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INSTINCT NOCTURNE
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Écrit
par Baptiste Jacquet |
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire
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MERCREDI 27 OCTOBRE 1999 _ #056
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La
fête reste une forme de rave-volt
Mardi en huit,
la rédaction au complet fête son cinquième anniversaire
à La Marquise. Stéphane me pousse à
la philosophie alcoolique : "Le Get-Perrier va devenir aussi
descendu que peut l'être le gin-tonic aujourd'hui".
Passionnant. En deux pas nous mangeons sur le bon pouce du VertuBleu
où Jean-Luc E. nous narre sa noble descendance alors
que Claire me fait du pied de l'il tout en promettant de faire son
possible pour m'accompagner à L'Escalier le lendemain.
Tout avait été décoré et sonorisé
pour le pire des cauchemars festifs et peu avaient pourtant répondu
à l'appel de Gilles et son univers de pré-Halloween
sucré aux bonbons dégueux et musiques enchaînées
de cris et de peurs. Dommage, la nuit s'annonçait mémorable
après ce petit dîner chez Madcap, fan de Prince
(à en acheter une daube de reprises) et jeune homme élevé
aux musiques électroniques. Je me plains de cette nouvelle
génération qui considère la house-techno comme
le phénomène post-rock de cette fin de siècle
en recopiant toute sa face la plus navrante (rébellion, engagement
politique pré-pubère, etc..) : "La house n'a
rien de contestataire, elle est faite pour se mettre la tête
à l'envers, pour la convivialité et non pour ces tristes
free-parters qui se regardent en chien de faïence en tirant
sur leurs joints dans leurs treillis de militaires anar".
En une pirouette incontestable, Mad balance : "Mais la fête
reste tout de même une forme de révolte".
vendredi,
Lyon invite un dictateur et nous un dissident. Nous courons sous
la pluie fêter notre valeureux acte du limite "pas bon"
L'Ultime (rue Royale) au joyeusement étiolé
Village-Club. samedi,
La Marquise aligne à l'entrée de la soirée
Alex Reece une foule continue de 1h à 3h. Pas de passe-droit
possible (sauf si l'on est "super-pote" du portier), donc
on zappe. Le Fridge, petite flèche montante de la
club-culture locale, s'enivre d'un dj Freddy dancefloorkiller.
Même si la disco ne blinde pas encore, un excitant brassage
de club-babes, étudiants, VIP roomers et VRP de canapés
prend corps. Encourageant.
Quality
house. Vendredi, La Marquise joue house avec le Chicagoan CZR
du grand label International House Records. On ne fera pas la queue
en y arrivant très tôt. Samedi, le voyage pour Dijon
semble indiscutable pour la soirée du très sensible
label Style. Dans le cadre du Festival des nouvelles scènes,
le génie d'Herbert, les rigolos de Mouse On Mars, Oval, David
Wang et Tony Morley nourriront en couleur vos cellules grises. Dijon,
c'est à deux heures de Lyon et le rendez-vous est à
l'Usine (03 80 66 70 99).
Life becomes easy with... Mercredi, Junior, Nokman (Natty
Snd Sysa) et Lobo pitchent le Listen We Play du Kafé Mysik.
Jeudi, L'Harmonie (rue Neuve) est fermé (ah ?) et L'Ambassade
reçoit Rico. Vendredi, Fresh Dj Night au Studio Café
(12, quai Saint-Vincent) avec Antonx, Tinicks et Xav. Dimanche,
Halloween sort ses épouvantails, le Fridge sa Clinic Factory
et la Marquise sa Free Salsation.
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MERCREDI 03 NOVEMBRE 1999 _ #057
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L'homme
aux dents d'Or
Mercredi,
Joey Starr s'invite à la soirée BOSS
des Naughty'J, Spank et Duke. La Marquise se gorge de hip-hop
joyeux et d'une clientèle jeune, blanche et branchée.
branchée au point de faire rigoler Fraggle : "Elle,
tu sens qu'elle ne vit pas complètement ses vêtements."
