INSTINCT NOCTURNE

Écrit par Baptiste Jacquet
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire

 

MERCREDI 23 FEVRIER 2000 _ #072

 

Body and seul

Semaine de rêve où je m'imagine dans une nuit inouïe. Une nuit où Lyon serait à l'heure de la prospérité tant vantée, celle qui fait sauter les tribus frileuses des périodes de crise. Une nuit où des agents de sécurité ne tiendraient plus la porte de la disco ; où le patron aurait compris que "c'est en incitant au mélange des genres et porte-monnaie que l'on fait les plus belles fêtes" ; où le dj regarderait plus le dancefloor que ses platines ou ses potes djs ; où " Claire aurait des couilles" (dixit Le Bimb) ; où le mot "Party" serait banni des flyers et remplacé par "fête" (histoire d'assumer pleinement l'objet festif de la soirée annoncée). Une nuit où les stylistes auraient enfin foutu la raclée à l'aseptisé dictatorial du look streetwear qui infecte bars et discos (quand Carrefour et mon grand-oncle s'y collent, il est peut-être temps de renouveler la mode) ; où chacun pourrait s'égarer dans l'illicite d'attouchements anormaux ; où Marie-Hélène ne me réveillerait plus à deux heures de l'après-midi pour me messager : "L'autre soir, j'avais un peu bu. Je t'ai dit des trucs que je n'aimerais pas trop lire dans Nuits Mobiles". Une nuit où tout organisateur ayant de bonnes idées ne serait plus obligé de se demander "Mais où pourrais-je faire cette soirée ?" (circa ce parisien courageux, mercredi : "À Bordeaux, nous n'avons eu aucun problème. Ici, cela me semble tout de suite compliqué") ; où les raves pointeraient leur beau retour et renourriraient enfin la musique électronique dansante ; où Raphaël se déciderait à prendre en photo sa queue en érection dans les toilettes du Funambule. Une nuit où les bordels gays ou échangistes sentiraient le sexe protégé mais joyeux ; où certains arrêteraient de penser que la House Nation est le nouveau rock à partir duquel on se rebellerait comme un idiot (est-elle toujours vivante ?) ; où Mireille arrêterait de me voir comme un Pierre Clémenti édenté ; où les gros investisseurs nocturnes deviendraient courageux ("Chabert (multi-patron des Oxxo, Fish, First) a beaucoup fait pour Lyon", osait un noctambule interviewé dans les colonnes d'un confrère. Oui, il a certainement beaucoup fait dans le conservatisme et dans la fausse idée que les Lyonnais sont des pépères dès 25 ans). Une nuit où les Gus Gus du Fish, vendredi, seraient mieux compris par de petits étudiants tranquilles ; où Françoise sortirait toutes les nuits en compagnie du beau Pierre. Bref, une nuit qui échapperait au "Je ne sors plus. Je dors. Parfois, je prends un apéro au 2P + C et à 2h je suis au lit. Que veux-tu faire ?". Les propos du trotteur croisé ce samedisemble à la fois pessimistes et encourageants. Encourageants pour tous ceux qui pensent que les nuitards lyonnais sont plus nombreux que les bonnes fêtes. À nous de les faire sortir.

Revue de danses. Mercredi, Manoo perpétue la tradition soulful au 2P + C et sa Oldies But Goodies. Au Fish, Groove de là plante ses flow sur le Fish avec DDD, Krisfader et Samir. Jeudi, Le Monde à l'Envers souhaite Welcome au Nantais Tomawak accompagné des habitués Lem et Bastouille. Vendredi, l'apéro se prend au Balbuz'art (22, montée des Carmélites, quartier Croix-Rousse Pentes) ou chez Art Com Studio (6, rue Mazard, quartier Perrache). Plus tard, Spider, dj H et Fraggle font la ronde autour des seventies lors de la Keep da Fire Burnin' à La Marquise. Samedi, le Box Office reçoit Agoria, All'N et Didier Largeman pour Kiss ! Les free-parters se disperseront à Infra Bass avec Nathanael K, Yan et Silverbard au 36 72 x1 09 08 79. Public Averty danse avec Little-M, Max, Redolph au 04 78 42 17 90. Pour la tradition, le Phbus Café programme le reggae de Yao Kan (22, rue Pouteau, quartier Croix-Rousse Pentes). Dimanche, Radi Tabasco (Mad-Lausanne) est l'invité de la Police Factory au Fridge.

