|
|
|
INSTINCT NOCTURNE
|
Écrit
par Baptiste Jacquet |
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire
|

|
|
| |
|
MERCREDI 23 FEVRIER 2000 _ #072
|
|
 |
|
|
Body
and seul
Semaine de rêve où je m'imagine dans une nuit inouïe.
Une nuit où Lyon serait à l'heure de la prospérité
tant vantée, celle qui fait sauter les tribus frileuses des
périodes de crise. Une nuit où des agents de sécurité
ne tiendraient plus la porte de la disco ; où le patron aurait
compris que "c'est en incitant au mélange des genres
et porte-monnaie que l'on fait les plus belles fêtes"
; où le dj regarderait plus le dancefloor que ses platines
ou ses potes djs ; où " Claire aurait des couilles"
(dixit Le Bimb) ; où le mot "Party" serait
banni des flyers et remplacé par "fête" (histoire
d'assumer pleinement l'objet festif de la soirée annoncée).
Une nuit où les stylistes auraient enfin foutu la raclée
à l'aseptisé dictatorial du look streetwear qui infecte
bars et discos (quand Carrefour et mon grand-oncle s'y collent,
il est peut-être temps de renouveler la mode) ; où
chacun pourrait s'égarer dans l'illicite d'attouchements
anormaux ; où Marie-Hélène ne me réveillerait
plus à deux heures de l'après-midi pour me messager
: "L'autre soir, j'avais un peu bu. Je t'ai dit des trucs
que je n'aimerais pas trop lire dans Nuits Mobiles". Une nuit
où tout organisateur ayant de bonnes idées ne serait
plus obligé de se demander "Mais où pourrais-je
faire cette soirée ?" (circa ce parisien courageux,
mercredi
: "À Bordeaux, nous n'avons eu aucun problème.
Ici, cela me semble tout de suite compliqué") ;
où les raves pointeraient leur beau retour et renourriraient
enfin la musique électronique dansante ; où Raphaël
se déciderait à prendre en photo sa queue en érection
dans les toilettes du Funambule. Une nuit où les bordels
gays ou échangistes sentiraient le sexe protégé
mais joyeux ; où certains arrêteraient de penser que
la House Nation est le nouveau rock à partir duquel
on se rebellerait comme un idiot (est-elle toujours vivante ?) ;
où Mireille arrêterait de me voir comme un Pierre
Clémenti édenté ; où les gros investisseurs
nocturnes deviendraient courageux ("Chabert (multi-patron
des Oxxo, Fish, First) a beaucoup fait pour Lyon", osait
un noctambule interviewé dans les colonnes d'un confrère.
Oui, il a certainement beaucoup fait dans le conservatisme et dans
la fausse idée que les Lyonnais sont des pépères
dès 25 ans). Une nuit où les Gus Gus du Fish,
vendredi,
seraient mieux compris par de petits étudiants tranquilles
; où Françoise sortirait toutes les nuits en compagnie
du beau Pierre. Bref, une nuit qui échapperait au "Je
ne sors plus. Je dors. Parfois, je prends un apéro au 2P + C et à 2h je suis au lit. Que veux-tu faire ?".
Les propos du trotteur croisé ce samedisemble
à la fois pessimistes et encourageants. Encourageants pour
tous ceux qui pensent que les nuitards lyonnais sont plus nombreux
que les bonnes fêtes. À nous de les faire sortir.
Revue
de danses. Mercredi, Manoo perpétue la tradition soulful
au 2P + C et sa Oldies But Goodies. Au Fish, Groove de là
plante ses flow sur le Fish avec DDD, Krisfader et Samir. Jeudi,
Le Monde à l'Envers souhaite Welcome au Nantais Tomawak accompagné
des habitués Lem et Bastouille. Vendredi, l'apéro
se prend au Balbuz'art (22, montée des Carmélites,
quartier Croix-Rousse Pentes) ou chez Art Com Studio (6, rue Mazard,
quartier Perrache). Plus tard, Spider, dj H et Fraggle font la ronde
autour des seventies lors de la Keep da Fire Burnin' à La
Marquise. Samedi, le Box Office reçoit Agoria, All'N et Didier
Largeman pour Kiss ! Les free-parters se disperseront à Infra
Bass avec Nathanael K, Yan et Silverbard au 36 72 x1 09 08 79. Public
Averty danse avec Little-M, Max, Redolph au 04 78 42 17 90. Pour
la tradition, le Phbus Café programme le reggae de Yao Kan
(22, rue Pouteau, quartier Croix-Rousse Pentes). Dimanche, Radi
Tabasco (Mad-Lausanne) est l'invité de la Police Factory
au Fridge.
