INSTINCT NOCTURNE

Écrit par Baptiste Jacquet
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire

 

MERCREDI 12 MAI 1999 _ #032

 

T'es racé !

Prendre de la lumière en attendant le week-end. Mardi, nous découvrons la terrasse du Guilain (15, rue des Quatre-Chapeaux) où le patron siamois, Guy, s'émerveille devant son chef-d'oeuvre : "Cela faisait cinq ans que nous la demandions. Et puis, j'en ai eu marre : J'ai fini par coucher." Il enfonce le clou du délire : "Tu sais mon petit amour, je sais super bien baiser." Nous finissons plus sérieusement les olives avant de monter dîner au Petit Gadin (17, rue d'Austerlitz) et se faire triturer les oreilles par une pouffiasse attachée à son portable vibro-sonique. Nous essayons de faire comprendre à cette impolie que nos amis les bêtes de la télécommunication sont priées de rester à l'entrée de ce charmant restaurant. Rien n'y fait. Le lendemain, nous posons tels des modèles de cire jaune anisette (forcément) au Moulin Joli. Mon regard fixe un charmant éducateur nord-africain jusqu'à l'indécence. Ma très courtisée voisine, A., en profite pour m'accompagner dans cette drague impuissante (cher lecteur, si vous avez des astuces pour conclure en terrasse, appelez-nous immédiatement). Vendredi, après un repas au calvados chez dj Arnie, nous entourons un colosse sexy à La Divine Comédie en lâchant sur sa proie féminine tout ce qui peut encore chasser des émotions sexuelles à 8h du matin. La manoeuvre échoue rapidement et Stéphane chiale au gaillard : "Tu sens le fauve. T'es franchement racé toi." Nous nous éveillons quelques heures plus tard, attablés à L'Escalier (rue de la Platière), à disserter sur le brumeux thème : "'Bien vivre son corps". On attend toujours une quelconque thèse.

Spotlights. Midweek switch on. Deux jours de plus pour sortir. Dès mercredi, Mad Jimitys régale le Kamin Club. Au Rail Théâtre, on joue dans la même classe avec Oneness et Tribal System pour une Roots Jamaican Reggae Night des juteux Carnavalsérail. Le Ninkasi Smooze avec Kiftonfonk et Mo Jazz Beats en haut d'affiche. Sur les quais, La Marquise fait son Chabada Goes Latin avec Philgood et Spider. Un before est prévu au Café Cuba. Jeudi, Tajmahal et Gill prennent d'assaut le House Of Music pour une Biologic Evolution. Les Ninjas bousillent le Fish avec Herbaliser en live et Roots Manuva. Recommandable. Au même moment, sur la péniche voisine, une soirée semi-privée déconnante : Méconnaissable.
Quelques invitations traînent encore dans la ville Le Monde à L'envers carbure au Manu Le Malin, Torgull et Maniak lors de l'Intimix Hard Sound. Vendredi, Impulsion "Higher" electroïde le Fish. Samedi, Roussia revient acoquinée du très fréquentable Arnie pour une tournée par La Flambée et La Divine Comédie en after (ré-actline : 04 78 23 60 63). Dimanche, L'Ambassade crashe le kitsh en compagnie de Chez Colette.

Partir au loin. Pour ceux qui veulent quitter nos fleuves, deux rendez-vous des plus encourageant : jeudi, Le Rex Club à Paris reçoit le Basement Jaxx Sound System. Bref, les deux floorbusters britons du moment dont chacune des sessions vous pète les rotules pour une semaine. Plus gros, plus près, plus fort, Atlantis 99 à Lausanne du 12 au 15 avec Paul Van Dyk, Derrick Carter, Cevin Fisher, Mark Trade, Borgo, Jeff Mills, Carl Cox, Roger Sanchez, The Advent, Tony Humphries, Goldie, Minus 8, François Kévorkian On n'en peut plus.

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MERCREDI 19 MAI 1999 _ #033

 

Le vert Camps vous va si bien

Dimanche 9, perdus dans le jardin fruitier de Christel, nous faisons griller nos synapses sous un doux soleil de mai. Je pars dans l'éternel éloge de la lumière de ce mois en expliquant aux convives, en pleine digestion d'un barbecue énorme, que la couleur du ciel de mai habille merveilleusement les vallées et bois vert bourgeonnant. Rien à voir avec ce ciel de plomb d'un été graissé à l'huile de Monoï ou cette mélancolie rougeoyante de son successeur d'octobre. Tous tombent plus ou moins d'accord et nous partons rejoindre Pilou dans son Mens de village. Ma mère d'adoption me laisse parcourir son jardin familier et, l'heure du thé captivant, m'exhibe la portée d'Aurélie, truie cajolée de son amoureux René. Sur le chemin sinueux du retour, je m'infecte les sens avec le pop-house The Child d'Alex Gopher (Solid/V2) où le sample du God Bless The Child de Billie Holiday se superpose à ma rétine subjuguée par la beauté des montagnes au soleil couchant. jeudi, re-truie à La Marquise pour sa soirée Méconnaissable. Confrontée à la Ninja Tunes fiesta de son voisin, la péniche donne une soirée semi-privée des plus amusantes et rares : se rendre méconnaissable soit en parler clair, se travestir. Là, vrai-faux cycliste (Diégo), plagiste aventurier (Olivier), paire de tueurs Orange Mécanique ou pauvresse à perruque jaune d'oeuf troublent les repères courants et hurlent leur libéralisation de clubberploitation bien cadrée. Je me colle à Fabien, décidément peu farouche, en embrassant de mon groin de cochon un Guillaume très standard. Le flotteur baisse rapidement sous le poids des maquillés venant et la nuit essore au compte-gouttes notre soif de rire. Une expérience à revivre. La fin de la semaine nous replonge dans la campagne bourguignonne où le lent stroboscope nous couvant éloigne bonnement nos corps des lights des clubs lyonnais.

