INSTINCT NOCTURNE

Écrit par Baptiste Jacquet
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire

 

MERCREDI 14 JUIN 2000 _ #088

 

Bonne nuit les petits

Week-end tranquille et pluvieux, où les Libres Ébats se mouillent les pieds à en annuler sa journée dominicale, où la New-Eden Party tabasse le plafond de la rédaction. Rien ne va et même Éric Rug déclare forfait à La Marquise. Seul Julien sert comme un chef une bière fraîche avant que Nicolas Stifter m'entraîne au Fish, volontairement boycotté pendant des mois. Superfunk ne surprend pas et nous filons en terrasse où une nuée de petits bourgeois s'amusent comme ils peuvent : "Allez ! Allez ! lance, lance, la bouteille !". Nous dissertons sur le spectre du pôle nocturne défendu par Marc Chabert qui s'installerait au Confluent voire à Vaise, selon le sens du vent. L'idée d'un centre de concentration de la nuit excentré ne semble guère emballant et même inquiétant. Veut-on permettre à la Presqu'île, ses quais de Saône et les pentes de la Croix-Rousse de dormir en paix en envoyant danser ses clubs dans une ZN (Zone Nocturne) ? Si tel est le cas, cela paraît contradictoire avec la volonté de la Ville de se classer dans les grandes mégapoles internationales, celles où la vie nocturne s'intègre dans la vie diurne. Séparer les deux serait très certainement le coup de grâce alimentant le sale cliché de "Lyon est une ville pépère qui roupille comme son maire". À 23h, Lyon-Centre dormirait sous les éclats de ses monuments illuminés pendant que les noctambules zoneraient dans un Luna park à danser flambant neuf. Que ferait-on de ces organisateurs de soirées ne trouvant clubs à leurs idées de fêtes qu'un Transbordeur trop faste, un Pez Ner et un Rail Théâtre éloignés ou des résidences dans des boîtes de nuits trop sclérosées pour lancer de nouveaux concepts festifs ? La mise à disposition à cette nouvelle graine du nightclubbing de locaux ou salles à capacité moyenne en plein centre semble peut-être beaucoup plus urgente.

Somebody Scream. Samedi, journée locale des lesbiennes et gays, le Transbordeur sera la victime consentante des 7 péchés capitaux de Scream. Gay Priders, G-friendly, gotha local (national ?), fashion victims et house lovers s'enlaceront sur le son de Thomas, Francesco, Switch, G-Rom et Freddy. Vital de la semaine.

Bourgie Bourgie. Mercredi, Le Fish continue sur sa lancée hip hop avec Groove de Là et Cutee B, Akos et le guest du soir, Bob Sinclar sauvagement qualifié de "pionnier de la French Touch" sur le flyer. À ce niveau de révisionnisme musical, Boney M est inventeur de la soul dans quinze jours. Dj Slider invitera ses copains dj Boon, Nyto et Sasha au Waff Bar (rue Neuve). Jeudi, le KKO fait défiler la mode et la lingerie tout en offrant un buffet de plats africains. Urban Metissage s'invitera à La Cour avec dj M et Albert en organisateur. Au Bistroy, Carabeeans Fire Crew Sound System vous la joueront ragga. Vendredi, l'Automatik du Monde à l'Envers permettra aux technophiles de faire la poule (balancement de tête avant-arrière) avec Agoria, P. Moore et Onark. Dans un même mouvement, Le Studio fera sa Tek-Hit avec Kraft, Mister X, Anton'X et Will. Les plus calmes pourront retrouver la chaleur de l'Africa Heritage au Rail Théatre avec Son Del Gazo, Banda Bunda, Macao Capoeira, Sodabi et Manou Nzuli. Samedi, après son passage la veille au Queen parisien, Sandy Riviera des Kings of Tomorrow fera une Pure pause au Fish. Juste à côté, la Marquise invite les québécois Dj Ram et Nic B. Au Fridge, Wake Up Spécial Gay-Parade avec Dj Vas, D-troy et Esteban. Dimanche, La Cour ferme la semaine avec New York Session et Rocco, Manoo, All'N et Cuccino sur le ring des platines.