La nuit débute sagement avec quelques envolées de
bras excités, petits balancements de tête pour les
plus réservés. Le Sound System s'agite et Mc
Joey Starr débute son show. Cette voix rocailleuse et ses
dents d'acier capte le monde et fait perdre de sa spontanéité
à la nuit. Tous se tournent figés vers l'homme, ou
plutôt vers sa marionnette des guignols. La question était
là. Suit-on encore Joey pour son aura de rappeur ou pour
sa mauvaise réputation caricaturale dont se nourrissent,
tels des affamés, certains humoristes en manque de glucides
? Le NTM devient sa marionnette alors, qu'a priori, un air charmeur
se dégage de ses gueulantes et incitations à fêter
le lancinant rythme hip-hop des comparses. D'où l'impression
que la soirée ne décolle pas, que trop de curieux
dévisagent le personnage et plombent l'entrain.
Today
is the Birthday. L'ambassade fête ses six ans sous les
coupes de champagne et son sound system parfait. Le sabrage débute
mercredi avec Crazy Baby, Double H et. celui qui "tue sa mère"
en hip-hop. Jeudi, c'est le grand retour du premier résident
du club, dj Spoke From Barcelone. Vendredi et samedi, Manoo accompagne
tous ceux qui ont fait le club depuis ses débuts dans une
grande beuverie de petites bulles jaunes. Le club en profite pour
présenter sa nouvelle collection automne-hiver de soirées
avec les arrivées futures en résidences mensuelles
de Spoke, des soirées Cheers (Greg Gauthier & Sven Love),
des Legends du Rex-Paris (Dj Deep) et plus encore. Joyeux anniversaire.
Tender
is the nite. Mercredi, place du 8 Mai (Lyon 8e), la Dernière
Issue 6.9 propose une ribambelle d'activités variées,
des concerts, des mixes avec Medina, Section N.A et plus encore
au 04 78 74 50 29. Le Bistrot de la Pêcherie trinque avec
le Rotax Record Mix des Pioux et Teddy G. Sur l'autre quai, la Marquise
entame son week-end de mordus du rythme avec Cosmik Connection.
Jeudi, la petite péniche ressort ses filets de pêcheur
du son rigolo avec Bosco (sans ses frères). En beaucoup plus
guindé, le First Class (gare des Brotteaux) invente les Nuits
Roses. Naviguez sur des sites pornos à la maison, cela reviendra
au même. Vendredi, Revolutionary Pilot Nite au Pez Ner avec
le Cup Of Tea crew Statik Snd Sys. et Louie G. "C'est de la
balle baby" La Marquise fait joli dragon avec Le Tone et Dr
D-Sko et nous achève samedi avec Cox 6 et Nokman (NB Snd
Sys.) Toujours samedi, le Fridge colle à son nom en invitant
des bodies de mâles épilés à se dédoudouner
lors de la Russian Wake Up ! Dimanche, Zdar et Boombass font Cassius
au Titan dans le cadre des Hot House Night. Plus qu'appétisssant
et cela malgré le flyer immonde.
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MERCREDI 10 NOVEMBRE 1999 _ #058
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L'ennui
de l'errance amoureuse
jeudi
et vendredi, Bosco et Le Tone
se surexposent en live à La Marquise. Noyés
sous une pluie de pixels scintillants du projo-vidéo, les
Bosco se livrent à une parodie début eigthies
à la post-Joy Division ou pré-New Order-Depeche
Mode : c'est selon mais à coup sûr bidon. Le
Tone du lendemain est beaucoup plus explicite : "Plus
tard, je serais une pop star avec une grosse voiture, plein de filles
et puis tant qu'à faire, une grosse moto", raconte
sérieusement (en langage troisième degré) le
Parisien un peu plus tôt. Un concert pas nigot, intelligent
et rigolo qui pacse brillamment l'électronique et l'acoustique.
Cela, nous replonge dans le week-end précédent où
l'Usine de Dijon amusait son dancefloor béton avec
le génie expérimental du clownesque Herbert
alors que le Mouse On Mars, à l'instar de Bosco, croyait
réinventer l'électro-psyché en resservant du
mauvais Robert Wyatt. samedi reste jour de lamentation.
Marc me réveille et formule ce qui en remue plus d'un en
une traînée de mots : "Je m'ennuie. Je sens
qu'il me manque quelque chose même lorsque je suis hyperactif.
J'ai besoin d'être amoureux." Je lui cloue le portable
en total accord avec le cher tendre. Au soir, on passe devant Le
Grand Jardin fermé et en transfert à Gerland.