Spotlights. Don't worry, don't panic. Mercredi, To Rococo Rot et Sensorband cybernétisent le Pez Ner pour des bidouillages plus qu'engageants. Jeudi, Couleurs électroniques (Max le sale gosse et Gaston) gratinent le Monde à L'envers. Et l'on pleure une fois de plus sur les flyers du club techno atteignant de semaine en semaine le summum de la laideur. Vendredi, Lyn C et Nath se portent shampouineuses itinérantes au Baramix puis à La Marquise pour la Lady Panoplie mensuelle. Le fish présente la Fluid du Queen avec David Maltese. Samedi, Le Monde à l'Envers change de djs mais pas de place avec le E-voice crew des Chaton, Léo, Yo et S-Blow.

Rions un peu. Jeudi, L'Escalier (rue de la Platière) déjante avec une soirée Sheila. En toute logique, tout Lyon Cap' s'y rend en perruque nattée couleur queue de vache et sucette dans la bouche. Samedi, dans un tout autre style, Mr Nu 99 touche Sheila au Titan. Pardon, Mr Nu se touche tout seul devant Sheila au Titan. À voir..

Légendaire. Dimanche, le pionnier de l'acid house prend d'assaut le Fish. Roy Davis Jr détériore les clôtures de style et nous balance house, garage et hypersound dans les mollets. À vous de juger sur place.

 

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MERCREDI 26 MAI 1999 _ #034

 

Couché là

Mercredi, nouvelle résidence apéritive au Guilain (rue des Quatre-Chapeaux) où, en compagnie de Geneviève, Guy nous donne des cours de sexologie orientale : "Tu peux savoir la taille de la queue d'un mec rien qu'en regardant la forme de sa main. Généralement, plus le mec a un pouce long, plus son sexe est fort." Nous poussons faire une brève halte au Modern Bar (rue Thomassin) où Babby, son tenancier, fait couler le jaune sur un comptoir animé. Jeudi, L'Escalier (rue de la Platière) organise sa soirée Sheila. Le bar à nains se retrouve ainsi inondé de photos de la star et de tout ce que la ville compte de nuitards authentiques. Tous s'amusent à tremper leur carotte dans la béarnaise, siphonner du blanc et autres kiwiteux Spacer cocktails. Un fan m'explique : "Je ne sors jamais, mais là, j'ai appelé le fan-club de Marseille et son répondeur m'a indiqué cette soirée." L'homme se trouve vite dépassé par les éclats de rires et fredonnements spontanés des tubes de notre tête à couettes sixties. Agnès débloque après cinq breuvages : "Je vais monter sur le comptoir et faire un strip-tease", allèche-t-elle un François médusé. Geneviève se frotte au toujours jeune et joli colosse Christophe alors que Marie-Hélène me couve de yeux doux. Le débordement de fêtards nous expulse sur le trottoir où je croise le regard bleu lagon d'un Étienne allumeur. Geneviève prédit justement : "Laisse tomber, il a les fesses molles. Et à mon avis, il a l'air plutôt asexué." Peut-être. Plus loin, Barbara et Baïr hallucinent devant l'état de débauche avancée des présumés fans de cette "has been" : "J'y crois pas. En plus, ils font une tombola. Bon, je vais boire." Le tirage des billets gagnants venu, tous s'émerveillent devant les lots attribués : un nain ici, une gourde en plastique au fond, une poupée espagnole perdue sur un banc, des boucles d'oreilles de Mamadou.... Rétamés, nous quittons ce rendez-vous gracieux. Une vraie fête en compagnie des plus grands nightclubbers locaux, ceux pour qui la dérision est un élément directeur de la vie, nocturne en particulier.