Regrets. Regret de ne pas avoir assez de lignes pour dérouler le dancefloor de sable au Sonar Festival de Barcelone de jeudi à samedi. Allez y les yeux fermés avec Voyages 4A au 04 78 00 00 00. Regret de ne pas aimer la techno pour étudiants bourgeonnants et de m'abstenir de tout commentaire perso sur la venue des Chemical Brothers au Transbordeur, lundi.

 

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MERCREDI 21 JUIN 2000 _ #089

 

Trop tôt pour un soleil trop haut

Le pas usé par un dîner au VertuBleu suivi d'un verre passé à l'UC, les quais du Rhône s'endorment entre flux tranquille du fleuve et ralenti du cours d'autos. Vendredi, 3h, deux voitures s'arrêtent, huit personnes en chair jeune et têtes creuses se jettent sur les arbres un balais-colle en main et des "Pas de défilé pour les enfilés" ou "Planquez vos gamins" en guise d'idéal. Ma gorge rageuse en sort muette et ma détermination pour une cinquième participation à la Gay Pride encore plus sûre. Samedi, le défilé se fait chaud et perméable à tout le centre-ville. Les honteuses sur trottoir se noient dans le courant technoïde et des shoppineurs du samedi aux fêtards spontanés, la Gay Pride se désexualise à en devenir belle. Nous galopons d'un VertuBleu en fête à une rue Royale piétonne où une poussée de terrasses absorbent nos gosiers tendus par un après-midi assoiffant. La post-nuit de pleine lune excite la Scream du TransbordeurJean-Albert rivalise avec un beau serveur du carré Vip dans le look d'avant-garde, Tom Cruise période Top Gun. Ce dernier n'ose encore nous inviter à l'inauguration automnal du shop Muji bientôt sur la place locale. Jacques Haffner, verres fumés fuschia à fleur des yeux, nous fait liquider le champagne en moins de deux. La splendide Françoise, inséparable de son escort-pretty-boy, Pierre Le Magnifique, s'isole dans une brève mélancolie avant de me ravir d'un "je vous aime beaucoup, je vous aime tout court" pour m'embringuer dans une séance de frottis exagérés. Jérôme me fait triquer et m'en excuse sitôt auprès de Françoise. Claire se fait absente, puis râleuse devant tous ces big Jim bodybuidlés et tirés à la chaîne. Les navigations entre les deux salles nous poussent aux excès d'attouchements et ivresses éthyliques : Christophe Boum et Primabella butinent le vaste dancefloor où Freddy, planqué derrière l'immense croix polaire rouge feu de Pénélope, éponge nos corps d'une hardhouse onduleuse. Guillaume Tanhia et Jean-Luc nous embarquent pour l'after de L'Ambassade où Sandy Rivièra des KOT, débarqué du Fish par Active Prod., nous ouvrent les yeux sur un dimanche où le jour se fait trop tôt. En pleine lumière, j'interpelle le dj d'un "please, give me your sunglasses : the sun is too high, too beautiful". Le beau Portoricain me tend sa monture et nous atterrissons, à l'île Barbe, sur la terrasse de Philippe Jocteur pour son petit-déjeuner annuel. Olivier se moque des Japonais en plein "clics" devant l'un de ces derniers rendez-vous de générosité. En nocturne, Christophe narre l'époque révolue de tous ces grands princes offrant gracieusement, pour le bonheur de leurs proches, des soirées somptueuses. Juste pour le plaisir et la beauté du moment. Merci Monsieur Jocteur.