La question existentielle refait surface : qui va reprendre ce joyau
de triangle nocturne de la rue Royale ?
Toxic
tonic. Commençons par ce qu'il faut arrêter. Mercredi,
Hexagona 99 à Grenoble attriste par sa convention : Laurent
Garnier, Miloch, Ralph, Éric Borgo qui, au demeurant plus
que talentueux, n'ont pas inventé grand-chose depuis deux
ans au moins. Enfin, ne serait-ce que pour le délire de Kojak,
le voyage peut se faire (ré-actline : 04 50 09 21 09). Même
topo pour le Monde à L'Envers qui ne devrait pas confondre
underground et sclérose des platines. Quoique l'Apple Mix
de vendredi en compagnie des "sieurs" Thias et Cedr'X
soit à frais-danser. En quinzième degré, mercredi,
l'United Café convie ses copains en Bill Tornade à
se rouler dans la paille. N'importe quoi mais presque drôle.
Boombastic.
Dj Cam, après sa triste expérience du Transbordeur,
revient à la Marquise ce mercredi. Après le hip-hop
flirtant trip-hop, puis l' énergie ricaine, Cam sirote le
son latino-jungle en compagnie de Science. La Cour s'adonne au hip
hop avec la NTM Dj's des Goldfingers, James et Spank. Jeudi,
rue royale, la librairie État d'Esprit expose les uvres de
Momo Fuentes et André Felix. Au 2P + C, le week-end s'annonce
médiéval stupide donc visitable. L'Ambassade
ouvre ses mensuelles Cheers (Greg Gauthier et Sven Love) à
prendre à forte dose et le Ninkasi chaloupe hip-salsa avec
Mangu. Vendredi, pumpin techno (hein ?) au Kamin Club avec
les Nervous Bestioles et Check List. Samedi, pour ceux qui
en ont encore le courage, une free, Alternative, au 36 12 code 66666688.
Pour la Marquise, Joy Sound System avec Farook et Haron Shamsher
du Blue Note en cosmopolitan shakers de sons asiatiques, drum'n'bass
et techno. Real.
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MERCREDI 17 NOVEMBRE 1999 _ #059
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Ne
te fais pas la femme, fais l'enfant
Dimanche
en huit, nous grimpons au Titan pour ce qui devait être la
nuit des branchés (selon le dossier de presse). Le programme
annoncé semblait irresistible : Cassius, l'apparition de
Paul Johnson, dj Freddy et Pacman. Nous avons eu froid. Peu de courageux
ont participé au rallye et grelottants dans l'immensité
de la boîte, seuls les affolements de quelques minets apprentis
gogo-dancers nous amusèrent. Lundi, nous trinquons
au Guilain (rue des Quatre-Chapeaux) en compagnie de Geneviève,
Alain et Guy prêts à pacser dès la loi promulguée.
"Ça fait 20 ans que l'on vit ensemble. Si tu fais
un papier sur nous, on veut bien être le tout premier couple
pacsé de Lyon", me sourit avec tendresse Guy. Nous
nous retrouvons mercredi à La Marquise en train
de sautiller jungle sur l'excellent set de Dj Science. Une
mauvaise langue avance : "Dj Cam, je crois qu'il a un peu
bu." La péniche surpeuplée, nous finissons
sur la terrasse à dessiner des coeurs et un os sur la cloison
plastique embrumée : "En ce moment, au niveau du
coeur, il a un os", traduis-je. Au départ, je croise
Madcap fort heureux de la belle réussite de sa New
Eden Party au Kafé Myzik. samedi, Christophe
Boum se réveille à 23h en poussant les standards
de Lisa Minelli à un niveau de beauté proche
du tapage nocturne peu ordinaire. Nous échappons aux représailles
en courant au VertuBleu où l'on s'adonne au ballon
de rouge sur comptoir pendant que Christophe s'agite : "Si
tu veux un gosse, ne te fais pas la femme, fais l'enfant."
La nuit intensive stoppe au Village-Club où l'on oublie
notre temps, notre corps et la tête bourrinante du lendemain.
