INSTINCT NOCTURNE

Écrit par Baptiste Jacquet
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire

 

MERCREDI 27 OCTOBRE 1999 _ #056

 

La fête reste une forme de rave-volt

Mardi en huit, la rédaction au complet fête son cinquième anniversaire à La Marquise. Stéphane me pousse à la philosophie alcoolique : "Le Get-Perrier va devenir aussi descendu que peut l'être le gin-tonic aujourd'hui". Passionnant. En deux pas nous mangeons sur le bon pouce du VertuBleuJean-Luc E. nous narre sa noble descendance alors que Claire me fait du pied de l'il tout en promettant de faire son possible pour m'accompagner à L'Escalier le lendemain. Tout avait été décoré et sonorisé pour le pire des cauchemars festifs et peu avaient pourtant répondu à l'appel de Gilles et son univers de pré-Halloween sucré aux bonbons dégueux et musiques enchaînées de cris et de peurs. Dommage, la nuit s'annonçait mémorable après ce petit dîner chez Madcap, fan de Prince (à en acheter une daube de reprises) et jeune homme élevé aux musiques électroniques. Je me plains de cette nouvelle génération qui considère la house-techno comme le phénomène post-rock de cette fin de siècle en recopiant toute sa face la plus navrante (rébellion, engagement politique pré-pubère, etc..) : "La house n'a rien de contestataire, elle est faite pour se mettre la tête à l'envers, pour la convivialité et non pour ces tristes free-parters qui se regardent en chien de faïence en tirant sur leurs joints dans leurs treillis de militaires anar". En une pirouette incontestable, Mad balance : "Mais la fête reste tout de même une forme de révolte". vendredi, Lyon invite un dictateur et nous un dissident. Nous courons sous la pluie fêter notre valeureux acte du limite "pas bon" L'Ultime (rue Royale) au joyeusement étiolé Village-Club. samedi, La Marquise aligne à l'entrée de la soirée Alex Reece une foule continue de 1h à 3h. Pas de passe-droit possible (sauf si l'on est "super-pote" du portier), donc on zappe. Le Fridge, petite flèche montante de la club-culture locale, s'enivre d'un dj Freddy dancefloorkiller. Même si la disco ne blinde pas encore, un excitant brassage de club-babes, étudiants, VIP roomers et VRP de canapés prend corps. Encourageant.

Quality house. Vendredi, La Marquise joue house avec le Chicagoan CZR du grand label International House Records. On ne fera pas la queue en y arrivant très tôt. Samedi, le voyage pour Dijon semble indiscutable pour la soirée du très sensible label Style. Dans le cadre du Festival des nouvelles scènes, le génie d'Herbert, les rigolos de Mouse On Mars, Oval, David Wang et Tony Morley nourriront en couleur vos cellules grises. Dijon, c'est à deux heures de Lyon et le rendez-vous est à l'Usine (03 80 66 70 99).
Life becomes easy with... Mercredi, Junior, Nokman (Natty Snd Sysa) et Lobo pitchent le Listen We Play du Kafé Mysik. Jeudi, L'Harmonie (rue Neuve) est fermé (ah ?) et L'Ambassade reçoit Rico. Vendredi, Fresh Dj Night au Studio Café (12, quai Saint-Vincent) avec Antonx, Tinicks et Xav. Dimanche, Halloween sort ses épouvantails, le Fridge sa Clinic Factory et la Marquise sa Free Salsation.

 

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MERCREDI 03 NOVEMBRE 1999 _ #057

 

L'homme aux dents d'Or

Mercredi, Joey Starr s'invite à la soirée BOSS des Naughty'J, Spank et Duke. La Marquise se gorge de hip-hop joyeux et d'une clientèle jeune, blanche et branchée. branchée au point de faire rigoler Fraggle : "Elle, tu sens qu'elle ne vit pas complètement ses vêtements." La nuit débute sagement avec quelques envolées de bras excités, petits balancements de tête pour les plus réservés. Le Sound System s'agite et Mc Joey Starr débute son show. Cette voix rocailleuse et ses dents d'acier capte le monde et fait perdre de sa spontanéité à la nuit. Tous se tournent figés vers l'homme, ou plutôt vers sa marionnette des guignols. La question était là. Suit-on encore Joey pour son aura de rappeur ou pour sa mauvaise réputation caricaturale dont se nourrissent, tels des affamés, certains humoristes en manque de glucides ? Le NTM devient sa marionnette alors, qu'a priori, un air charmeur se dégage de ses gueulantes et incitations à fêter le lancinant rythme hip-hop des comparses. D'où l'impression que la soirée ne décolle pas, que trop de curieux dévisagent le personnage et plombent l'entrain.