Court paragraphe sonique. Mercredi, Fête de la musique et histoire de copiner avec Ours Fort, L'air du Temps bat le quai du Rhône, en face du Fish, avec Manoo, Duke, Elea, Switch, Mc Gregor & Alexander de 16h à minuit. Vital et gratuit de la semaine. Au Bistroy, c'est dj Flashback qui initiera les un-deux-grounds au disco. Jeudi, le 2P+C débute son week-end Soaps (où l'on ne comprend pas bien ce que "Starsky aka PMG et Hutch" ou "Drôles de Dames" viennent s'inviter sur le flyer) pendant que Melting-ka défile sur le plateau de la Croix-Rousse dès 21h avant de finir salle de la Ficelle avec Love, Grum, Slider et Alex Da (ré-actline au 04 78 39 88 79). Samedi, Dee Nasty et David Chong font ping-pong hip-house à La Marquise sur le départ pour Jazz à Vienne. Dimanche, Willow s'invite à la Fire Factory du Fridge pour une bastonnade sonore.

 

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MERCREDI 28 JUIN 2000 _ #090

 

Love hurts and you feel it

Mercredi, allongé sur la haute pelouse en face du quai Augagneur, Le Bimb me réveille en plein set d'un dj Duke entouré de deux bimbos sorties d'un clip MTV. "C'est bien votre soirée ?", grisaille le portable. Indécis, j'admire la sélection mais ne comprends toujours pas le principe du mix short-cut (là où on laisse un morceau courir sur 30 secondes). Je gagne la Buvette du Pont Wilson où les 3 mai et Da House Family Project nous improvisent une nuit à tomber à la renverse. Un jeune homme tombe d'accord et, droit comme un piquet, se fracasse la tête, au concret, sur le béton du quai. Plus de peur que de mal et plus de belles sensations que de tristes déambulations imposées. Marie m'imprime son ourson sur T-shirt dans cet édito et danse un Mariah Carrey, "just so sweet", pendant que Laurent, ivre-gai, fait le canard-tête-coupé devant la cabane à boire. Merveilleux. Samedi, Paris explose de 350 000 fêtards gays et gais pour une Pride impressionnante. Le Bimb veut absolument monter sur le char "Popingay" (homos fans de pop et rock indépendant) dansant sur Kim Wilde ou Cure alors que je lui préfère ce jeune homme avec un carton "Vive les branleurs" solitairement brandi sur le trottoir. Nous trinquons dans un Marais boursouflé de pintades et gym-pédés avant que dj Arnie nous invite à rejoindre Didier Lestrade à La Boule Noire (sous-sol de la Cigale) pour la première de K.A.B.P (Knowledge-Attitude-Beliefs-Party), histoire d'échapper au rouleau compresseur de Club Pride à L'Enfer. Douce nuit de garage soulful et autres bizarreries housy de Cyril K et Patrick Vidal où tous glissent à l'unisson sur un parquet sentant le talc blanc. Nous croisons quelques gentle-people (Ivan Smagghe et sa douce grimée en néo-punk, Éric Dahan sous ses lunettes fumées) slalomant sur un dancefloor clairsemé mais vif. Arnie fait la bise à Valérie B, prend deux fraises Tagada aux vestiaires et nous affrontons la lumière sur un trottoir agité. Plus de force pour suivre un cow-boy argenté à la Kwality du Batofar et le How's Your Evening So Far de Josh Wink nous assomme sur un lit froissé.

Last trip before september return. Mercredi, nuit hiphop obligé, Krisfader, Evok et Zehyper scratchent au Buddy Burd (4, rue René-Leynaud) pendant que Lyonlanuit.com fait dans le baroque avec Welcome to Ibiza avec Rocco et Manoo pour des sets house-garage (sous le soleil du protectorat briton, ce serait plutôt de la trance débile et du UK garage modeste, enfin, Ibiza, ça fait vendeur). Vendredi, les freshmen (Lem, Terry Lee et Ruds) invitent Arkorn au HS Café (3, rue Désirée). Au Studio, on continuera en tech-house avec Xavier, P'tit Pier, Sage et No et Perception Act.1. Pour les house-groovers, ce sera Thank you my god, it's Friday à L'Ambassade avec Manoo et Rocco. Pour la déconne, La Nuit du Bac va faire danser les djeunes avec Didier Sinclair au Titan. Samedi, Reggae inna Babylon au Squale (15, rue Puits-Gaillot) avec Bawajafar n'Free alors que Kost, Akos et Matt joueront R'n'B au Box Office.