On
ne pense qu'à ça. Jeudi, le beaujolais jaillira des
barriques et l'on s'imagine déjà à fêter
le gros cru à L'Escalier (rue de la Platière). Dans
le cadre de ses mensuelles imprévisibles et amusantes, une
nuit Dance-music putassière entrecoupée des nouvelles
chansons de Sheila est avancée. On en rigole d'avance. Le
reste du week-end sera consacré au pèlerinage vers
le Palais des Sports afin de susurrer des inepties baudelairiennes
avec Mylène Farmer, égérie gay évidente
: "Une femme qui souffre est une femme à pédés"
(circa Dalida, Barabara et moi).
C'est
nouveau. Le Mushi-Mushi est ouvert depuis quelques semaines
et se cale rue Hippolyte-Flandrin dans le quartier des Terreaux.
Les plâtres sont secs et le lieu voué à vivre
paisible. Sur la rive droite, L'Élément (rue Saint-Georges)
débute tranquille. Nous attendons la suite.
Le
son des choses de la nuit. Mercredi. la Marquise instaure ses
mercredis hip-hop avec On The Real des djs Duke et Majestic. À
L'ambassade, Izo baisse le rythme en R'n'B et reggae. Jeudi au Voxx,
Casper Troy balance une New Perspective de rare groove, funky &
jazz trax. Vendredi, au Monde à l'Envers, Thias et Cedr'X
se chargent de l'Apple Mix. Samedi, Orbital Space présente
Warped Side avec Laurent Hô, D'jamency et plus au 06 03 97
50 68. Le Bateau Blanc navigue hip-hop et le Fridge invite Radi
Tabasco du Mad (Lausanne) pour une Perfect à siroter. Mercredi
24, la troisième session de Listen We Play se fait toujours
au Kafé Myzik avec IMAO, Mc Zaï, Wood et dj Nokman.
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MERCREDI 24 NOVEMBRE 1999 _ #060
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Le
Bien bandait à nouveau
Mardi,
deuxième jour de grève des TCL et le système
D se met en place. Piéton, le pouce au froid, je découvre
chaque soir le covoiturage, nouvelle forme de solidarité
un peu forcée. "Je suis à Perrache et les
Terreaux, c'est loin ce soir", grelotté-je sur le
portable. L'apéritif se fera malgré tout au Café
Jules (rue Neuve) après avoir appris que "la
grève, les patrons ne la font pas" de la part d'un
petit chef en voiture citadine. Plus tôt, un routier espagnol
expliquait : "Je suis d'accord avec eux". Et tant
pis si la notion de service public échappe aux grévistes.
Rue Neuve, Claire fait des vocalises devant la boîte à
notes électroniques de Pascal : "Laaaaaaaa !" et
l'aiguille digitale s'accorde à féliciter une si belle
voix. jeudi
est beaujolais poussé avec mauvais goût mais au final
mémorable. Nous ouvrons le bal des cochonnailles, saucisses
et pommes de terre au Guilain (rue des Quatre-Chapeaux).
Les plus guindés, mais non les moins amuseurs, se collent
en cuisine pendant qu'un bo-jojo dancer en tenue d'Adam quitte le
Forum Bar pour rejoindre le bar enchanté. Éclats
de rire entretenus au rouge se mêlent à la fausse pudeur
d'un quatuor de manteaux en fourrure. Nous descendons deux pichets
supplémentaires à L'Escalier pour sa soirée
Sheila-Dance et je finis sur le comptoir. Nous zigotons en altitude
le nouveau tube de la Spacer girl étourdis par tant de bonnes
humeurs. Claire révèle enfin son pantalon maintenu
par une simple épingle à nourrice et l'on s'émerveille.
Naturellement, le VertuBleu nous ouvre sa gueule et mange
amoureusement nos dernières pulsions : "Tu n'aimes
pas le garçon, un peu rugbyman, au bout de la table ?",
m'interroge ma gavroche élégante. Sans savoir si je
devais répondre "pas toi ?" ou "je
ne sais pas", nous cédions rapidement au sommeil.
Réchauffe-pieds.
Vendredi, Shetaan's Collective arrose La Marquise de house britonne
(un peu tordue mais assez festive et inventive) avec Keyser Sauze
et HLE. Samedi, On-Off Party au Pez Ner sera le gros et bon plan
du week-end : D'julz et Tom joueront tech-house dans une salle plus
habituée à l'expérimental austère qu'à
la fête insouciante. On y va les yeux bandés et le
coeur envieux.