Music for babies. Mercredi 1er mars, la maison Pussy Foot enveloppe La Marquise pour un live d'Howie B et son staff. On y va les yeux fermés et les oreilles nettoyées. En attendant la semaine prochaine, redécouvrez son premier album "Music for babies", hermétique et confortable comme un foetus. Histoire d'apprécier l'art du multiplatinium producteur.

 

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MERCREDI 01 MARS 2000 _ #073

 

L'à part te manque

Semaine de dîners en appartement où l'on déguste, mercredi, chez Alice des sushis bancals assaisonnés d'une petite fontaine de saké. À 3h, Géraldine déambule dans une scène de fashion victim alcoolique : "Oh ! Tu as une écharpe Dries Van Noten ! Mon manteau est de la même marque. Je l'ai acheté en solde 2 950 francs. Pas mal, non ?" Le lendemain, nous prenons l'apéritif dans des gobelets en plastique lors du vernissage de l'exposition Tibet au CHRD (avenue Berthelot, quartier Jean-Macé). Claire feint d'ignorer Ours Fort qui semble ne plus lâcher d'un tailleur une élue locale. Nous parcourons l'expo embourbés dans une foule de badauds à regarder des clichés jonglant entre pleine page voyage du National Geographic et photo reportage au Tibet réprimé. Christophe Boum et Primabella nous invitent à passer déguster leurs délicieuses pizzas maison et nous dissertons sur le prétendu triste destin des gays. "Aujourd'hui, ils ne font qu'ouvrir des bordels et ce qui s'y passe à l'intérieur n'est pas forcément réjouissant. On a l'impression qu'ils ont oublié que beaucoup de mecs sont morts du sida, il y a peu", s'émeut Christophe. Sur le chemin du sommeil, Claire reconnaît l'allure "sexy" de l'adorable : "Pourquoi sont-ils, pour beaucoup, gays ? Cela en devient agaçant". vendredi, nous oublions involontairement la Fireball du Bateau blanc et je m'endors sur l'acidité du That's the Way love is de Ten City. samedi nous emmène, après un repas pâtes-tarte aux pommes superbullé de champagne, au Funambule en pleine séance de revival 70's puis au Village-Club. Claire joue avec Guillaume Tanhia au frottis oriental avant de se lancer dans des PMG à paille : "Guillaume en pince pour vous", pense-t-elle alors que l'intéressé me souffle "Claire, je l'aime". Trop tordus pour être dans le vrai, ces échanges nous font pousser la porte d'une Divine Comédie bon-enfant : "Bon, qui va se faire tirer ce matin ?", se vulgarise un jeune beauf. À l'aube, ma RPD (relation par défaut) s'éclipse par un bon baiser amical. La disco s'excite de mains baladeuses et petites gueulantes du surveillant dans les toilettes : "Hey ! Les chiottes ne sont pas faites pour baiser ! Il y a un baisodrome en bas pour ça !", hurle le gars à un amoureux collant au Wonderbra de sa pucelle, tout apeuré par un éventuel assaut hostile sur sa belle. En salle, un bidasse en tenue d'attaque robotise : "Elles sont où les femmes ? Elles sont où les femmes ?"

E-mobiles ? Mercredi, Howie B, Jeremy Shaw, Mc Solo et Simon Richmond font plastiquent la Marquise au trip-hop et électro-bidouillages. Le plan inouï de la semaine. Ceux qui ne supporteront pas de se battre à coups de doudounes à l'entrée de la disco iront goûter la salsa à L'Élément (20, rue Saint-Georges) pour un apéro-mix exotique. Jeudi, Le Monde à l'Envers laisse Freddy J et Krispaglia tester la résistance de ses enceintes à l'hard-techno. Au nouveau Le Studio (12, quai Saint-Vincent), Attractive 2 est dirigeé par Tom, Jack F. et dj No. Vendredi, relâchement. Samedi, IMK part dans la nature avec Kiko, Max le Sale Gosse, Igor et plus au 36 72 *1/016938. À l'Element, dj Dam révèle sa Définition Of House pendant qu'au Titan, Gaia sort l'Over Kitsch parisienne acoquinée de Lio. Mercredi 8, Philippe Moncorge et ses amis se lancent dans une intervention plastique sur le thème "Les droits de la terre et la danse des moulins à café". On court chez Ramdam au 04 78 59 62 62 pour plus d'infos.