Music
for babies. Mercredi 1er mars, la maison Pussy Foot enveloppe
La Marquise pour un live d'Howie B et son staff. On y va les yeux
fermés et les oreilles nettoyées. En attendant la
semaine prochaine, redécouvrez son premier album "Music
for babies", hermétique et confortable comme un foetus.
Histoire d'apprécier l'art du multiplatinium producteur.
|
| Haut de page |
|
MERCREDI 01 MARS 2000 _ #073
|
|
 |
|
|
L'à
part te manque
Semaine de dîners en appartement où l'on déguste,
mercredi,
chez Alice des sushis bancals assaisonnés d'une petite fontaine
de saké. À 3h, Géraldine déambule dans
une scène de fashion victim alcoolique : "Oh
! Tu as une écharpe Dries Van Noten ! Mon manteau est de la même marque.
Je l'ai acheté en solde 2 950 francs. Pas mal, non ?"
Le lendemain, nous prenons l'apéritif dans des gobelets en
plastique lors du vernissage de l'exposition Tibet au CHRD
(avenue Berthelot, quartier Jean-Macé). Claire feint d'ignorer
Ours Fort qui semble ne plus lâcher d'un tailleur une
élue locale. Nous parcourons l'expo embourbés dans
une foule de badauds à regarder des clichés jonglant
entre pleine page voyage du National Geographic et photo
reportage au Tibet réprimé. Christophe Boum
et Primabella nous invitent à passer déguster
leurs délicieuses pizzas maison et nous dissertons sur le
prétendu triste destin des gays. "Aujourd'hui, ils
ne font qu'ouvrir des bordels et ce qui s'y passe à l'intérieur
n'est pas forcément réjouissant. On a l'impression
qu'ils ont oublié que beaucoup de mecs sont morts du sida,
il y a peu", s'émeut Christophe. Sur le chemin du
sommeil, Claire reconnaît l'allure "sexy" de l'adorable
: "Pourquoi sont-ils, pour beaucoup, gays ? Cela en devient
agaçant". vendredi,
nous oublions involontairement la Fireball du Bateau blanc
et je m'endors sur l'acidité du That's the Way love is
de Ten City. samedi
nous emmène, après un repas pâtes-tarte aux
pommes superbullé de champagne, au Funambule en pleine
séance de revival 70's puis au Village-Club. Claire
joue avec Guillaume Tanhia au frottis oriental avant de se
lancer dans des PMG à paille : "Guillaume
en pince pour vous", pense-t-elle alors que l'intéressé
me souffle "Claire, je l'aime". Trop tordus pour
être dans le vrai, ces échanges nous font pousser la
porte d'une Divine Comédie bon-enfant : "Bon,
qui va se faire tirer ce matin ?", se vulgarise un jeune
beauf. À l'aube, ma RPD (relation par défaut)
s'éclipse par un bon baiser amical. La disco s'excite de
mains baladeuses et petites gueulantes du surveillant dans les toilettes
: "Hey ! Les chiottes ne sont pas faites pour baiser ! Il
y a un baisodrome en bas pour ça !", hurle le gars
à un amoureux collant au Wonderbra de sa pucelle, tout apeuré
par un éventuel assaut hostile sur sa belle. En salle, un
bidasse en tenue d'attaque robotise : "Elles sont où
les femmes ? Elles sont où les femmes ?"
E-mobiles
? Mercredi, Howie B, Jeremy Shaw, Mc Solo et Simon Richmond
font plastiquent la Marquise au trip-hop et électro-bidouillages.
Le plan inouï de la semaine. Ceux qui ne supporteront pas de
se battre à coups de doudounes à l'entrée de
la disco iront goûter la salsa à L'Élément
(20, rue Saint-Georges) pour un apéro-mix exotique. Jeudi,
Le Monde à l'Envers laisse Freddy J et Krispaglia tester
la résistance de ses enceintes à l'hard-techno. Au
nouveau Le Studio (12, quai Saint-Vincent), Attractive 2 est dirigeé
par Tom, Jack F. et dj No. Vendredi, relâchement. Samedi,
IMK part dans la nature avec Kiko, Max le Sale Gosse, Igor et plus
au 36 72 *1/016938. À l'Element, dj Dam révèle
sa Définition Of House pendant qu'au Titan, Gaia sort l'Over
Kitsch parisienne acoquinée de Lio. Mercredi 8, Philippe
Moncorge et ses amis se lancent dans une intervention plastique
sur le thème "Les droits de la terre et la danse des
moulins à café". On court chez Ramdam au 04 78
59 62 62 pour plus d'infos.