Le
son des choses de la nuit. Mercredi, le Kafé Myzik propose
un bis répétita de Listen We Play avec Imao, Nokman,
Mc Zaï et Wood. À L'Ambassade, Samir joue hip-hop en
chambre. Jeudi, un petit apéritif à Tombé du
Ciel (9, rue Port-du-Temple, 2e) vous positivera pour rejoindre
le Monde à L'Envers et les Couleurs Électroniques
de Max Le Sale Gosse et Gaston. Vendredi, C'est Extra au Voxx avec
dj Baretta et son ambiance Blaxploitation. Au Ninkasi, Nico et H
se la font reggae et funk pendant que le Monde à L'Envers
bastonne la Résidence E-Voice avec Yo, Léo et plus.
Dimanche, pour les câblés, Paris Première continue
ses Paris Dernière (vers 23h), régal de noctambulations
décalées. À regarder au chaud avant de glisser
sur la neige.
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MERCREDI 01 DECEMBRE 1999 _ #061
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Routine
ou les bonheurs du Vertu
Semaine de tranquillité où la nuit ne s'impose que
vendredi
dans un VertuBleu orphelin. Mireille est loin et nous
dissertons sur le sexe facile et l'amour impossible. Claire et Marie-Êve
font bloc contre le sexe d'un soir : "Je comprends Vincent
qui n'imaginait pas comment tu pouvais avoir des relations sexuelles
furtives avec un inconnu trouvé sur un réseau télématique.
Si une femme couche une nuit, elle passe au mieux pour une salope",
prétend Claire. "Tout est une question d'éducation
: la fille est protégée et retenue par la famille
et le garçon presque incité à fricoter",
surenchérit Marie-Êve. Nos deux femmes se crispent
dans un discours frustrant et nous nous égarons vite dans
le gonflage d'un Titi en plastique vendu par un de ces marchands
ambulants nocturnes. Après les roses qui ne piquent plus
aux porte-monnaie, voici les gadjets inutiles et moches : peluches
plus fausses que nature, bagues lumineuses ravissantes (il faut
aimer le mauvais bon goût malgré tout) sans omettre
les tournées de Mamadou-tout-doux-tout-doux et ses pacotilles
afros. Claire vide son sac et me tatoue d'un "Love" (sur
la main gauche) et "Hate" (sur la droite) tel un Robert
Mitchum dans La Nuit du chasseur. Je quitte mes charmeuses
d'un : "Allez, je vais me faire sucer dans les chiottes
du Village". Facile et léger.
Gentil
Garçon dans la nature. Jeudi,
la Maison du Son et de l'Image de Villeurbanne vernit l'expo low-tech-regressive
et infantilo-intelligento du Gentil Garçon. Forcément
vital, tout le monde y court. Un autre fou séduisant, Philippe
Moncorge invite, mardi dès 20 h, les artistes ou curieux
bavards directement sur les pieds humides du Pont Wilson (face au
15, quai Wilson) pour discuter de tout l'art et rien de la vie.
C'est Arture (Artiste dans la Nature) et aussi fréquentable
que le Gentil.
Stranger
in the night. Mercredi, après la marche de la Journée
mondiale de lutte contre le sida, une nuit est avancée au
Bateau Blanc. Le hip-hop investit La Cour avec My People 4 des Zoxea,
Serum, Salif, Lord Kossity et James. Jeudi, PMA fait brouillon techno-ethnic
au Kafé Myzik. Le 2P + C continue ses thématiques
chaleureusement stupides : Week-end Canada soit n'importe quoi.
À L'Ambassade, Spider bouge ses fly-cases quality-melting
sounds. Le lendemain, vendredi, on le retrouve à L'Amboise
Café (quartier Célestins). Plus tôt, Art Com
Studio (6, rue Mazard, quartier Perrache) propose un apéro
alternatif avec Fudge et NP123 APP. Au Fridge, le shop Eardrum lance
une Hear Our Drums boosteuse : The hacker, Luigi, Olive et Whyte
vous y chatouilleront les pieds. L'apéro se fera probablement
chez Profil's (rue Mercière) voire au shop (place du Griffon).