Regardez le ciel, écoutez les nuages. Avis de recherche. Le ou les responsables de ces tags sur pavés nous aérant la tête depuis plusieurs semaines sont invitiés à nous contacter à Bapjac-a-free.fr. Vital de l'été sans demi-mesure.

Pouf, la Marquise n'est plus là. Mais à Jazz à Vienne. En voiture Simone pour Son del Gazo en shakers afro-cubains, vendredi. Une nuit Soul de dj Junior harponnera la péniche sur son quai d'Herbouville samedi et des En Vogue avec Spider et Philgood de dimanche à mardi.

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MERCREDI XX XXXXXXXXX 2000 _ #091

 

Disco 2001
(tout sur la nouvelle saison clubbing)

Mis à part l'ouverture du Ninkasi Kao (l'officielle a lieu les 28 et 29 septembre prochain), a priori rien de nouveau dans la nuit locale. La brasserie de Gerland se gonfle d'une salle de 600 personnes et programme djs et concerts (les premiers annoncés sont un tantinet tristounes). Ça, c'est pour le vrai nouveau. En arrière-salle, quelques lieux existants changent de main :
Le Fridge, après trois gérances différentes en deux ans, se trouve dirigé par un nouveau mastodonte de la nuit lyonnaise, L'Alibi. Cette discothèque traditionnelle des quais de Saône s'occupe du Fridge depuis la fin de ce printemps et a "renvoyé" Indépendance hors du Space en partenariat avec une de ses voisines de Saint-Jean, Le Show-biz. Au niveau programmation, Le Space n'annonce rien de nouveau tandis que le Fridge joue la carte du club sexy et gay (Factory-Wake Up). Autres passations de pouvoir : L'Ambassade se refait une beauté et rouvrira début octobre sous la direction du Hot Road pour continuer à cultiver une ambiance housy et cosy. Même chose pour le Village-Club, le fleuron du gay-clubbing local : ce dimanche sera la dernière du club follement géré par Patrick et Maya. Il fermera ensuite pour un petit relookage et redémarrera le 9 octobre. On murmure que cet antre de la fête aurait été cédé pour près d'un million de francs à un trio parisien. Outre le gros succès estival du nouveau Cap Opéra (place Louis-Pradel), les établissements gays continuent à grappiller les pentes : le sex-club Brick System ouvre, le 28 septembre, un nouveau bar, LAX (2, rue Coysevox, anciennement Le Temps Réel) plutôt axé "bar-à-baise" pour les chauds lapins. En fooding, le bruit court que Le 115 se transformerait en concept "latino" à l'instar du lamentable mais fracassant Barrio Latino pour nouveaux riches parisiens. Dans les ragots qui perdurent (lire Lyon cap' n° 290) les murs du Fish auraient changé de main (mais pas la gérance de Dominique Laffoy) tout comme ceux de son voisin, Le Bateau Blanc, seraient à vendre (à confirmer). Enfin, La Marquise restera péniche toute la saison et la transformation de citrouille dodue et délicieuse en carrosse pluridisciplinaire devrait se faire au début de l'été 2001. Cette nouvelle configuration nocturne en place, en attendant les quelques retardataires à venir, il ne reste plus qu'à tester ce nightclubbing 2000-2001.

