins une cigarette à
côté d'un verre final de Martini dry. Mercredi,
le Tout-Lyon s'empoussière les mocassins sur le quai Rambaud
pour l'ouverture de la BAC à la Sucrière. Michel Noir
surtaille la foule de sa silhouette de colosse et fait rire Jean-Paul
'forever young' Brunet : "Regardez, Guy Darmet
paraît tout petit à côté de lui".
Kanardo Family s'entretient d'un projet secret avec Guy Walter,
intrigué par le velours épais écourté
sur les chaussures gavroche de François Verdet. Clignez des
paupières. Après l'entrée dans le silo d'accueil
du site, Philippe Auchère pose pour un cliché dans
les toilettes. Super P. s'amuse dans la vigne dansante de Piero
Gilardi pendant que je me fais happer par le mur à pixels
de Tim Head, particules infimes à synapser la contemplation
et l'imaginaire infini. En étage, deux écrans forcent
un sourire gêné par l'étrangeté de l'irréel :
les avions d'Hiraki Sawa envahissent un appartement et une cage
d'escalier pour favoriser notre paranoïa. Nous courons dans
toutes les salles avant fermeture. Clignez des paupières
au Café sur l'eau où Catherine A. drive
avec poigne Frédéric Sicre, en serveur-pro
("Je suis sûre qu'il a trafiqué son CV",
s'envenimera-t-elle sans sérieux), et Claire Carthonnet,
en escort girl de charme. Jeudi,
Françoise Rey et Olivier Angèle pénètrent
dans un cabaret à putes, bas fonds coupe-gorge et realistic
reconstitué à la Villa Gillet. De vieux téléphones
tentent de se faire une place sur des tables encombrées de
peluches, entrejambes en greffe avec des ballons capotes. Dans ce
merdier qui suinte le malfamé (ou l'affamé sexuel)
se font attendre les Frigos de Copi, mis en scène
par Gilles Pastor. Ensuite, tout va très vite. Jean-Philippe
Salério nous surprend par-derrière, par-devant, par
la bouche, par les yeux lorsqu'il ne se fait pas sodomiser par un
éléphant bleu sous stroboscope ou que, réincarné
en chien qu'il (qu'elle) aurait pu être, il ne lève
pas la patte sur un spectateur. Par son interprétation affolante
et en veuf-empoigneur de personnages pluriels, le comédien
nous allonge à nous faire demander qu'elle est notre réalité,
notre définition sexuelle, notre identité. Le questionnement
est soutenu par les séquences dansées par Kiki, travelo
orientalisé fabuleux et habité d'une ambiguïté
généreuse et paisible. Clignez des paupières
sur une pièce trop sexuée pour en devenir obscène
et négligeable. Vendredi ouvre le River Boat (2, quai
Augagneur), nouveau disco-bar gay et petite merveille de décoration
sobre et minutieuse soit une certaine idée du chic. Si les
chefs à bord ne visent pas une clientèle "branchouille"
(tant mieux), tous les embarqués du premier soir semblent
plus qu'enjoués. Clignez des paupières au Motor
Men Bar dans un clapier souterrain où deux saints se
disputent une prière salivante à mes pieds. Samedi,
Adventures Beyond the Ultraworld, album classique et vital
de The Orb, se répète dans ma carcasse fatiguée
avant de finir cette lourde semaine à la Maison de la
Danse. Corps est graphique de la compagnie Käfig dévisse
ses danseurs costumés en vis sans fin qui sursautent dans
des figures hip hop rageuses avant de les amener à s'accomplir
dans des élans gracieux, malins et amuseurs. Fermez les paupières.