Samedi, le Zimpala Mix des Bnk et David Walters enrobe la Marquise
de rythmes drum'n bass, funky beats et super wah-wah (!?). Au Fridge,
Wake Up ! tape dans le "gay-sex & fun" avec Sophie
A et D-troy. 200 % Electronik au Kamin Club avec le Nervous Bestioles
Team, Ludo et plus au 15 de la rue Royale. Pour les poppeux (espèces
en voie de disparition nocturne), le Plastic People (rue Sergent
Blandan, quartier Terreaux) diffuse, via Mr Living Room, The Charlatans,
Blur, Supergrass & co. Forcément décalé
mais peut-être amusant.
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MERCREDI 08 DECEMBRE 1999 _ #062
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Machine
à Pop-formes
Jeudi,
nous gagnions la MLIS de Villeurbanne pour arroser l'expo
de Gentil Garçon. En deux tours de salle nous finissons
émerveillés et transportés dans un monde d'enfant
cruel mais bon joueur : une performance vidéo du jeune homme
en tête de Playmobil dans un musée, un Pacman glouton
consommant bêtement ses vitamines, une armée sur boîtes
de conserve, un Père Noël en sacs de supermarché...
et une machine à pop corn scotcheuse. Une membrane de haut-parleur
bourinant des "popcorn..popcorn" grillent les hommes et
leur voiture sur un beat tantôt amusant, parfois inquiétant.
Le tout reste à dévorer avant le 31 décembre.
vendredi, les drôles de dames (Nadia, Clair et Marie-Êve)
testent mon pot-au-feu de poissons, quelques arêtes entre
les dents : "La semaine dernière, tu nous as fait
passer pour de vieilles réacs uniquement pour te donner le
beau rôle", s'insurge Marie-Êve. "Je
souhaite un démenti de ta part sinon j'écris au courrier
des lecteurs en expliquant que tu ne sors jamais de chez toi, que
ce que tu écris n'est qu'imaginaire", sourit Claire.
samedi, au fond du bureau, Christian et Arnaud chauffent
le portable de leur beuverie commune : "On sort du Motor
Men Bar et Arnaud est vraiment chaud." Nous nous rencardons
au Village-Club où Alex K pousse les hommes
sensibles à suer sur une techno virulente. Un MC improvisé
nous ennuie vite. "C'est tout les pédés, ça.
Dès que tu leur donnes un micro, il faut qu'ils s'excitent
à brailler des conneries", remarque un dragueur
de bar.
À
la casse. Samedi, la Tribu Auto@Psy rejoint les nombreux clans
qui n'ont rien compris à l'esprit house-techno. Non pas que
le programme de cette Sismik Waves 2 (Torgull, Stephanovitch, Mekanic's)
ne soit pas alléchant. Seulement voilà, le repoussant
"No-club" (entendre "clubbers, on ne veut pas de
vous") inscrit au bas du flyer suffit à agacer. Alors
pour jouer au père Fouettard, sachez, braves incultes, qu'une
rave (teuf, free-party ou tout nouveau nom alternatif) n'est pas
le refus du clubbing mais une envie de liberté et d'échanges.
Nos aïeux en 1985 partaient dans les champs londoniens après
avoir fait la fermeture des clubs. La rave n'était pas un
acte de refus du clubbing mais un complément obligé
pour prolonger la nuit. S'y mélangaient anciens punks, clubbers
(oui, oui), gays dans une fête colorée et idyllique.
On vous laissera donc entre vous à fumer des joints et hocher
de la tête dans vos tenues de commandos. Triste destin.
Keep
the vibes. Vendredi, c'est groovy. Au Fish, dj Dimitry (from
Dee-Lite) tentera de séduire les étudiants. En y allant
avec un bon groupe d'amis qui sait rire, le plan est plus qu'alléchant.
À la Marquise, au même moment, Johnny Fiasco aguichent
nos guibolles avec une house chicagoane pimentée french touch
version Pamplemousse Records. À danser sans modération.
Lampe-sons.
Mercredi, le Monde à L'Envers sort sa Plexus avec Mister
X, Tamack, Mad et Chinois. Au Funambule, le reggae-ska des Slider
et Rudy Jacob vous en fera voir de toutes les couleurs. Dans un
autre genre, Le B'52 renaît de ses cendres au Fish avec une
avalanche de cadeaux. Jeudi, Oriental Fusion au Pez Ner avec Edmond
Hosdikian en maître d'un world jazz sensuel. Le Monde à
l'Envers invite Keep Smiling et Sage, P'tit Pierre, Olive et plus.