Today is the Birthday. L'ambassade fête ses six ans sous les coupes de champagne et son sound system parfait. Le sabrage débute mercredi avec Crazy Baby, Double H et. celui qui "tue sa mère" en hip-hop. Jeudi, c'est le grand retour du premier résident du club, dj Spoke From Barcelone. Vendredi et samedi, Manoo accompagne tous ceux qui ont fait le club depuis ses débuts dans une grande beuverie de petites bulles jaunes. Le club en profite pour présenter sa nouvelle collection automne-hiver de soirées avec les arrivées futures en résidences mensuelles de Spoke, des soirées Cheers (Greg Gauthier & Sven Love), des Legends du Rex-Paris (Dj Deep) et plus encore. Joyeux anniversaire.

Tender is the nite. Mercredi, place du 8 Mai (Lyon 8e), la Dernière Issue 6.9 propose une ribambelle d'activités variées, des concerts, des mixes avec Medina, Section N.A et plus encore au 04 78 74 50 29. Le Bistrot de la Pêcherie trinque avec le Rotax Record Mix des Pioux et Teddy G. Sur l'autre quai, la Marquise entame son week-end de mordus du rythme avec Cosmik Connection. Jeudi, la petite péniche ressort ses filets de pêcheur du son rigolo avec Bosco (sans ses frères). En beaucoup plus guindé, le First Class (gare des Brotteaux) invente les Nuits Roses. Naviguez sur des sites pornos à la maison, cela reviendra au même. Vendredi, Revolutionary Pilot Nite au Pez Ner avec le Cup Of Tea crew Statik Snd Sys. et Louie G. "C'est de la balle baby" La Marquise fait joli dragon avec Le Tone et Dr D-Sko et nous achève samedi avec Cox 6 et Nokman (NB Snd Sys.) Toujours samedi, le Fridge colle à son nom en invitant des bodies de mâles épilés à se dédoudouner lors de la Russian Wake Up ! Dimanche, Zdar et Boombass font Cassius au Titan dans le cadre des Hot House Night. Plus qu'appétisssant et cela malgré le flyer immonde.

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MERCREDI 10 NOVEMBRE 1999 _ #058

 

L'ennui de l'errance amoureuse

jeudi et vendredi, Bosco et Le Tone se surexposent en live à La Marquise. Noyés sous une pluie de pixels scintillants du projo-vidéo, les Bosco se livrent à une parodie début eigthies à la post-Joy Division ou pré-New Order-Depeche Mode : c'est selon mais à coup sûr bidon. Le Tone du lendemain est beaucoup plus explicite : "Plus tard, je serais une pop star avec une grosse voiture, plein de filles et puis tant qu'à faire, une grosse moto", raconte sérieusement (en langage troisième degré) le Parisien un peu plus tôt. Un concert pas nigot, intelligent et rigolo qui pacse brillamment l'électronique et l'acoustique. Cela, nous replonge dans le week-end précédent où l'Usine de Dijon amusait son dancefloor béton avec le génie expérimental du clownesque Herbert alors que le Mouse On Mars, à l'instar de Bosco, croyait réinventer l'électro-psyché en resservant du mauvais Robert Wyatt. samedi reste jour de lamentation. Marc me réveille et formule ce qui en remue plus d'un en une traînée de mots : "Je m'ennuie. Je sens qu'il me manque quelque chose même lorsque je suis hyperactif. J'ai besoin d'être amoureux." Je lui cloue le portable en total accord avec le cher tendre. Au soir, on passe devant Le Grand Jardin fermé et en transfert à Gerland. La question existentielle refait surface : qui va reprendre ce joyau de triangle nocturne de la rue Royale ?