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MERCREDI 01 OCTOBRE 2003 _ #245
SPECIAL
CINQUIEME ANNIVERSAIRE
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Mercredi
30 septembre 1998 (n° 191), débutait l'édito
Parcours de Nuit qui se renommera Nuits Mobiles dans l'édition
n° 206 de Lyon Capitale datée du 20 janvier
1999. À l'occasion de ce cinquième anniversaire, les
lectrices et lecteurs de cette rubrique ont été invités
à répondre à la question suivante : Quel
est, ou sera, votre plus bel instant nocturne ces cinq dernières
années, ou les cinq prochaines ? À cette interrogation
présente (et future), une galerie de réponses :
C'était
une de ces soirées brumeuses et légères qui
commencent n'importe quand et finissent n'importe comment. Nous
avions échoué dans un Bec de jazz correctement enfumé
et nous nous languissions en attendant l'instant. Un ange s'est
posé à notre table. Drôle d'ange. On ne savait
pas d'où il venait ni ce qu'il faisait là sauf qu'il
avait besoin d'une cigarette et de quelques gorgées de bière.
De quel sexe sont les anges ? Cette nuit-ci, lui avait choisi
d'en avoir deux. Il nous a frôlé jusqu'au sommeil de
l'aube avant de s'envoler en rougissant.
L'Ange par Lady W.
Le
plus bel instant nocturne, je le garde pour moi et pour celui avec
qui je l'ai amoureusement partagé. Nonobstant, il en fut
un des plus intéressants. Ce fut de voir Baptiste Jacquet
se faire turluter à la Jungle par un garçon goulu.
Ainsi, les écrits du sieur si bien sucé s'accordaient
à la réalité. Fellation s'entendait naguère
d'autres manières : "tailler une plume", "tutoyer
le pontife" (ou poncife dans le cas de l'imp(r)udent Jacquet(te)).
On sait donc où le téméraire trouve son inspiration.
Reste à l'observer se faire enculer afin que la réalité
dépasse la fiction.
Guillaume Tanhia
19h42
Sofitel : "Tu me fais penser à Pacadis".
21h31 Chats Siamois : Z2 hurle "The President of
the USA". Envie de l'étrangler. 22h22 La Ruche :
Baptiste s'expose. Son père, sa mère. Trou noir. 23h57
Mi Mots Arts : Jean-Marc s'attaque à 10 kg
de moules. Tartine raconte ses premiers émois de masturbation.
1h56 Le 10 : Sara perque ti amo ? 3h18 Caserne
Saint-Louis : En extinction d'incendie, jeu de piste avec les
pompiers, orchestré par Robert V, pour retrouver Théo.
4h55 Medley : Beyoncé. 5h43-Portable en
vert fluo. L'ange de mes nuits : "Good_nite my Super P".
Super Pénélope
La
nuit s'ouvrira. Nous la verrons chacun d'une des deux extrêmités
de la hype. Super P. dopée nous rejouera Born on the
13th of July. Vous deux parlerez, je théoriserai. Plus tard,
vous remarquerez "qu'il est pas mal, ce mec, là" ;
vous fondrez pour/sur lui. Moi, je serai ému par quelque
pimpo qui n'aura pas votre faveur (aurai-je les siennes ?).
À l'heure où tout est possible, la nuit est belle
de ses promesses. Parfois, de plus, elle les tient.
Mathieu
Que
vois-je dans cette rue sombre du Marais ? Un Libanais tout
poilu avec un Malgache bien remonté(e). Cocktail explosif
pour soirée explosive ? On s'invite à un énième
apéro pour ensuite prendre la Mini toute polie avec Sheila
à donf ! Ce "Medley" en espace réduit
nous a tellement excités que l'intégration à
l'ambiance du Village-Club nous est facile. Looks militaires, BCBGs,
poilus pipelets et travelos bourrés se cherchent, rient et
dansent dans cette cage gazée de poppers et cigarettes. Ma
main tombe sur son torse compacte et doux.
Anonyme
J'aimerais
ne plus rater tes anniversaires (3 ans de suite) et ceux de Primabella
également. J'adore te servir d'appât même quand
tes proies sont à la limite du "beauf". J'aimerais
que tu ne rates pas mon anniversaire, le 27 octobre. J'ai adoré
que tu m'embrasses avec fougue pour me sauver de plans drague hyper
lourds. J'aimerais que mon Homme me vole la main pour de vrai. J'ai
adoré que tu me présentes mon Homme.