Boule de feu 2. La soirée n'est prévue que pour le vendredi 17 mars mais notez que le choc du printemps arrive au Bateau blanc lors de la Fireball deuxième acte : Adam F, J. Majic et Mc Mc tenteront de réitérer leurs coups de masse réalisés au Pez Ner l'an dernier (la plus mémorable et magnifique nuit de l'année). À bloquer sur les agendas.

 

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MERCREDI 08 MARS 2000 _ #074

 

Ordinary man

Mercredi dernier, Claire exauce mon envie secrète de la veille et m'apporte pour dîner un coffret de petits cubes de chocolats Richart. Nous piochons, le guide en main, dans ce renversant damier de "ganaches aux feuilles de verveine et pétales de roses" et autres "pralinés aux amandes d'Andalousie" avant de descendre la pente qui mène à La Marquise. Je ne suis définitivement pas en odeur de sainteté à l'entrée. Peu importe. Howie B et le Pussyfoot crew slaloment entre live-acts et dj sessions proto-bordéliques pendant que nous flirtons aux pailles de nos PMG en compagnie de Pierre Budimir, coiffé de sa casquette indéboulonnable. Il nous invite au prochain Jazz à Vienne et nous promet mondanités et hypothétiques nuits fluviales sulfureuses. Je croise Christophe ayant enfin raccroché pour un soir sa souffrance (qu'il vit certainement comme consistance). Peu importe, on l'aime bien, même beaucoup, lorsqu'il s'allège de son air triste habituel. Une envie pressante m'enferme rapidement dans les toilettes avec Karine et me plaque dos à elle contre la porte : "Vas y ! Je te promets que je ne regarde pas." La splendide clôt la séance : "Non, je ne peux pas. Ça bouchonne et devant toi, impossible." Nous finissons à chahuter sur un vieux Colonel Abrams qui n'émeut que modérément un Fabien toujours attaché à son amour passager. vendredi débute l'enquête à paraître dans le prochain numéro de Lyon cap', celle du testing du supposé délit de faciès à l'entrée des discos. "Ton couple de Beurs, tu as vu comment tu les as sapés ? Attends, beaux comme ils sont, ils vont rentrer partout", se moque Mireille lors du dîner général au VertuBleu. Après une péripétie de deux nuits intenses, nous finissons tous au Café 203 où l'on digère nos sonneries à la vingtaine de boîtes visitées. Alain Turgeon peste, rieur-rageur, contre son statut de "rebelle" dans Nova Mag': "Ils ont écrit n'importe quoi. Je n'ai rien à voir avec ce truc". Son visage lumineux me renvoyait à notre échange, il y a quelques semaines : je croisais le romancier dans le métro en possession de son premier roman Gode Blesse, code-barré du logo de la bibliothèque : "j'ai voulu faire des retouches pour l'édition de poche à venir et je me suis rendu compte que je n'avais plus mon livre. Je viens donc de l'emprunter", rigolait le beau Québecois. Finalement, nous nous sauvons fatigués et je clos mes paupières sur l'affectueux album de Day One.

Mozaik à tout faire. Samedi, Cut groove rafraîchit l'air des raves avec Mozaïk. Le bon plan du week-end où l'on dansera avec Djamency, No, Yellow, Jack F, P'tit Pierre, Sage, Symbioze et le brillant Tonio. C'est 60 F à l'entrée et se situe au 36 72 * 1 11 03 2000.