Toxic tonic. Commençons par ce qu'il faut arrêter. Mercredi, Hexagona 99 à Grenoble attriste par sa convention : Laurent Garnier, Miloch, Ralph, Éric Borgo qui, au demeurant plus que talentueux, n'ont pas inventé grand-chose depuis deux ans au moins. Enfin, ne serait-ce que pour le délire de Kojak, le voyage peut se faire (ré-actline : 04 50 09 21 09). Même topo pour le Monde à L'Envers qui ne devrait pas confondre underground et sclérose des platines. Quoique l'Apple Mix de vendredi en compagnie des "sieurs" Thias et Cedr'X soit à frais-danser. En quinzième degré, mercredi, l'United Café convie ses copains en Bill Tornade à se rouler dans la paille. N'importe quoi mais presque drôle.

Boombastic. Dj Cam, après sa triste expérience du Transbordeur, revient à la Marquise ce mercredi. Après le hip-hop flirtant trip-hop, puis l' énergie ricaine, Cam sirote le son latino-jungle en compagnie de Science. La Cour s'adonne au hip hop avec la NTM Dj's des Goldfingers, James et Spank. Jeudi, rue royale, la librairie État d'Esprit expose les uvres de Momo Fuentes et André Felix. Au 2P + C, le week-end s'annonce médiéval stupide donc visitable. L'Ambassade ouvre ses mensuelles Cheers (Greg Gauthier et Sven Love) à prendre à forte dose et le Ninkasi chaloupe hip-salsa avec Mangu. Vendredi, pumpin techno (hein ?) au Kamin Club avec les Nervous Bestioles et Check List. Samedi, pour ceux qui en ont encore le courage, une free, Alternative, au 36 12 code 66666688. Pour la Marquise, Joy Sound System avec Farook et Haron Shamsher du Blue Note en cosmopolitan shakers de sons asiatiques, drum'n'bass et techno. Real.

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MERCREDI 17 NOVEMBRE 1999 _ #059

 

Ne te fais pas la femme, fais l'enfant

Dimanche en huit, nous grimpons au Titan pour ce qui devait être la nuit des branchés (selon le dossier de presse). Le programme annoncé semblait irresistible : Cassius, l'apparition de Paul Johnson, dj Freddy et Pacman. Nous avons eu froid. Peu de courageux ont participé au rallye et grelottants dans l'immensité de la boîte, seuls les affolements de quelques minets apprentis gogo-dancers nous amusèrent. Lundi, nous trinquons au Guilain (rue des Quatre-Chapeaux) en compagnie de Geneviève, Alain et Guy prêts à pacser dès la loi promulguée. "Ça fait 20 ans que l'on vit ensemble. Si tu fais un papier sur nous, on veut bien être le tout premier couple pacsé de Lyon", me sourit avec tendresse Guy. Nous nous retrouvons mercredi à La Marquise en train de sautiller jungle sur l'excellent set de Dj Science. Une mauvaise langue avance : "Dj Cam, je crois qu'il a un peu bu." La péniche surpeuplée, nous finissons sur la terrasse à dessiner des coeurs et un os sur la cloison plastique embrumée : "En ce moment, au niveau du coeur, il a un os", traduis-je. Au départ, je croise Madcap fort heureux de la belle réussite de sa New Eden Party au Kafé Myzik. samedi, Christophe Boum se réveille à 23h en poussant les standards de Lisa Minelli à un niveau de beauté proche du tapage nocturne peu ordinaire. Nous échappons aux représailles en courant au VertuBleu où l'on s'adonne au ballon de rouge sur comptoir pendant que Christophe s'agite : "Si tu veux un gosse, ne te fais pas la femme, fais l'enfant." La nuit intensive stoppe au Village-Club où l'on oublie notre temps, notre corps et la tête bourrinante du lendemain.