Laconque
Le plus bel instant nocturne Mais c'est
ce soir, forcément ce soir ! Ce p'tit brun webcamé
tout à l'heure, trapu, poilu léger et son trip "visite
des caves de la Presqu'île" hmmm ! Et si ce n'est
pas ce soir, alors ce sera demain, ou samedi, ou dans un mois. Mais
le prochain instant magique sera forcément encore mieux,
encore plus house, plus friendly, plus sex ! Bon anniversaire !
Ab & Fab (tapiole.com)
addicted for life aux beaux instants nocturnes
Ce
n'est pas la plus belle photo que j'ai d'elle. C'était la
nuit de mes trente ans, sous la voûte du Since. Je ne me souviens
pas de la musique sur laquelle elle dansait. Ses mains sont frêles,
son petit blouson est presque encore trop grand pour elle. Son bras
est levé, elle passe sa main dans ses cheveux, se recoiffant
dans un geste qui lui donne toute sa féminité. Elle
va déjà mieux. Son sourire en dit long. Je la connais
depuis dix-neuf jours. Je sais que je vais l'adorer. Elle s'appelle
Charlotte.
Petit Poucet
Un
de mes plus beaux souvenirs nocturnes musicaux restera ce petit
mix improbable et aventureux, avec 3 Mai et le saxophoniste
Jacques Helmus, à la Marquise lors d'une soirée organisée
par tes bons soins (bon, je sais on va dire, y fait d'la lèche,
enfin j'me comprends...), merci donc à toi ! Bises et
à Tobien !
Jac Perrichon (3 Mai)
Remerciements
aux rédacteurs de ces instants nocturnes ainsi qu'à
Claire, Super Pénélope, Mon Épouse,
Christophe Boum, Z2 et Le Bimb (photo) pour m'avoir
ouvertes grandes les paupières et surpris, appris et tant
donné.
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| MERCREDI 8 OCTOBRE
2003 _ #246 |
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Si les intermittents de l'amour faisaient
grève
Un damier de curs rouges lumineux presse
une vapeur rouge vivante et chaude sur de larges canapés,
un lit encoussiné et des fauteuils crapauds en plastique
rose translucide. Le 10 inaugure, mercredi,
sa nouvelle salle sexy et enivrée d'une atmosphère
hédoniste. Claire Carthonnet reçoit ses invités
dans une tenue de lionne vavavoum et crêpe sa crinière
de mèches châtain clair dans l'air du temps capillicole.
Elle trinque en compagnie de Victor Bosch, Jean Flachet, Fred D. ou
Guillaume Tanhia. Super Pénélope baille.
Jean Paul Brunet nous réveille de ces instants où
le show off, et son posing raide, nous pousserait volontiers à
des écarts impolis. Voilà le désagréable
du lieu : ce côté "branché" forcé
et rigide qui casse tout le sexy, très mid-90's, réinventé
par Jacques Haffner. Clignez des paupières. Le mari,
le visage cisaillé des premières rides, tient les
doigts bagués de sa vieille mère. La femme, belle
et en bleu traditionnel, endimanchée, roule sa plus jeune
fille dans une poussette 4x4. La plus grande enfant porte un bijou
de famille trop lourd pour l'âge de ses os. Jeudi,
les bonnes familles et cathos poussiéreux se prennent les
pieds dans le Tapis Rouge de la rue Auguste-Comte. Je longe rapidement
la rue des antiquaires avant de regagner le Campbells pour le cinquième
anniversaire de Nuits mobiles. Gilles Pastor sourit au présent
de star offert par Jean-René : Un Chanel N° 5
"de circonstance" qui amusera également Vincent
Carry et Jean-Alain Fonlupt en navette entre le petit
bar et la fête du Grand Café des Négociants.