Meeting electric zone. Mercredi, Ramdam sort son intervention plastique sur le thème "Les droits de la terre et la danse des moulins à café". Tout un programme au 04 78 59 62 62. Au Bistroy, les djs DDD et Fudge servent du trip-hip-hop et drum'n bass. Jeudi, La Marquise fricote hip-hop et house avec Dee Nasty et dj Chang. Vendredi, toujours sur la péniche, Spider offre Lavibe Party en compagnie de PP le Mocco et Dale Cooper pendant que son voisin, Le Fish, part au Brésil avec Carnaval. Au Squale (15, rue Puits-Gaillot, quartier Terreaux), le shop Cyborg installe sa Bomb Inside avec Cyb, Nyto et Mc Shane. Welcome au Studio (12, quai Pierre-Scize) avec Alex K, I.Gore et P.Moore. Samedi, le Box Office se housize avec All'n et Fred'X. Au Fridge, Wake Up ! remue les gays et G-Friendly avec Sophie et D-Troy. Enfin, "Put yours hands up in the air" avec Mister Mike au Titan.

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MERCREDI 15 MARS 2000 _ #075

 

Cette violence que ma couleur de peau ignore

Retour sur nos nuits de testing. Vendredi 3 mars, nous posons les dernières mises au point de notre enquête. Amel et Mohammed sont tout sourire et acceptent ce qui sera, au final, un jeu de massacre. Le grand et beau jeune homme sort de la salle de bains endimanché de N&O minimaliste et velouté : "Ouf ! On dirait que je vais à un mariage." Nous lui conseillons de balancer la chemise blanche pour un pull en V moins princier. Plus tard, lors d'un dîner collectif au VertuBleu, un jeune habitué me cherche dans un discours : "Viens plutôt faire un testing dans mon entreprise. Tu verras, iI n'y a pas un Arabe et les femmes se taisent. C'est peut-être plus intéressant. Non ?" Je pars brièvement dans cette fausse dualité, qui ne peut que se vicier, entre l'insertion par le travail et l'insertion par les loisirs. Nous nous retrouvons rapidement sur les quais, planqués derrière des voitures en stationnement, à constater l'hécatombe sur ce chemin d'enseignes tapageuses et pleines de lumières. On imagine les yeux vidéos tramant un petit moniteur dans le sas d'entrée. Les portes s'entrouvrent et se referment banalement. Anne-Sophie et Raphaël reprennent le relais et se font balayer le chemin des lieux d'une large et amicale bienvenue. Au fil du parcours, les deux qui n'ont pas choisi leurs faces belles et colorées, et à qui on ne semble pas donner le choix de leurs loisirs, se retranchent derrière des sourires de bons joueurs. Notre huissier enfile cigarillos sur cigarillos. Le photographe se fait transparent et les deux chanceux, à qui la nuit appartient, patientent, paisibles. Sur la fin, les deux couples semblent de plus en plus proches alors que la nuit ne les a que séparés. J'accuse une poussée de chaleur à se plonger la tête dans la glace. Une rage qui monte et brûle le visage. Mes yeux se barrent de lignes humides et j'ingurgite au concret cette violence que ma couleur de peau ignore. Au petit matin, Programme tourne sur la platine CD et son Cerveau dans ma bouche m'inspire la vision de ces salles de jeux bruyantes, peuplées de cette jeunesse rejetée, où l'entrée est acceptée par une simple pièce de cinq dans la fente, où le défoulement solitaire se fixe sur un combat virtuel.

The roof is on fire ! Vendredi, Fireball au Bateau Blanc avec Adam F, J. Majik, Mc Mc en jungle jammers. Certains parlent encore avec les pupilles qui frétillent du précédent passage de ces tueurs de dancefloors au Pez Ner l'an dernier. Si la combine fonctionne comme la dernière, les absents se mordront les mollets de regrets pendant tout le printemps. Indispensable.

En tournée. Jeudi, les Jumping Bass font résidence au Monde à l'Envers avec Yellow, Dan et No. Vendredi, les raveurs seront de la Reload en techno-compagnie de D'Jamency, Max LSG, T.Blitz et plus au 08 36 68 36 72 code 12 03 2000. Au Pez Ner, Bucolic eclectric electronic avec Buzz, Puzzle, LRA et Al Capone. Pour levez les bras sur de la Trance, L'Indian Café (16, rue Longue, quartier Cordeliers) à Bio, Max LSG et Damien pour Infinity. Samedi, Mr Scruff du Ninja Tune sourit à La Marquise avec de l'electro et house tordante. Une free-party Techno Terroriste s'avance au 36 72 * 1 99996 66. Dimanche, dj Freddy, Didier Largemain et Brahm's se charge de la Submission du Box Office.