On ne pense qu'à ça. Jeudi, le beaujolais jaillira des barriques et l'on s'imagine déjà à fêter le gros cru à L'Escalier (rue de la Platière). Dans le cadre de ses mensuelles imprévisibles et amusantes, une nuit Dance-music putassière entrecoupée des nouvelles chansons de Sheila est avancée. On en rigole d'avance. Le reste du week-end sera consacré au pèlerinage vers le Palais des Sports afin de susurrer des inepties baudelairiennes avec Mylène Farmer, égérie gay évidente : "Une femme qui souffre est une femme à pédés" (circa Dalida, Barabara et moi).

C'est nouveau. Le Mushi-Mushi est ouvert depuis quelques semaines et se cale rue Hippolyte-Flandrin dans le quartier des Terreaux. Les plâtres sont secs et le lieu voué à vivre paisible. Sur la rive droite, L'Élément (rue Saint-Georges) débute tranquille. Nous attendons la suite.

Le son des choses de la nuit. Mercredi. la Marquise instaure ses mercredis hip-hop avec On The Real des djs Duke et Majestic. À L'ambassade, Izo baisse le rythme en R'n'B et reggae. Jeudi au Voxx, Casper Troy balance une New Perspective de rare groove, funky & jazz trax. Vendredi, au Monde à l'Envers, Thias et Cedr'X se chargent de l'Apple Mix. Samedi, Orbital Space présente Warped Side avec Laurent Hô, D'jamency et plus au 06 03 97 50 68. Le Bateau Blanc navigue hip-hop et le Fridge invite Radi Tabasco du Mad (Lausanne) pour une Perfect à siroter. Mercredi 24, la troisième session de Listen We Play se fait toujours au Kafé Myzik avec IMAO, Mc Zaï, Wood et dj Nokman.

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MERCREDI 24 NOVEMBRE 1999 _ #060

 

Le Bien bandait à nouveau

Mardi, deuxième jour de grève des TCL et le système D se met en place. Piéton, le pouce au froid, je découvre chaque soir le covoiturage, nouvelle forme de solidarité un peu forcée. "Je suis à Perrache et les Terreaux, c'est loin ce soir", grelotté-je sur le portable. L'apéritif se fera malgré tout au Café Jules (rue Neuve) après avoir appris que "la grève, les patrons ne la font pas" de la part d'un petit chef en voiture citadine. Plus tôt, un routier espagnol expliquait : "Je suis d'accord avec eux". Et tant pis si la notion de service public échappe aux grévistes. Rue Neuve, Claire fait des vocalises devant la boîte à notes électroniques de Pascal : "Laaaaaaaa !" et l'aiguille digitale s'accorde à féliciter une si belle voix. jeudi est beaujolais poussé avec mauvais goût mais au final mémorable. Nous ouvrons le bal des cochonnailles, saucisses et pommes de terre au Guilain (rue des Quatre-Chapeaux). Les plus guindés, mais non les moins amuseurs, se collent en cuisine pendant qu'un bo-jojo dancer en tenue d'Adam quitte le Forum Bar pour rejoindre le bar enchanté. Éclats de rire entretenus au rouge se mêlent à la fausse pudeur d'un quatuor de manteaux en fourrure. Nous descendons deux pichets supplémentaires à L'Escalier pour sa soirée Sheila-Dance et je finis sur le comptoir. Nous zigotons en altitude le nouveau tube de la Spacer girl étourdis par tant de bonnes humeurs. Claire révèle enfin son pantalon maintenu par une simple épingle à nourrice et l'on s'émerveille. Naturellement, le VertuBleu nous ouvre sa gueule et mange amoureusement nos dernières pulsions : "Tu n'aimes pas le garçon, un peu rugbyman, au bout de la table ?", m'interroge ma gavroche élégante. Sans savoir si je devais répondre "pas toi ?" ou "je ne sais pas", nous cédions rapidement au sommeil.

Réchauffe-pieds. Vendredi, Shetaan's Collective arrose La Marquise de house britonne (un peu tordue mais assez festive et inventive) avec Keyser Sauze et HLE. Samedi, On-Off Party au Pez Ner sera le gros et bon plan du week-end : D'julz et Tom joueront tech-house dans une salle plus habituée à l'expérimental austère qu'à la fête insouciante. On y va les yeux bandés et le coeur envieux.