Boule
de feu 2. La soirée n'est prévue que pour le vendredi
17 mars mais notez que le choc du printemps arrive au Bateau blanc
lors de la Fireball deuxième acte : Adam F, J. Majic et Mc
Mc tenteront de réitérer leurs coups de masse réalisés
au Pez Ner l'an dernier (la plus mémorable et magnifique
nuit de l'année). À bloquer sur les agendas.
|
| Haut de page |
|
MERCREDI 08 MARS 2000 _ #074
|
|
 |
|
|
Ordinary
man
Mercredi dernier,
Claire exauce mon envie secrète de la veille et m'apporte
pour dîner un coffret de petits cubes de chocolats Richart.
Nous piochons, le guide en main, dans ce renversant damier de "ganaches
aux feuilles de verveine et pétales de roses" et
autres "pralinés aux amandes d'Andalousie" avant
de descendre la pente qui mène à La Marquise.
Je ne suis définitivement pas en odeur de sainteté
à l'entrée. Peu importe. Howie B et le Pussyfoot
crew slaloment entre live-acts et dj sessions proto-bordéliques
pendant que nous flirtons aux pailles de nos PMG en compagnie
de Pierre Budimir, coiffé de sa casquette indéboulonnable.
Il nous invite au prochain Jazz à Vienne et nous promet
mondanités et hypothétiques nuits fluviales sulfureuses.
Je croise Christophe ayant enfin raccroché pour un
soir sa souffrance (qu'il vit certainement comme consistance). Peu
importe, on l'aime bien, même beaucoup, lorsqu'il s'allège
de son air triste habituel. Une envie pressante m'enferme rapidement
dans les toilettes avec Karine et me plaque dos à
elle contre la porte : "Vas y ! Je te promets que je ne
regarde pas." La splendide clôt la séance
: "Non, je ne peux pas. Ça bouchonne et devant toi,
impossible." Nous finissons à chahuter sur un vieux
Colonel Abrams qui n'émeut que modérément
un Fabien toujours attaché à son amour passager. vendredi
débute l'enquête à paraître dans le prochain
numéro de Lyon cap', celle du testing du supposé délit
de faciès à l'entrée des discos. "Ton
couple de Beurs, tu as vu comment tu les as sapés ? Attends,
beaux comme ils sont, ils vont rentrer partout", se moque
Mireille lors du dîner général au VertuBleu.
Après une péripétie de deux nuits intenses,
nous finissons tous au Café 203 où l'on digère
nos sonneries à la vingtaine de boîtes visitées.
Alain Turgeon peste, rieur-rageur, contre son statut de "rebelle"
dans Nova Mag': "Ils ont écrit n'importe quoi. Je
n'ai rien à voir avec ce truc". Son visage lumineux
me renvoyait à notre échange, il y a quelques semaines
: je croisais le romancier dans le métro en possession de
son premier roman Gode Blesse, code-barré du logo
de la bibliothèque : "j'ai voulu faire des retouches
pour l'édition de poche à venir et je me suis rendu
compte que je n'avais plus mon livre. Je viens donc de l'emprunter",
rigolait le beau Québecois. Finalement, nous nous sauvons
fatigués et je clos mes paupières sur l'affectueux
album de Day One.
Mozaik
à tout faire. Samedi, Cut groove rafraîchit l'air
des raves avec Mozaïk. Le bon plan du week-end où l'on
dansera avec Djamency, No, Yellow, Jack F, P'tit Pierre, Sage, Symbioze
et le brillant Tonio. C'est 60 F à l'entrée et se
situe au 36 72 * 1 11 03 2000.
Meeting
electric zone. Mercredi, Ramdam sort son intervention plastique
sur le thème "Les droits de la terre et la danse des
moulins à café". Tout un programme au 04 78 59
62 62. Au Bistroy, les djs DDD et Fudge servent du trip-hip-hop
et drum'n bass. Jeudi, La Marquise fricote hip-hop et house avec
Dee Nasty et dj Chang. Vendredi, toujours sur la péniche,
Spider offre Lavibe Party en compagnie de PP le Mocco et Dale Cooper
pendant que son voisin, Le Fish, part au Brésil avec Carnaval.