Samedi, Ultimate clubbing au Fridge avec D-troy et Dj'M.
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MERCREDI 15 DECEMBRE 1999 _ #063
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De
7 au 8
Mercredi,
8 décembre de foule, nous évitons la cohue de l'errance
bovine sur terre de presqu'île en nous réfugiant dans
le 7e arrondissement et ses lumières artistiques. L'éclairage
public couvert d'un voile rouge-pute (par Éric Deboos)
nous fait déambuler d'ateliers en galeries jusqu'à
des garages ouverts sur l'art contemporain. La Galerie Tator
rayonne de projections vidéos suburbaines et de piliers d'acier
flambant (Alexandra Audry et Bertrand Voiron) d'un effet plus que
moyen. Roger Tator s'en tire haut la flamme avec une série
de lucioles au corps de bouteilles polymorphes. Nous goûtons
modérément le raout des "beaux-ardeux" chez
Tous les trois malgré la petite folie de leurs créations
bancales. Les poches musculaires luminescentes d'Isabelle Couttet
se révèlent somptueuses perdues dans un atelier pagailleux
d'artisan. 8 décembre alternatif qui nous ramène dans
un flot humain effrayant sur la place Bellecour. Les bouches de
métro saturées, l'odeur de merguez à pleines
narines et les festivaliers passifs zonant par grappes dans les
rues nous forcent à trouver terre de sauvetage. Tombé
du Ciel est blindé de jeunes étudiants et nous
trouvons asile au Forum Bar, le bar des hommes, des vrais.
Le week-end demeure un amusement continu du tirage à la courte-paille
pour savoir qui de Johnny Fiasco à La Marquise
ou de Morphéus au Pez Ner aura la faveur de
nos têtes embrumées. Au final, nous rirons beaucoup
et dormirons avant même d'avoir fait un choix. samedi,
je croise Philippe en état de débauche consommée
: "Je lâche tout ce que j'ai en main" me
chatouille d'un regard vert lumineux cet amour. Puis, il lâche
verre et cigarette.
Dernière
? Vendredi, Le Fish lâche sa dernière tentation
techno en recevant la valeur sûre Jeff Mills. Après,
le surnom auto-proclamé de "House of Love" (bimbos
et rigolos en Ralph Lauren) puis du "House of Dj" (vieux
routards du djing), le bateau se pare du label "House of Students"
(étudiants à haut débit en bière et
polkas braillantes). Le virage est sec bien que prévu de
longue date. Orpheline d'un grand lieu à fortes potentialités
mal exploitées, Lyon n'a plus qu'à attendre l'arrivée
de la Méga-Marquise (fin 2000) pour espérer présenter
au monde un club branché, chaleureux et musicalement pointu.
Si l'on ajoute le triste tête-à-queue du Pez-Ner, l'an
se termine plutôt mal.
Dingo
bells. Mercredi, Soirée Jungle CYB au Bistroy (1 rue
Chappet, quartier Croix-Rousse/Pentes). Le lendemain, jeudi, le
même en repasse une couche avec la house de Cox 6. Un peu
plus haut, Le Monde à L'Envers ouvre la Résidence
Cut Groove. Vendredi, La Marquise remue son fond de cale avec le
Oulelele Mix des Comet Records. Ça va donner dans l'afro-beats,
le jazzfunk et la soul africaine ! À l'Orgère de Rives,
dj Shinnee, Kaly, Hybride Snd Sys. et Koalo joueront dub-jungle
pour une Dérives fréquentable. Ré-actline :
04 76 65 21 45. Samedi, Attractive au Kamin Club avec D'Jamency,
No, Symbiose et Perfect au Fridge avec D-troy. Pour le plein air,
Groovy Birthday affiche un état d'esprit de rêve avec
Bastouille, Agoria, Ben'J, Heko et plus encore au 08 36 68 36 72
code 2000 13. Dimanche, Dékapé fait son cirque à
la Cave à Musique pour une Gravos Party avec les Boucles
étranges et Les Gravos. Ré-actline : 03 85 35 24 77.
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INSTINCT NOCTURNE
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Écrit
par Baptiste Jacquet |
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire
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