Le son des choses de la nuit. Mercredi, le Kafé Myzik propose un bis répétita de Listen We Play avec Imao, Nokman, Mc Zaï et Wood. À L'Ambassade, Samir joue hip-hop en chambre. Jeudi, un petit apéritif à Tombé du Ciel (9, rue Port-du-Temple, 2e) vous positivera pour rejoindre le Monde à L'Envers et les Couleurs Électroniques de Max Le Sale Gosse et Gaston. Vendredi, C'est Extra au Voxx avec dj Baretta et son ambiance Blaxploitation. Au Ninkasi, Nico et H se la font reggae et funk pendant que le Monde à L'Envers bastonne la Résidence E-Voice avec Yo, Léo et plus. Dimanche, pour les câblés, Paris Première continue ses Paris Dernière (vers 23h), régal de noctambulations décalées. À regarder au chaud avant de glisser sur la neige.

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MERCREDI 01 DECEMBRE 1999 _ #061

 

Routine ou les bonheurs du Vertu

Semaine de tranquillité où la nuit ne s'impose que vendredi dans un VertuBleu orphelin. Mireille est loin et nous dissertons sur le sexe facile et l'amour impossible. Claire et Marie-Êve font bloc contre le sexe d'un soir : "Je comprends Vincent qui n'imaginait pas comment tu pouvais avoir des relations sexuelles furtives avec un inconnu trouvé sur un réseau télématique. Si une femme couche une nuit, elle passe au mieux pour une salope", prétend Claire. "Tout est une question d'éducation : la fille est protégée et retenue par la famille et le garçon presque incité à fricoter", surenchérit Marie-Êve. Nos deux femmes se crispent dans un discours frustrant et nous nous égarons vite dans le gonflage d'un Titi en plastique vendu par un de ces marchands ambulants nocturnes. Après les roses qui ne piquent plus aux porte-monnaie, voici les gadjets inutiles et moches : peluches plus fausses que nature, bagues lumineuses ravissantes (il faut aimer le mauvais bon goût malgré tout) sans omettre les tournées de Mamadou-tout-doux-tout-doux et ses pacotilles afros. Claire vide son sac et me tatoue d'un "Love" (sur la main gauche) et "Hate" (sur la droite) tel un Robert Mitchum dans La Nuit du chasseur. Je quitte mes charmeuses d'un : "Allez, je vais me faire sucer dans les chiottes du Village". Facile et léger.

Gentil Garçon dans la nature. Jeudi, la Maison du Son et de l'Image de Villeurbanne vernit l'expo low-tech-regressive et infantilo-intelligento du Gentil Garçon. Forcément vital, tout le monde y court. Un autre fou séduisant, Philippe Moncorge invite, mardi dès 20 h, les artistes ou curieux bavards directement sur les pieds humides du Pont Wilson (face au 15, quai Wilson) pour discuter de tout l'art et rien de la vie. C'est Arture (Artiste dans la Nature) et aussi fréquentable que le Gentil.

Stranger in the night. Mercredi, après la marche de la Journée mondiale de lutte contre le sida, une nuit est avancée au Bateau Blanc. Le hip-hop investit La Cour avec My People 4 des Zoxea, Serum, Salif, Lord Kossity et James. Jeudi, PMA fait brouillon techno-ethnic au Kafé Myzik. Le 2P + C continue ses thématiques chaleureusement stupides : Week-end Canada soit n'importe quoi. À L'Ambassade, Spider bouge ses fly-cases quality-melting sounds. Le lendemain, vendredi, on le retrouve à L'Amboise Café (quartier Célestins). Plus tôt, Art Com Studio (6, rue Mazard, quartier Perrache) propose un apéro alternatif avec Fudge et NP123 APP. Au Fridge, le shop Eardrum lance une Hear Our Drums boosteuse : The hacker, Luigi, Olive et Whyte vous y chatouilleront les pieds. L'apéro se fera probablement chez Profil's (rue Mercière) voire au shop (place du Griffon). Samedi, le Zimpala Mix des Bnk et David Walters enrobe la Marquise de rythmes drum'n bass, funky beats et super wah-wah (!?). Au Fridge, Wake Up ! tape dans le "gay-sex & fun" avec Sophie A et D-troy. 200 % Electronik au Kamin Club avec le Nervous Bestioles Team, Ludo et plus au 15 de la rue Royale. Pour les poppeux (espèces en voie de disparition nocturne), le Plastic People (rue Sergent Blandan, quartier Terreaux) diffuse, via Mr Living Room, The Charlatans, Blur, Supergrass & co. Forcément décalé mais peut-être amusant.