Clignez des paupières. Delphine et Nassaboy, Estelle
Desplaces et Raph, Marie et Jacques Perrichon, Valérie
et Raphaël Ruffier, les M & Ms, Mon Épouse
et Cruz Poutre défilent en amoureux pour me faire monter
dans le surdosage éthylique. Z2 branche son rétroprojecteur
et hurle : "Qui veut faire une soirée diapo
de mes vacances en Bulgarie ?" Le Carré d'Or
part s'éponger au Balmoral lorsque Dj Arnie réconcilie
Marie Rigaud avec le psychédélisme de l'acid-house,
revival musical actuel : "L'Acid joue avec la modularité
des sonorités. Des graves, très sombres, aux aigus,
joyeux, vous voyagez dans les sentiments et l'imagination".
François Kanardo Verdet nous donne rendez-vous
à l'exposition de Thomas Canto, au Buldo, ce jeudi 9,
tandis que Philippe Moncorgé insiste pour que l'on
tombe dans l'ennui de l'espace VIP du Grand Prix de tennis de Lyon
où "j'ai accroché des toiles de Terres Battues".
En fin de nuit, Marie-Charlotte et Julien-Justin nous présentent
à un cheptel de jolis bourgeois, folles des pieds, avant
de cligner des paupières. Tout commence drôlement sur
la terrasse du River Boat, vendredi. La péniche du
2, quai Augagneur gonfle d'une aura ascensionnelle et se profile
lieu en vogue. Mathieu s'embrume dans des considérations
complexes et nous flashgordons à La Ruche où
il s'agitera : "Si les intermittents de l'amour faisaient
grève, vous imaginez dans quel bordel enfin, non dans quel
néant nous serions." Clignez des paupières.
À Luc (United Café), le mathématicien
court après un pimpo lunaire. Je me fais serrer par un amour
impossible qui joue au tourniquet aimanté. Un pôle
attractif : "Je t'aime beaucoup. Je peux te serrer
dans mes bras ?" Un pôle révulsif :
"Ce que tu écris me fais peur. Je suis amoureux
(mais pas de toi, ndlr)". Plus tard, une name-dropped de cette
rubrique m'accuse de toutes les manipulations textuelles et de susciter
des clashs privés. Time Has Changed de Codec And
Flexor me courbe le corps dans une danse échappatoire
à ces tentatives massacrantes : L'un ne peut m'aimer
parce que mes écrits vont trop loin sur ma vie sexuelle.
L'autre pourrait me détester parce que je dévoile
des angles de vies "publiques" qui ne dérangent
qu'eux-et-eux-mêmes et si peu le lecteur dégagé
de ces historiettes nocturnes codées. Envie de me couper
les poignets. Clignez des paupières, allongé dans
le souterrain obscur de la Jungle, un serial fucker en songe sur
mon torse : "Dans un monde où l'on veut éliminer
notre odorat, j'aime cet endroit pour ses senteurs de culs, poppers
et transpiration". Samedi me relève. Les Enfants
Gâtés retrouvent Super Pénélope
et Christian au River Boat. Nous discutons parfums et cosmétiques
avant de souper sous le grand plafond de la Brasserie Georges
et convoquer la direction à l'heure du dessert : "Comment ?
une maison de tradition comme la vôtre ne sert plus sa fameuse
omelette norvégienne à minuit ?" Clignez
des paupières. Au Medley, tout se simplifie en pur
amusement. Mathieu se fait courtiser par un Placingo fabuleux "qui
parle cinq langues" avant de le repousser froidement. Alain
me ferme dans les toilettes et me promet de "faire des efforts"
lors de notre prochaine aventure sexuée. Super P. danse
jusqu'à épuisement et nous aide à faire un
tas dans les escaliers du club. Je questionne les partants :
"Vous voulez bien me sucer, là, maintenant ?"
Denis corrige : "Vous ne voulez pas le prendre en bouche ?"
Fermez les paupières sur des yeux de dessins animés
féeriques.
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INSTINCT NOCTURNE
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Écrit
par Baptiste Jacquet |
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire
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