Au Squale (15, rue Puits-Gaillot, quartier Terreaux), le shop Cyborg
installe sa Bomb Inside avec Cyb, Nyto et Mc Shane. Welcome au Studio
(12, quai Pierre-Scize) avec Alex K, I.Gore et P.Moore. Samedi,
le Box Office se housize avec All'n et Fred'X. Au Fridge, Wake Up
! remue les gays et G-Friendly avec Sophie et D-Troy. Enfin, "Put
yours hands up in the air" avec Mister Mike au Titan.
|
| Haut de page |
|
MERCREDI 15 MARS 2000 _ #075
|
|
 |
|
|
Cette
violence que ma couleur de peau ignore
Retour sur nos nuits de testing. Vendredi
3 mars,
nous posons les dernières mises au point de notre enquête.
Amel et Mohammed sont tout sourire et acceptent ce qui sera, au
final, un jeu de massacre. Le grand et beau jeune homme sort de
la salle de bains endimanché de N&O minimaliste et velouté
: "Ouf ! On dirait que je vais à un mariage."
Nous lui conseillons de balancer la chemise blanche pour un pull
en V moins princier. Plus tard, lors d'un dîner collectif
au VertuBleu, un jeune habitué me cherche dans un
discours : "Viens plutôt faire un testing dans mon
entreprise. Tu verras, iI n'y a pas un Arabe et les femmes se taisent.
C'est peut-être plus intéressant. Non ?" Je
pars brièvement dans cette fausse dualité, qui ne
peut que se vicier, entre l'insertion par le travail et l'insertion
par les loisirs. Nous nous retrouvons rapidement sur les quais,
planqués derrière des voitures en stationnement, à
constater l'hécatombe sur ce chemin d'enseignes tapageuses
et pleines de lumières. On imagine les yeux vidéos
tramant un petit moniteur dans le sas d'entrée. Les portes
s'entrouvrent et se referment banalement. Anne-Sophie et Raphaël
reprennent le relais et se font balayer le chemin des lieux d'une
large et amicale bienvenue. Au fil du parcours, les deux qui n'ont
pas choisi leurs faces belles et colorées, et à qui
on ne semble pas donner le choix de leurs loisirs, se retranchent
derrière des sourires de bons joueurs. Notre huissier enfile
cigarillos sur cigarillos. Le photographe se fait transparent et
les deux chanceux, à qui la nuit appartient, patientent,
paisibles. Sur la fin, les deux couples semblent de plus en plus
proches alors que la nuit ne les a que séparés. J'accuse
une poussée de chaleur à se plonger la tête
dans la glace. Une rage qui monte et brûle le visage. Mes
yeux se barrent de lignes humides et j'ingurgite au concret cette
violence que ma couleur de peau ignore. Au petit matin, Programme
tourne sur la platine CD et son Cerveau dans ma bouche m'inspire
la vision de ces salles de jeux bruyantes, peuplées de cette
jeunesse rejetée, où l'entrée est acceptée
par une simple pièce de cinq dans la fente, où le
défoulement solitaire se fixe sur un combat virtuel.
The
roof is on fire ! Vendredi, Fireball au Bateau Blanc avec Adam
F, J. Majik, Mc Mc en jungle jammers. Certains parlent encore avec
les pupilles qui frétillent du précédent passage
de ces tueurs de dancefloors au Pez Ner l'an dernier. Si la combine
fonctionne comme la dernière, les absents se mordront les
mollets de regrets pendant tout le printemps. Indispensable.
En
tournée. Jeudi, les Jumping Bass font résidence
au Monde à l'Envers avec Yellow, Dan et No. Vendredi, les
raveurs seront de la Reload en techno-compagnie de D'Jamency, Max
LSG, T.Blitz et plus au 08 36 68 36 72 code 12 03 2000. Au Pez Ner,
Bucolic eclectric electronic avec Buzz, Puzzle, LRA et Al Capone.