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MERCREDI 08 DECEMBRE 1999 _ #062

 

Machine à Pop-formes

Jeudi, nous gagnions la MLIS de Villeurbanne pour arroser l'expo de Gentil Garçon. En deux tours de salle nous finissons émerveillés et transportés dans un monde d'enfant cruel mais bon joueur : une performance vidéo du jeune homme en tête de Playmobil dans un musée, un Pacman glouton consommant bêtement ses vitamines, une armée sur boîtes de conserve, un Père Noël en sacs de supermarché... et une machine à pop corn scotcheuse. Une membrane de haut-parleur bourinant des "popcorn..popcorn" grillent les hommes et leur voiture sur un beat tantôt amusant, parfois inquiétant. Le tout reste à dévorer avant le 31 décembre. vendredi, les drôles de dames (Nadia, Clair et Marie-Êve) testent mon pot-au-feu de poissons, quelques arêtes entre les dents : "La semaine dernière, tu nous as fait passer pour de vieilles réacs uniquement pour te donner le beau rôle", s'insurge Marie-Êve. "Je souhaite un démenti de ta part sinon j'écris au courrier des lecteurs en expliquant que tu ne sors jamais de chez toi, que ce que tu écris n'est qu'imaginaire", sourit Claire. samedi, au fond du bureau, Christian et Arnaud chauffent le portable de leur beuverie commune : "On sort du Motor Men Bar et Arnaud est vraiment chaud." Nous nous rencardons au Village-ClubAlex K pousse les hommes sensibles à suer sur une techno virulente. Un MC improvisé nous ennuie vite. "C'est tout les pédés, ça. Dès que tu leur donnes un micro, il faut qu'ils s'excitent à brailler des conneries", remarque un dragueur de bar.

À la casse. Samedi, la Tribu Auto@Psy rejoint les nombreux clans qui n'ont rien compris à l'esprit house-techno. Non pas que le programme de cette Sismik Waves 2 (Torgull, Stephanovitch, Mekanic's) ne soit pas alléchant. Seulement voilà, le repoussant "No-club" (entendre "clubbers, on ne veut pas de vous") inscrit au bas du flyer suffit à agacer. Alors pour jouer au père Fouettard, sachez, braves incultes, qu'une rave (teuf, free-party ou tout nouveau nom alternatif) n'est pas le refus du clubbing mais une envie de liberté et d'échanges. Nos aïeux en 1985 partaient dans les champs londoniens après avoir fait la fermeture des clubs. La rave n'était pas un acte de refus du clubbing mais un complément obligé pour prolonger la nuit. S'y mélangaient anciens punks, clubbers (oui, oui), gays dans une fête colorée et idyllique. On vous laissera donc entre vous à fumer des joints et hocher de la tête dans vos tenues de commandos. Triste destin.

Keep the vibes. Vendredi, c'est groovy. Au Fish, dj Dimitry (from Dee-Lite) tentera de séduire les étudiants. En y allant avec un bon groupe d'amis qui sait rire, le plan est plus qu'alléchant. À la Marquise, au même moment, Johnny Fiasco aguichent nos guibolles avec une house chicagoane pimentée french touch version Pamplemousse Records. À danser sans modération.

Lampe-sons. Mercredi, le Monde à L'Envers sort sa Plexus avec Mister X, Tamack, Mad et Chinois. Au Funambule, le reggae-ska des Slider et Rudy Jacob vous en fera voir de toutes les couleurs. Dans un autre genre, Le B'52 renaît de ses cendres au Fish avec une avalanche de cadeaux. Jeudi, Oriental Fusion au Pez Ner avec Edmond Hosdikian en maître d'un world jazz sensuel. Le Monde à l'Envers invite Keep Smiling et Sage, P'tit Pierre, Olive et plus. Samedi, Ultimate clubbing au Fridge avec D-troy et Dj'M.