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MERCREDI 22 MARS 2000 _ #076

 

Dégorgement de chaleurs

Mercredi, l'Institut Lumière réduit son écran pour La Cinquième et son reportage fleuve sur notre belle et internationale ville. Les petits plats sont mis dans les grands reportages et nous chargeons Xavier de visionner l'affaire : "Là, c'était le cliché frontal entre des gens d'Ainay et de la Croix-Rousse", résume le web-journaliste. Les fourchettes crochetées dans le requin mitonné par La Minaudière et Philippe Chavent, Pascaline nous narre avec passion la rocambolesque histoire d'un noble italien et d'une jeune héritière (frigide, il semblerait) de la maison à coudre Singer à rendre un Stéphane Bern fou de jalousie. Claire s'en va tenter des public-relations étranges : "Oui, d'accord, c'est une fashion-victim sans aucun goût mais elle est gentille", se défend ma compagne. Nous grelottons aussitôt sous le hangar et reniflons des thèses politiques et de métissages avec Farid : "Le délit de faciès existe certainement plus à Lyon qu'ailleurs, j'ai l'impression. As-tu vu une seule boîte de raï avec pignon sur rue ici ?" Effectivement, si quelques restaurants se parent de rythmes orientaux pour couvrir le bruit des assiettes, si une poignée de bars "communautaires" s'enterrent dans leurs sous-sols pour finir la nuit en noctambules clandestins, Lyon ne brille pas pour ses boîtes maghrébines. jeudi, Claire insiste pour fêter le printemps à L'Escalier et m'assure de la présence de la merveilleuse Françoise qui déclarera forfait avant notre arrivée. Le bar est fiévreux, Primabella en sourire et son homme excité : "On a chassé sur le Net hier soir. Le deal était que le mec sonne à la porte à poil, prêt à baiser. On n'y croyait pas trop. Il est venu et a lâché ses fringues dans le sas commun", rigole le gaillard. Plus tard, nous faisons grimper le taux d'alcool réchauffant nos veines à l'United Café, temple de la pintade élevée au grain de la ferme. Le très fragile Stéphane C., en compagnie d'un téléprésentateur touché par le syndrome Laurent Boyer ("je tutoie tout le monde, c'est mon côté star-system, microcosme") semble décontracté mais toujours peu sensible à ma drague maladroite et directe. Guillaume, séducteur définitif, m'explique qu'avec ce type de jeune homme, "il faut la jouer en finesse". Tant pis. Tant pis également pour la Fireball du lendemain où la fatigue me retient dans un lit de solitaire. samedi, la tournée des bars gays n'est que musiques de supermarché, délires de drogués au sexe facile et long échange avec Ours Fort à qui je m'efforce, sans espoir, d'expliquer "qu'il n'est pas judicieux de pacser avec des établissements nocturnes basiquement étrangers à l'idée que l'on peut avoir d'une vraie fête : métissée, populaire et généreuse". L'eurodance le rend sourd et il m'embrasse tel un homme politique conservateur. En appartement, le poste lâche une interview d'un triste rugbyman expliquant la défaite de son équipe dimanche après-midi : "Il y a eu aussi un problème avec cette nouvelle chaleur dans le stade : nous n'avons pas assez dégorgé."

Accordez vos volants. Samedi, la Maison de la Danse sort les fanions tricolores et la rosette qui graisse les doigts pour le Bal dingue d'Yvette Horner. Ce sera certainement plus chic, bien que déconnant, mais pas moins que la sortie nocturne de la semaine.

Bladedancers are repliquants. Mercredi, Le Monde à l'Envers fait sa Luluterie avec Lululala, P. Moore, Bastouille, Strat et St Jean. Jeudi, le ghetto house se niche à L'Ambassade pour une Brooklyn Boogie. À L'Élément (25, rue Saint-Georges), Flore gravite autour de la drum'n bass. Au 12, quai Saint-Antoine, c'est le hip-hop de Didydee et Evok qui prend l'assaut du Studio. Vendredi, dans le cadre des Inouïes, Asian Dub Foundation se gonfle du Natty Bass Sound Sys. et K-Reem au Transbordeur. À fréquenter, le corps bien vitaminé. Le Monde à l'Envers invite les sudistes Rykk's, Sandy et Juan Pedrox. Samedi, Ultimate Techno au Space avec Dany, Fury et JPS pendant que la New Eden Party de Madcap et ses amis programment les sonorités d'Europe centrale de Malossol au Bart (16, rue Romarin, quartier Terreaux). Dimanche, Factory au Fridge avec Vas des brillants Kojak. Mercredi, Oldies But Goodies contine au 2P + C avec dj All'N.