Pour levez les bras sur de la Trance, L'Indian Café (16,
rue Longue, quartier Cordeliers) à Bio, Max LSG et Damien
pour Infinity. Samedi, Mr Scruff du Ninja Tune sourit à La
Marquise avec de l'electro et house tordante. Une free-party Techno
Terroriste s'avance au 36 72 * 1 99996 66. Dimanche, dj Freddy,
Didier Largemain et Brahm's se charge de la Submission du Box Office.
|
| Haut de page |
|
MERCREDI 22 MARS 2000 _ #076
|
|
 |
|
|
Dégorgement
de chaleurs
Mercredi,
l'Institut Lumière réduit son écran
pour La Cinquième et son reportage fleuve sur notre
belle et internationale ville. Les petits plats sont mis dans les
grands reportages et nous chargeons Xavier de visionner l'affaire
: "Là, c'était le cliché frontal entre
des gens d'Ainay et de la Croix-Rousse", résume
le web-journaliste. Les fourchettes crochetées dans le requin
mitonné par La Minaudière et Philippe Chavent,
Pascaline nous narre avec passion la rocambolesque histoire
d'un noble italien et d'une jeune héritière (frigide,
il semblerait) de la maison à coudre Singer à rendre
un Stéphane Bern fou de jalousie. Claire s'en va tenter des
public-relations étranges : "Oui, d'accord, c'est
une fashion-victim sans aucun goût mais elle est gentille",
se défend ma compagne. Nous grelottons aussitôt sous
le hangar et reniflons des thèses politiques et de métissages
avec Farid : "Le délit de faciès existe
certainement plus à Lyon qu'ailleurs, j'ai l'impression.
As-tu vu une seule boîte de raï avec pignon sur rue ici
?" Effectivement, si quelques restaurants se parent de
rythmes orientaux pour couvrir le bruit des assiettes, si une poignée
de bars "communautaires" s'enterrent dans leurs sous-sols
pour finir la nuit en noctambules clandestins, Lyon ne brille pas
pour ses boîtes maghrébines. jeudi, Claire insiste
pour fêter le printemps à L'Escalier et m'assure
de la présence de la merveilleuse Françoise qui déclarera
forfait avant notre arrivée. Le bar est fiévreux,
Primabella en sourire et son homme excité : "On
a chassé sur le Net hier soir. Le deal était que le
mec sonne à la porte à poil, prêt à baiser.
On n'y croyait pas trop. Il est venu et a lâché ses
fringues dans le sas commun", rigole le gaillard. Plus
tard, nous faisons grimper le taux d'alcool réchauffant nos
veines à l'United Café, temple de la pintade
élevée au grain de la ferme. Le très fragile
Stéphane C., en compagnie d'un téléprésentateur
touché par le syndrome Laurent Boyer ("je tutoie
tout le monde, c'est mon côté star-system, microcosme")
semble décontracté mais toujours peu sensible à
ma drague maladroite et directe. Guillaume, séducteur définitif,
m'explique qu'avec ce type de jeune homme, "il faut la jouer
en finesse". Tant pis. Tant pis également pour la
Fireball du lendemain où la fatigue me retient dans
un lit de solitaire. samedi, la tournée des bars gays
n'est que musiques de supermarché, délires de drogués
au sexe facile et long échange avec Ours Fort à
qui je m'efforce, sans espoir, d'expliquer "qu'il n'est
pas judicieux de pacser avec des établissements nocturnes
basiquement étrangers à l'idée que l'on peut
avoir d'une vraie fête : métissée, populaire
et généreuse". L'eurodance le rend sourd
et il m'embrasse tel un homme politique conservateur. En appartement,
le poste lâche une interview d'un triste rugbyman expliquant
la défaite de son équipe dimanche après-midi
: "Il y a eu aussi un problème avec cette nouvelle
chaleur dans le stade : nous n'avons pas assez dégorgé."
Accordez
vos volants. Samedi, la Maison de la Danse sort les fanions
tricolores et la rosette qui graisse les doigts pour le Bal dingue
d'Yvette Horner. Ce sera certainement plus chic, bien que déconnant,
mais pas moins que la sortie nocturne de la semaine.
Bladedancers
are repliquants. Mercredi, Le Monde à l'Envers fait sa
Luluterie avec Lululala, P. Moore, Bastouille, Strat et St Jean.
Jeudi, le ghetto house se niche à L'Ambassade pour une Brooklyn
Boogie. À L'Élément (25, rue Saint-Georges),
Flore gravite autour de la drum'n bass. Au 12, quai Saint-Antoine,
c'est le hip-hop de Didydee et Evok qui prend l'assaut du Studio.