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MERCREDI XX XXXXXXXXX 2000 _ #092

 

Réglements de compte

C'est reparti pour une saison pleine d'ivresses, de rencontres, d'amusements, de provocations, de coups de blues, de gueule, de coeur, de beats (et bites) infâmes ou merveilleux. Comme certains n'ont pas tout compris à cet édito, autant remettre les compteurs à zéro : ici s'ouvre un monde subjectif où j'expose mon (sur)moi et la folle famille qui fait de la nuit locale un délice. Le name-dropping (dénonciation ou encensement de noms-surnoms) continue : Claire tombe dans les bras de la Mélancolie. Ours Fort s'active sur les marchés. Mireille me semble une mère étrange. Petit Poucet reste à baiser tendrement. Lyon Poche n'aime pas Nuits Mobiles (mais c'est réciproque). Christophe C. me plaît par sa consistance plaintive. Julien est beau et fragile même après un été passé coincé à la Marquise à ne pas bronzer. Jérôme B. (as know as Z2 - Zoli & Zenti) est promu à un grand avenir dans ces colonnes. Le Bimb m'a planté et me fait souffrir. Alexis Bernier de Libération et une cohorte d'autres rédacteurs spécialisés "musiques électroniques" tuent, par écrit, ce qu'il reste d'excitant dans ces rythmes digitaux par de vieux raisonnements "rockeux" et non-exaltations affligeantes. Le Village-Club est fermé (snif !). Le Funambule sourit à pleines dents. Kamel du Mushi-Mushi fornique avec le service le plus positivement gentil et vrai de la ville. Le duo Marc Chabert-Dominique Lafoy (Fish, First Club, Oxxo, B52 Dardilly) a tout compris au business nocturne mais rien aux aspirations festives de leurs clients (ne parlons pas de leur communication média : "Tu dis du bien ou ferme ta gueule"). Christophe Boum et Primabella mijotent soit des bons repas, soit des moments et nuits infinis. François s'est déboîté l'épaule sur la trottinette de mes trente ans. Spider est un roi. 3 mai, Teddy G & Pascal Pioux, des princes trop silencieux dans cette marée de gentils djs. Tous les autres s'additionneront ou disparaîtront. Bienvenue pour une nouvelle virée dans le Lyonnais familier et excitant. Bien content de vous revoir.

First Train to Trancentral. Mercredi, Groove De là fait scratcher Cutee B, Poska, Krisfader et Samir au Fish. Jeudi sentira les Caraïbes avec Senor Holmes au Bistroy (1, rue Chappet, quartier Pentes) pendant que le 2P+C sort son dress-code pélican (femme en rose, homme en blanc) pour la soirée Pink ! (flyer de la semaine, voir photo). Sur la Marquise, l'Asian & Arabian Soundz, en Biennale de la danse off, invite les Dino et Twelve de High Tone et Fahim. Vendredi bastonne au Monde à l'Envers avec l'Automatik de Miloch, Sebastopol et Alex. Pour les plus calmes, mais non moins groovers, Oldies But Goodies s'offrent les discoïdes Manoo et Rocco au Fish. Samedi, Tante Tilly et Koze apprennent à danser électro-germanique à la Marquise. C'est German Undergrundz et ça ne sent pas que la bière. Au Ninkasi Kao, dj Rucangola mixe salsa et chalouperies latines alors que le Studio (32, quai Arloing, Lyon 9e) invite Rykk's, Agoria, Transvoice, ob1 et Freeze à se mélanger les platines et les jambes. Enfin, le Fridge fête sa première année et le champagne sera là. Bon anniversaire.

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MERCREDI XX XXXXXXXXX 2000 _ #093

 