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MERCREDI 29 MARS 2000 _ #077

 

Je ne sais plus ce que j'ai fait la nuit dernière

"Je suis en plein jet-lag. Je viens récupérer un bout à manger et pars me coucher", s'essouffle Jean-Yves Augagneur en trottinant dans les rayons de Maréchal, mercredi soir. Je l'entraîne à L'EscalierMarie-Hélène fantasme mi-effrayée, mi-déçue, sur son viol collectif raté après une sortie de surchauffe au Look (quartier Saint-Jean) : "J'étais avec Nadia devant ma porte d'immeuble, lorsqu'une Mercédès s'est arrêtée et cinq Arabes nous sont tombés dessus. Nadia m'a sauvée du viol", s'illumine la grande dame. Jean-Yves nous donne des nouvelles de San-Francisco et du style ambiant de la ville "gay" : "Là-bas, les mecs prennent le temps de te draguer : 3 ou 4 jours avant que tu ne fasses quoique ce soit de sexuel alors qu'ici, deux minutes suffisent dans un bordel". vendredi, Le Bimb, nouvellement parisien intégré, s'énerve contre le côté "malsain" de Lyon le week-end. Nous dînons tardivement à Mon Manège à Moi avant de bien se tenir au Village-Club. Le Bimb : "Elle est où la vedette ? Je ne partirais pas sans avoir aperçu Laurent Ruquier". samedi, Arnie mixe seventies dans un atelier de la rue Donnée où Claire finit sa colère de la semaine : "Vous avez écrit inconsciemment que je n'avais pas de goût et que j'étais gentille". Fausse et malheureuse ponctuation qui m'accorderont son pardon sur un "love to love" en extension dans la salle surpeuplée de verres et artistes éméchés. Le Bimb et Christian se cherchent puis se trouvent dans la chambre qu'ils oublieront au petit matin. "Je ne sais plus ce que j'ai fait la nuit dernière", me sourit le joli de son air de gosse.

Galopées d'avril. Mercredi, Jamaica Freedom Sounds s'installe en hebdomadaire au Funambule. Au Plastic People, on ressort les croix et le rimmel noir pour une Apostasis gothique pendant que le Bistroy junglise son bar avec Only Jungle et les Cyb et K-reem. Les Oldies But Goodies font la cuisine au 2P + C avec All'N et reviennent, vendredi, au Fish supplées de Dj Rocco. Le voisin de quai, La Marquise, reçoit dj Kronic et son dub-reggae flottant. Pour Le Monde à l'Envers, les Rencontres Trance-Psyché sont maîtrisées par Kaî-koura, Gill et Tajmahal. Samedi, les farceurs sortent du bocal au Loft et sa Nuit du Poisson. Au Box Office, Kiss ! visite les 7 péchés capitaux (à l'instar des parisiennes Scream, les concepts lyonnais demeurent toujours aussi originaux) avec, cette soirée-là, la Paresse et Tony Wallace en excitant. Le Fish se paye Superfunk et Kojak pour son troisième anniversaire. Les moyens de la méga-barque ne manquent pas mais la réputation "infréquentable" étant surfaite et confirmée, les bougies brilleront sans nous. Dimanche, une nouvelle sortie de l'esprit "gothique" au Woodland's (82, quai Arloing - Quartier Vaise) avec Zef, Rozz Evangel et plus au 04 78 83 60 80.

Cent sons et Da rythma. Samedi, après son inauguration de la veille entre institutionnels et happy fews, le casino égypto-carton du quai Général De Gaule amuse les galeries à machines à sous non pas dans son souterrain fraîchement dévoilé mais dans un site moins scintillant mais tout aussi excitant : Juan Atkins, le bruxellois Geoffroy, Dan Ghenacia, Sylvio et Dino feront rouler les corps. C'est Inaugural Rollin Sound Game et sur invitations uniquement au 04 72 98 05 00.