Vendredi, dans le cadre des Inouïes, Asian Dub Foundation se
gonfle du Natty Bass Sound Sys. et K-Reem au Transbordeur. À
fréquenter, le corps bien vitaminé. Le Monde à
l'Envers invite les sudistes Rykk's, Sandy et Juan Pedrox. Samedi,
Ultimate Techno au Space avec Dany, Fury et JPS pendant que la New
Eden Party de Madcap et ses amis programment les sonorités
d'Europe centrale de Malossol au Bart (16, rue Romarin, quartier
Terreaux). Dimanche, Factory au Fridge avec Vas des brillants Kojak.
Mercredi, Oldies But Goodies contine au 2P + C avec dj All'N.
|
| Haut de page |
|
MERCREDI 29 MARS 2000 _ #077
|
|
 |
|
|
Je
ne sais plus ce que j'ai fait la nuit dernière
"Je
suis en plein jet-lag. Je viens récupérer un bout
à manger et pars me coucher",
s'essouffle Jean-Yves Augagneur en trottinant dans les rayons
de Maréchal, mercredi
soir. Je l'entraîne à L'Escalier où Marie-Hélène
fantasme mi-effrayée, mi-déçue, sur son viol
collectif raté après une sortie de surchauffe au Look
(quartier Saint-Jean) : "J'étais avec Nadia devant
ma porte d'immeuble, lorsqu'une Mercédès s'est arrêtée
et cinq Arabes nous sont tombés dessus. Nadia m'a sauvée
du viol", s'illumine la grande dame. Jean-Yves nous donne
des nouvelles de San-Francisco et du style ambiant de la ville "gay"
: "Là-bas, les mecs prennent le temps de te draguer
: 3 ou 4 jours avant que tu ne fasses quoique ce soit de sexuel
alors qu'ici, deux minutes suffisent dans un bordel". vendredi,
Le Bimb, nouvellement parisien intégré, s'énerve
contre le côté "malsain" de Lyon le week-end.
Nous dînons tardivement à Mon Manège à
Moi avant de bien se tenir au Village-Club. Le Bimb
: "Elle est où la vedette ? Je ne partirais pas sans
avoir aperçu Laurent Ruquier". samedi,
Arnie mixe seventies dans un atelier de la rue Donnée
où Claire finit sa colère de la semaine : "Vous
avez écrit inconsciemment que je n'avais pas de goût
et que j'étais gentille". Fausse et malheureuse
ponctuation qui m'accorderont son pardon sur un "love to love"
en extension dans la salle surpeuplée de verres et artistes
éméchés. Le Bimb et Christian
se cherchent puis se trouvent dans la chambre qu'ils oublieront
au petit matin. "Je ne sais plus ce que j'ai fait la nuit
dernière", me sourit le joli de son air de gosse.
Galopées
d'avril. Mercredi, Jamaica Freedom Sounds s'installe en hebdomadaire
au Funambule. Au Plastic People, on ressort les croix et le rimmel
noir pour une Apostasis gothique pendant que le Bistroy junglise
son bar avec Only Jungle et les Cyb et K-reem. Les Oldies But Goodies
font la cuisine au 2P + C avec All'N et reviennent, vendredi, au
Fish supplées de Dj Rocco. Le voisin de quai, La Marquise,
reçoit dj Kronic et son dub-reggae flottant. Pour Le Monde
à l'Envers, les Rencontres Trance-Psyché sont maîtrisées
par Kaî-koura, Gill et Tajmahal. Samedi, les farceurs sortent
du bocal au Loft et sa Nuit du Poisson. Au Box Office, Kiss ! visite
les 7 péchés capitaux (à l'instar des parisiennes
Scream, les concepts lyonnais demeurent toujours aussi originaux)
avec, cette soirée-là, la Paresse et Tony Wallace
en excitant. Le Fish se paye Superfunk et Kojak pour son troisième
anniversaire. Les moyens de la méga-barque ne manquent pas
mais la réputation "infréquentable" étant
surfaite et confirmée, les bougies brilleront sans nous.
Dimanche, une nouvelle sortie de l'esprit "gothique" au
Woodland's (82, quai Arloing - Quartier Vaise) avec Zef, Rozz Evangel
et plus au 04 78 83 60 80.