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MERCREDI 15 DECEMBRE 1999 _ #063

 

De 7 au 8

Mercredi, 8 décembre de foule, nous évitons la cohue de l'errance bovine sur terre de presqu'île en nous réfugiant dans le 7e arrondissement et ses lumières artistiques. L'éclairage public couvert d'un voile rouge-pute (par Éric Deboos) nous fait déambuler d'ateliers en galeries jusqu'à des garages ouverts sur l'art contemporain. La Galerie Tator rayonne de projections vidéos suburbaines et de piliers d'acier flambant (Alexandra Audry et Bertrand Voiron) d'un effet plus que moyen. Roger Tator s'en tire haut la flamme avec une série de lucioles au corps de bouteilles polymorphes. Nous goûtons modérément le raout des "beaux-ardeux" chez Tous les trois malgré la petite folie de leurs créations bancales. Les poches musculaires luminescentes d'Isabelle Couttet se révèlent somptueuses perdues dans un atelier pagailleux d'artisan. 8 décembre alternatif qui nous ramène dans un flot humain effrayant sur la place Bellecour. Les bouches de métro saturées, l'odeur de merguez à pleines narines et les festivaliers passifs zonant par grappes dans les rues nous forcent à trouver terre de sauvetage. Tombé du Ciel est blindé de jeunes étudiants et nous trouvons asile au Forum Bar, le bar des hommes, des vrais. Le week-end demeure un amusement continu du tirage à la courte-paille pour savoir qui de Johnny Fiasco à La Marquise ou de Morphéus au Pez Ner aura la faveur de nos têtes embrumées. Au final, nous rirons beaucoup et dormirons avant même d'avoir fait un choix. samedi, je croise Philippe en état de débauche consommée : "Je lâche tout ce que j'ai en main" me chatouille d'un regard vert lumineux cet amour. Puis, il lâche verre et cigarette.

Dernière ? Vendredi, Le Fish lâche sa dernière tentation techno en recevant la valeur sûre Jeff Mills. Après, le surnom auto-proclamé de "House of Love" (bimbos et rigolos en Ralph Lauren) puis du "House of Dj" (vieux routards du djing), le bateau se pare du label "House of Students" (étudiants à haut débit en bière et polkas braillantes). Le virage est sec bien que prévu de longue date. Orpheline d'un grand lieu à fortes potentialités mal exploitées, Lyon n'a plus qu'à attendre l'arrivée de la Méga-Marquise (fin 2000) pour espérer présenter au monde un club branché, chaleureux et musicalement pointu. Si l'on ajoute le triste tête-à-queue du Pez-Ner, l'an se termine plutôt mal.

Dingo bells. Mercredi, Soirée Jungle CYB au Bistroy (1 rue Chappet, quartier Croix-Rousse/Pentes). Le lendemain, jeudi, le même en repasse une couche avec la house de Cox 6. Un peu plus haut, Le Monde à L'Envers ouvre la Résidence Cut Groove. Vendredi, La Marquise remue son fond de cale avec le Oulelele Mix des Comet Records. Ça va donner dans l'afro-beats, le jazzfunk et la soul africaine ! À l'Orgère de Rives, dj Shinnee, Kaly, Hybride Snd Sys. et Koalo joueront dub-jungle pour une Dérives fréquentable. Ré-actline : 04 76 65 21 45. Samedi, Attractive au Kamin Club avec D'Jamency, No, Symbiose et Perfect au Fridge avec D-troy. Pour le plein air, Groovy Birthday affiche un état d'esprit de rêve avec Bastouille, Agoria, Ben'J, Heko et plus encore au 08 36 68 36 72 code 2000 13. Dimanche, Dékapé fait son cirque à la Cave à Musique pour une Gravos Party avec les Boucles étranges et Les Gravos. Ré-actline : 03 85 35 24 77.

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INSTINCT NOCTURNE

Écrit par Baptiste Jacquet
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