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MERCREDI 05 AVRIL 2000 _ #078

 

When You Touch Me

Jeudi, en avant-soirée, une visite à l'aérien Virgin Megastore n'annonce rien de révolutionnaire pour les mangeurs de disques qui fuient les sillons imposés par les grosses Universal Company. Magasin bien fichu même si les vendeurs du rayon house-techno devraient réviser leurs feuilles de style : Alex Gopher en techno, il faut oser. Pourquoi pas, dans un élan de fantaisie, Manu Le Malin dans les bacs house ? Vendeurs que l'on retrouvera fêter leur rentrée des disquaires au VertuBleu. Claire en grogne, Mireille fatiguée, nous dînons rapidement et fuyons la beauferie virginale nous encerclant : "Olé Olé Olé Olé Olé !". Le lendemain sera plus joyeux au Hilton. Le casino dévoile ses tapis verts et nous découvrons que la déco n'est pas plus Disneyland que les happy fews attachés à leur flûte de champagne présents dans ce tombeau à jeux crypto-égyptiens. Momies enrubandées de visons, entrepreneurs, hommes politiques "passés et présents" : "Francisque Collomb ? Je croyais qu'il avait déjà une rue à son nom qu'il était mort quoi", chuchote à son Pimpo, une Bimbo épousant sa robe fuchsia de la maxime très mode : "Je n'ai pas de style mais j'ai les moyens d'acheter le bon goût." Ours Fort, graine montante du décisionnel politique local, nous expose son gaufrage en s'associant à un night-club flottant pour une prochaine fête municipale. On l'avait prévenu. Claire s'inquiète de mon air attendri devant Françoise ou Stéphane C. alias Le Petit Poucet qui me présente, d'un regard brillant, sa légitime. Au bord de la surdose de champagne, nous approchons Benjamin, jeune bleu de cocktail, la libido au bord de son visage taillé au carré, attablé tel un ouvrier en attente de son café matinal. Nous l'initierons à la bonne conduite à adopter parmi les pique-petits fours à la drague facile. Miss Rhône-Alpes l'accroche rapidement et nous nous concentrons sur les porteurs de bouteilles, les ravissables Siegfried et Vincent. Ma princesse consort corrige mon entrain vis-à-vis des deux louveteaux : "Il faut toujours être poli avec le petit personnel." Nous sautons les bras encombrés d'orchidées dans un taxi pour le Village-Club. Mes dames me laissent comater en compagnie de Marie et Jacques Perrichon tout aussi chaleureusement baignés dans l'alcool. La Divine Comédie étant tombée pour la blanche, le voyage pour le nouveau lieu d'after avancé, le Box Office, s'arrête sur une énième écoute en boucle de l'interminable et heureux When You Touch me de Taana Gardner. Un disco à embrasser, à transpirer, à baiser, à aimer. samedi, le réveil se fait sur FG qui nous narre le bilan de la Winter Conférence de Miami qui est à la House Nation ce que le Midem est à la variété : la Mecque de la dj-culture. Selon la radio parisienne, les Anglais se font plus voyants avec leur "esprit festif" (circa le désastre qu'est devenu Ibiza), les piscines sont peuplées de la crème des djs mondiaux et les beautiful people se gavent de parties. Vivement juin et le plus coolant Sonar Festival barcelonais.

Primo tempo. Mercredi, dj Ranium s'exerce au Bistroy. La Brasserie L'Espace (26, place Bellecour) propose un dîner italien avec le groupe Trigones et Yves Le magicien. Au Transbordeur, Radio Scoop fête ses 18 ans en compagnie du gratin de la variété actuelle. La soirée est-elle interdite aux majeurs ? Vendredi, Le Monde à l'Envers entoure Chloé de Laurent Hô et Axel. Samedi, Wake Up ! au Fridge avec le britton Antoine pendant que la Marquise fait Zimpala avec David Walters et BNX pour de l'électro équatorial. Spiritual Frequencies invitent, pour une Krishna Way, Driss, Lestat, Esion, Thy-Lan et plus au 36 72 code 98 99 00.