Cent sons et Da
rythma. Samedi, après son inauguration de la veille entre
institutionnels et happy fews, le casino égypto-carton du
quai Général De Gaule amuse les galeries à
machines à sous non pas dans son souterrain fraîchement
dévoilé mais dans un site moins scintillant mais tout
aussi excitant : Juan Atkins, le bruxellois Geoffroy, Dan Ghenacia,
Sylvio et Dino feront rouler les corps. C'est Inaugural Rollin Sound
Game et sur invitations uniquement au 04 72 98 05 00.
|
| Haut de page |
|
MERCREDI 05 AVRIL 2000 _ #078
|
|
 |
|
|
When
You Touch Me
Jeudi,
en avant-soirée, une visite à l'aérien Virgin
Megastore n'annonce rien de révolutionnaire pour les
mangeurs de disques qui fuient les sillons imposés par les
grosses Universal Company. Magasin bien fichu même si les
vendeurs du rayon house-techno devraient réviser leurs feuilles
de style : Alex Gopher en techno, il faut oser. Pourquoi
pas, dans un élan de fantaisie, Manu Le Malin dans
les bacs house ? Vendeurs que l'on retrouvera fêter leur rentrée
des disquaires au VertuBleu. Claire en grogne, Mireille fatiguée,
nous dînons rapidement et fuyons la beauferie virginale nous
encerclant : "Olé Olé Olé Olé Olé
!". Le lendemain sera plus joyeux au Hilton. Le casino
dévoile ses tapis verts et nous découvrons que la
déco n'est pas plus Disneyland que les happy
fews attachés à leur flûte de champagne
présents dans ce tombeau à jeux crypto-égyptiens.
Momies enrubandées de visons, entrepreneurs, hommes politiques
"passés et présents" : "Francisque
Collomb ? Je croyais qu'il avait déjà une rue
à son nom qu'il était mort quoi", chuchote
à son Pimpo, une Bimbo épousant sa robe fuchsia de
la maxime très mode : "Je n'ai pas de style mais j'ai
les moyens d'acheter le bon goût." Ours Fort,
graine montante du décisionnel politique local, nous expose
son gaufrage en s'associant à un night-club flottant pour
une prochaine fête municipale. On l'avait prévenu.
Claire s'inquiète de mon air attendri devant Françoise
ou Stéphane C. alias Le Petit Poucet qui me présente,
d'un regard brillant, sa légitime. Au bord de la surdose
de champagne, nous approchons Benjamin, jeune bleu de cocktail,
la libido au bord de son visage taillé au carré, attablé
tel un ouvrier en attente de son café matinal. Nous l'initierons
à la bonne conduite à adopter parmi les pique-petits
fours à la drague facile. Miss Rhône-Alpes l'accroche
rapidement et nous nous concentrons sur les porteurs de bouteilles,
les ravissables Siegfried et Vincent. Ma princesse consort corrige
mon entrain vis-à-vis des deux louveteaux : "Il faut
toujours être poli avec le petit personnel." Nous
sautons les bras encombrés d'orchidées dans un taxi
pour le Village-Club. Mes dames me laissent comater en compagnie
de Marie et Jacques Perrichon tout aussi chaleureusement
baignés dans l'alcool. La Divine Comédie étant
tombée pour la blanche, le voyage pour le nouveau lieu d'after
avancé, le Box Office, s'arrête sur une énième
écoute en boucle de l'interminable et heureux When You
Touch me de Taana Gardner. Un disco à embrasser,
à transpirer, à baiser, à aimer. samedi,
le réveil se fait sur FG qui nous narre le bilan de la Winter
Conférence de Miami qui est à la House Nation ce que
le Midem est à la variété : la Mecque de la
dj-culture. Selon la radio parisienne, les Anglais se font plus
voyants avec leur "esprit festif" (circa le désastre
qu'est devenu Ibiza), les piscines sont peuplées de la crème
des djs mondiaux et les beautiful people se gavent de parties. Vivement
juin et le plus coolant Sonar Festival barcelonais.
Primo
tempo. Mercredi, dj Ranium s'exerce au Bistroy. La Brasserie
L'Espace (26, place Bellecour) propose un dîner italien avec
le groupe Trigones et Yves Le magicien. Au Transbordeur, Radio Scoop
fête ses 18 ans en compagnie du gratin de la variété
actuelle. La soirée est-elle interdite aux majeurs ? Vendredi,
Le Monde à l'Envers entoure Chloé de Laurent Hô
et Axel. Samedi, Wake Up ! au Fridge avec le britton Antoine pendant
que la Marquise fait Zimpala avec David Walters et BNX pour de l'électro
équatorial. Spiritual Frequencies invitent, pour une Krishna
Way, Driss, Lestat, Esion, Thy-Lan et plus au 36 72 code 98 99 00.