Même les anges perdent leurs plumes

"Tu parles. En Algérie, par exemple, les femmes se refont un hymen tout neuf avec des poumons de crapauds", nous apprend vendredi, Geneviève, les yeux pétillants, entre deux coups de fourchette dans un exquis "riz pila-poulet" attablé par la paire Christophe Boum et Primabella. Plus loin, le coeur léger, le foie travailleur, je pousse la porte mi-close du Mi Mots Arts (11, rue Lanterne, Terreaux) où l'hypersexy Z2 m'attend en compagnie d'un Jean-René en verve et gentiment rentre-dedans : "Tu es inculte. Tu ne connais même pas l'Ancien Testament et la triste fin de Saint-Jean-Baptiste", se désole le gentleman. Il nous narre la danse des sept voiles de Salomé pendant que je joue avec un Mogwaï Tamagoshi en peluche. Z2 s'exalte, un quart sérieux : "Il me faudrait un mentor cultivé comme Jean-René." Nous nous pressons au surréaliste et décalé Medley (rue Childebert, République), après prise en otage du gentil gremlin ("tu lui mets le doigt dans la bouche et il fait 'miam..miam' puis rote"). Sous la voûte de la disco gay, Richelieu amuse la galerie des glaces en switchant d'une Boule de Flipper de Corinne Charby à un C'est la ouate qui plaque Jean-René en mouvement sur le miroir. Z2 se retrouve vite hilare et, tout en le serrant tendrement dans mes bras, drague une jolie A. qu'il ne lâchera plus qu'après quelques gentillesses du bassin dans l'appartement. Samedi, après un dîner au nouveau VertuBleu ("nouvelle carte de visite, nouvelle clientèle, nouveau serveur", déconne Jean-Luc), Claire m'arrache des griffes de ce monde en pleine dérive pour investir le Bal Oriental de la Biennale de la danse au Transbordeur : douce évasion où l'on sniffe du narguilé au déo-wc fraîcheur pomme verte et se frotte à de belles djellabas et de souriantes dames juste voilées. Une belle nuit qui m'achève et me plonge dans un rêve qui tourne au cauchemar : "Une nuée d'anges volent dans un ciel aux mille pétales de roses blanches. Les ailés finissent par perdre leurs plumes et chutent un à un dans un fracas assourdissant" jusqu'à me réveiller.

Good times. Après Ashley Beedle, Gilles Peterson ou Joey Negro, Norman Jay & Joey sortent leur compilation selecta. Good Times(Nuphonic Rec.) tire les bons fonds de tiroirs de la soul, hip-hop et garage. Il en sort Steve Wonder, KRS One, Loose Ends ou le roi James Brown.. double album de rentrée idéal pour réviser ses classiques.

Bring da beat back. Jeudi, le FBI Café (2, rue de la Monnaie - quartier Mercière) cible la Mafia avec une Soirée Scarface et, en bande-son, le meilleur des films à gros calibres vengeurs. Original et à voir. Au Waff (13, rue Neuve - Quartier Terreaux) , In The House se pratique avec Sanou, I.Gor et Nikko. Vendredi, les parisiens Vinx et Alix, suppléés de Lem, exportent leur label Krysalid au Monde à L'Envers. Toujours techno, au Studio, le Kaléidoscope tourne sur les platines de Nemo, Alex K, Onark et Olive. Lax bar (2, rue Coysevox - Quartier Pentes) ouvre dès 21h à tous les gays-chasseurs. Au "Ninka'" (ça fait tellement jeune d'abréger), la fête inaugurale de la salle de concert KAO réunira entr'autres In Extremis et Namas Pamos. Samedi, toujours au Kao, ce sera le tour de Cox 6 ou encore Cornu d'essuyer les plâtres de la nouvelle salle. State Of Bengal invente le mix "transgender" entre world pakistanaise et brit electrobeats à La Marquise. Apostasis se dansera indus-gothic avec Evil flowers, Psycho Industry et Omnicore. Cette soirée se déroulera à l'Ibiza (21, rue Pouteau - quartier Pentes) comme quoi, les gothiques savent aussi faire preuve d'humour. Au Fridge, lancement de la mensuelle Klub avec Damien et Didier Largemain. Certains dormiront sur les canapés du club de la rue des Rancy pour être les premiers à la Peep Show Factory du lendemain, dimanche, avec Luck en guest.