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MERCREDI 12 AVRIL 2000 _ #079

 

Accords et de travers

Mercredi en huit, le Transbordeur sert le gâteau d'anniversaire des 18 ans de Radio Scoop. Face à ses stars de la chanson à textes ("Je me couche dans mes draps froids, ils ne se souviennent plus de toi, de nos fougueux ébats") et du R'n'B tricolore en conserve, l'ennui me prend. Jacques Haffner qui accompagne son jeune (mais déjà musicalement exigeant) neveu me sauve d'une mauvaise fin de nuit avancée. Nous papotons d'une salle obscure où le concert nous fait regretter la réussite qu'aurait pu être l'événement sous la forme d'un dance machine plus électrisant et un Trans'Club où tous boivent pour ne pas partir. "Comment arrives-tu encore à écrire sur la nuit ? À Lyon, les intellos sont chiants et restent entre eux ; les Beaufs sont chiants et restent entre eux. Personne ne se mélange. Tu ne te fais pas trop chier ?", charge le fleuriste. Pour jeudi, où nous rions à l'United Café avec Christophe-Lionel, dandy de Monoprix maniant le verbe tel un aristocrate sorti d'un Arlequin à l'eau de rose, où Kamel ferme son délice de Mushi-Mushi d'un "C'est fini ! Va-t-en ! Non, reviens ! Prends un verre". Pour vendredi, où Christophe insulte à tue-tête son passé composé, où je fais le méchant avec un "start partner" branchouille, où tout le VertuBleu danse et tourbillonne à en perdre la fête sur Piaf et le "Black Trombone". Pour samedi matin où Claire m'entraîne faire un after pic-nic sur les quais, y boire des verres de vodka, manger des croissants et contempler la Saône se vider de sa "poésie des détritus" : "Oh ! un radeau de vieux pain !". Pour le Village-Club où Michel se lance dans la tenue para-printa-militaire, où je m'impressionne d'aimer encore et toujours un Philippe incertain. Pour tous et bien d'autres, la nuit restera un aimant. Pour les murs et fonds de commerce, tout et tous passeront à travers.

Portez des nuits-pieds. Mercredi, le Waff Bar (13, rue Neuve, quartier Terreaux) se gave de ragga sounds avec les djs Slider, Grum et Shock Lion alors qu'au 2P + C, les Oldies But Goodies s'impose avec dj Rocco. Dans un autre genre, le République fête ses 7 ans de bons services auprès d'étudiants et jeunes club-babes en sortant un casino magique, un show Chippendales, Dj Marco et tout plein de cadeaux. Les bougies s'éteindront plus tard à La Cour. Jeudi, La Marquise s'adonne à la house made in San Francisco avec Mark E-Quark suppléé de Florent et Love. Vendredi, la péniche calme les flots en compagnie de Russ Dewberry pour un moment de Jazz Room. Au CCO de Villeurbanne, Bafang présente les Rencontres en Pay'zzaj avec Appolo, Les 4 têtes et Le Quatrième parallèle en revisiteurs d'un soir de jazz. Cyb, Didydee, Nyto et Mc Shane investissent le Chantier lors d'une jungle drum'n bass party. Dimanche, dès 19h, le Pez Ner et le Bistroy s'associent dans les métissages d'etno-groove (JMPZ), ska (Botamin) et rap (Svinkels). Au Fridge, Carl Cox, Trevor Rockliffe, Dj C1 et Olivier d'Oxia clôtureront la semaine en tech-house boosters. In Tec Tour 2000 à dévorer.

Starring, Starting Up ! Vendredi, Starting Up ! s'installe Salle Sédaillan (55, rue des Docks, quartier Vaise) comme un très heureux événement. Dancefloors, performances, images et arts se partageront In Extremis, Love, Pascal'Rotax'Pioux, Slider, Ranium, Luigi, le Gentil Garçon, Éric Barray la suite de ce brillant générique sur www.abactalab.com/starting up. Vital pour bien ouvrir les yeux et jouer avec ses jambes.

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INSTINCT NOCTURNE

Écrit par Baptiste Jacquet
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire

 

 

 

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