|
| Haut de page |
|
MERCREDI 12 AVRIL 2000 _ #079
|
|
 |
|
|
Accords
et de travers
Mercredi en huit,
le Transbordeur sert le gâteau d'anniversaire des 18
ans de Radio Scoop. Face à ses stars de la chanson
à textes ("Je me couche dans mes draps froids, ils
ne se souviennent plus de toi, de nos fougueux ébats")
et du R'n'B tricolore en conserve, l'ennui me prend. Jacques
Haffner qui accompagne son jeune (mais déjà musicalement
exigeant) neveu me sauve d'une mauvaise fin de nuit avancée.
Nous papotons d'une salle obscure où le concert nous fait
regretter la réussite qu'aurait pu être l'événement
sous la forme d'un dance machine plus électrisant et un Trans'Club
où tous boivent pour ne pas partir. "Comment arrives-tu
encore à écrire sur la nuit ? À Lyon, les intellos
sont chiants et restent entre eux ; les Beaufs sont chiants et restent
entre eux. Personne ne se mélange. Tu ne te fais pas trop
chier ?", charge le fleuriste. Pour jeudi,
où nous rions à l'United Café avec Christophe-Lionel,
dandy de Monoprix maniant le verbe tel un aristocrate sorti d'un
Arlequin à l'eau de rose, où Kamel ferme son délice
de Mushi-Mushi d'un "C'est fini ! Va-t-en ! Non,
reviens ! Prends un verre". Pour vendredi,
où Christophe insulte à tue-tête son passé
composé, où je fais le méchant avec un "start
partner" branchouille, où tout le VertuBleu danse
et tourbillonne à en perdre la fête sur Piaf et le
"Black Trombone". Pour samedi
matin où Claire m'entraîne faire un after pic-nic sur
les quais, y boire des verres de vodka, manger des croissants et
contempler la Saône se vider de sa "poésie des
détritus" : "Oh ! un radeau de vieux pain !".
Pour le Village-Club où Michel se lance dans la tenue
para-printa-militaire, où je m'impressionne d'aimer encore
et toujours un Philippe incertain. Pour tous et bien d'autres, la
nuit restera un aimant. Pour les murs et fonds de commerce, tout
et tous passeront à travers.
Portez
des nuits-pieds. Mercredi, le Waff Bar (13, rue Neuve, quartier
Terreaux) se gave de ragga sounds avec les djs Slider, Grum et Shock
Lion alors qu'au 2P + C, les Oldies But Goodies s'impose avec dj
Rocco. Dans un autre genre, le République fête ses
7 ans de bons services auprès d'étudiants et jeunes
club-babes en sortant un casino magique, un show Chippendales, Dj
Marco et tout plein de cadeaux. Les bougies s'éteindront
plus tard à La Cour. Jeudi, La Marquise s'adonne à
la house made in San Francisco avec Mark E-Quark suppléé
de Florent et Love. Vendredi, la péniche calme les flots
en compagnie de Russ Dewberry pour un moment de Jazz Room. Au CCO
de Villeurbanne, Bafang présente les Rencontres en Pay'zzaj
avec Appolo, Les 4 têtes et Le Quatrième parallèle
en revisiteurs d'un soir de jazz. Cyb, Didydee, Nyto et Mc Shane
investissent le Chantier lors d'une jungle drum'n bass party. Dimanche,
dès 19h, le Pez Ner et le Bistroy s'associent dans les métissages
d'etno-groove (JMPZ), ska (Botamin) et rap (Svinkels). Au Fridge,
Carl Cox, Trevor Rockliffe, Dj C1 et Olivier d'Oxia clôtureront
la semaine en tech-house boosters. In Tec Tour 2000 à dévorer.
Starring,
Starting Up ! Vendredi, Starting Up ! s'installe Salle Sédaillan
(55, rue des Docks, quartier Vaise) comme un très heureux
événement. Dancefloors, performances, images et arts
se partageront In Extremis, Love, Pascal'Rotax'Pioux, Slider, Ranium,
Luigi, le Gentil Garçon, Éric Barray la suite de ce
brillant générique sur www.abactalab.com/starting
up. Vital pour bien ouvrir les yeux et jouer avec ses jambes.
|
| Haut de page |
|
INSTINCT NOCTURNE
|
Écrit
par Baptiste Jacquet |
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire
|

|
|
| |
|

|