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MERCREDI XX XXXXXXXXX 2000 _ #094

 

Élans mécaniques

Jeudi, après La Vierge des Tueurs de Barbet Schroeder (grand film débordant avec troubles et questionnements de la toile blanche, même géante), je rejoins Olivier, demi-vierge dans sa catégorie de jeune gay dérivant de bars en Cap Opéra (place Louis-Pradel) : terrasse humide et lieu des plus agréables depuis trois mois déjà. Au Funambule, le trottoir se tient à carreau depuis la suppression temporaire de l'autorisation de fermeture à trois heures. Malgré tout, quelques-uns "trotinnettisent" gentiment et l'horloge frappant une heure, nous grimaçons vers la sortie, le bec de bière desséché. Vendredi, Cécé ne tient plus : "J'ai rendez-vous avec une superbe blonde militante à la LCR." Peu importe le gratin présent lors de l'inauguration du Ninkasi Kao (la tout-terrain Marie-Chantal Desbazeille - sans Ours Fort - Patrice Béghain ou la ravissable nymphe, Helena Roche), Cécé a la libido qui gonfle comme les fûts d'acier de la brasserie de Gerland. Trop d'étudiants rockeux pour ne pas pousser jusqu'au tout nouveau Lax Bar (2, rue Coysevox - Pentes) peuplé de grands gaillards gays où Philippe, joli serveur un peu trop musclé, me fait chavirer les PMG (gin-tonic-sucre en poudre). Cinq minutes auparavant, nous stationnions sur le quai de la station Bellecour où deux CRS formaient le couple du week-end (l'un carré avec petit ventre et croisant virilement les bras, l'autre flottant dans son uniforme, le bassin cassé par une main de jeune fille). Cécé faisait rire Claire d'un "je suis pro-Pasqua et quand j'étais petit, je voulais devenir CRS". Ma princesse sentant la blague : "C'est très tendance de se dire de droite." Autant que les pantalons écossais punky, c'est dire. Nous courons sous la pluie au VertuBleu, chahutons au Mushi-Mushi devant un Kamel besogneux mais toujours aussi tendre puis fermons le Voxx en bâchant une bimbo colorée en brune. Son loulou pleurniche : "Qu'est-ce qu'elle a ma copine ? Elle n'est pas assez mode ?". Dans le froid du retour, Sébastien me narre sa nuit sur portable : "J'ai fait Le Trou puis Le Brick. C'est bizarre, cette rentrée est beaucoup moins 'rentre dedans' que d'habitude. Les mecs baisent tendre." Z2 supplie un appel : "Qu'est-ce que tu fous ? Tu es où ?" Dans mon lit, le Robert Owens chantant du Photek.

Police sounds. Mercredi, dès 20h, c'est Arture, les artistes dans la nature au niveau des pieds humides du pont Wilson. Rendez-vous entre allumés avant un dîner décontracté (04 78 95 45 80). Pour ceux qui mangent du son, le hip-hop de Cut Killer et dj Abdel prend d'assaut le Box Office. Jeudi, dans le cadre de Lumière en Scène (université Lumière - Bron), une Fête des nations étudiantes entourée d'expos de Sylvie Sauvageon, Danièle Tisseyre, Pascale Marti-Vivès et Mahjoub Ben Salem sera la grande soirée nocturne de cette orgie de manifestation. Ré-actline : 04 78 77 23 10. Autre style, le Bistroy donne dans le rap-core de Svinkels. Vendredi, au Fish, Electro Deluxe reçoit Ski Oakenfull pendant que Le Monde à l'Envers, la Rencontre Trance-Psyché réunit Gaspard, Gill et Tajmahal autour des platines. Un combat au sommet du bidouillage electro-dub placera Kally et Another Sound System Experience au centre de la scène du Ninkasi Kao. Samedi, dj Punk-Roc fait son retour barjo-beats à la Marquise. Les gays sportifs tenteront leur chance à Wake Up The Ring avec dj Le Doc au Fridge. Lundi, Quoi de neuf ? déballe l'art expérimental chez Ramadam, petite usine à rêves associative à Sainte-Foy où la curiosité est maladive mais sans prise de tête (dès 19h30 et résa obligatoire au 04 37 23 09 15).

 

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INSTINCT NOCTURNE

Écrit par Baptiste Jacquet
a été publié sous l'appellation
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