Spotlights. Citizen flames. Mercredi, le KKo fait sa Salsa hebdo avec Rucangola. Jeudi, P. Moore, Lem et K-reem s'occupent des Couleurs Électroniques du Monde à L'Envers pendant qu'Esteban amuse la Vodka Tagada du Baramix.. Vendredi, après un petit tour au 2P + C (ex-Navire Night), la remontée vers le Monde à L'envers se fera avec Chaotik Ramses. Au même moment, Sugarman 3 fait surchauffer La Marquise en rythmes funky et jazzy-soul. Le Pez Ner propose ce qui devrait être le plan chaud de la semaine : Cuba Son System avec Latin Jazz Experimental, Koutofla et D. Joss, Mingo, Sueno Latino et nos sombreros virvoltants. Au Bateau Blanc, la house se joue en Multiballe avec Keyfonk, Duff, Francesco and more (ré-actline : 04 78 71 78 71). Samedi, Sun Frenchie's Co au Fish avec Dan Ghenacia et Tom Parris. Le House Of Music devra sortir sa clim' avec les percussionnistes et danseurs africains de Ongaï. Enfin, dimanche, c'est la Factory mensuelle du Stardust avec Nemo et Esteban.

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MERCREDI 02 JUIN 1999 _ #035

 

Burnin' Bangin' Sun

"Là on boit pour enterrer nos partielles. C'est la dernière ligne droite avant les vacances", éthylise Frédéric, mardi dernier au Moulin Joli. Le mercure réchauffe le tube des plus de 25 degrés et la grosse tendance des tongs en plastiques et sabots ouverts en cuir s'expose en terrasse. Cette mise en forme pré-estivale vient donner des idées à nos établissements pour attirer un maximum de clients et un gros rouleau de tickets de caisse. Le temps des nuits à rallonge semble effectivement s'installer. Outre les apéros du Fish (tous les jeudis), certains commencent à ventiler leurs murs comme l'Art Com Studio qui nous annonce une Opération Apéro'Mix vendredi prochain. La suite des beuveries de fin de journée ne saurait tarder et l'on espère retrouver celle qui égalera enfin feu Who's Next du New York New York. Si dimanche matin, la Divine Comédie ne désemplit toujours pas de kid-clubbers à moitié dévêtus et toujours aussi sexuels et souriants, le club va devoir faire face à deux rivaux potentiels que sont le KKo (rue Thomassin) et Le Bateau Blanc (quai Augagneur). Évidemment, vacances ou pas, sur ces trois afters avancées, seuls deux au mieux pourront retenir la nuit finie. Lyon n'est pas Paris et le public local des soirées du dimanche ou des afters reste réduit et à l'attitude assez solidaire : "Je vais là où il y a du monde. Je ne veux pas me faire chier dans un club où trois mecs se court après", synthétise une jeune club-babe. La Divine Comédie n'a donc pas beaucoup de soucis à se faire pour ses rendez-vous matinaux.

Spotlights. Shut up and dance. Jeudi, Gus Weg Watergang reviennent non pas à la Marquise mais ce coup-ci au Kafé Mysik. Ambiance ethno-rock assurée. Les Nuits Grooves s'installent au pub 105 (105, quai Pierre-Scize) en malaxant acid jazz, house et jungle. Au Monde à L'envers, Agoria et Twins effleurent les Couleurs électroniques. Le lendemain, vendredi, toujours rue Imbert-Colomès, c'est Dwarf, Gill et Tajmahal qui se Rencontre Trance-Psyché. Du côté de l'Ambassade, les illustres Canadiens de Dino et Terry velouteront d'une quality-house les clubbers sensibles. On y court. Samedi, Baiser japonais à Julie et Jean-Albert de Ma Vie est un nightclub au Fish : Japanese Decade avec dj Esteban. Dimanche, petit repas au Bistrot de La Pêcherie avec Uma au service des Promenades Estivales (résa : 04 78 28 26 25). La digestion se fera au 13e anniversaire du Navire night relooké 2P + C (rue Terme). Champagne !

Marrant Gay. Vendredi, ouverture de la Fière semaine au FGL (17, rue Romarin) avec un pré-aperçu du programme de la gay-pride. C'est à 19h. Au même moment, pour les moins gay-militants, apéro inaugural du Ibiza Café (angle rue Tables-Claudiennes et rue Pouteau), nouveau disco-bar des PDX (pentes douces croix-roussiennes).

Masterplan. Dans le cadre du festival des Musiques innovatrices de Saint-Étienne, vendredi, à la galerie Le 9 bis, Toshimaru Nakamura, Sachiko et Otomo Yoshihide expérimentent leurs triturages japonais sur Stéphanois et limitrophes. Plus qu'intéressant. (ré-actline : 04 77 32 53 28).

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MERCREDI 09 JUIN 1999 _ #036

 

L'Odess'gay

Lundi 31, nous rejoignons la galerie Olivier Houg (rue Jarente) pour le défilé Quelque Chose de la clique Emilie, Antoine, Stéphanie, Barbara et les autres. L'entrée bouchonne de visionnaires métissés et de quelques amis triés sur le volet. Notre placement effectué, Maud et Mademoiselle J. viennent me narguer d'un superbe : "Si tu parles de nous dans ton canard, nous te fusillons" pendant que Brice, mondain devant les cieux, me casse : "Pourquoi n'écrirais-je pas ta rubrique ? Je suis sur les lieux qui comptent toujours une demi-heure avant toi." Nous assistons à un défilé végétal sur un mix techno-baroque de Luigi où les coiffures épousent les robes telles des cordes un corps emprisonné. On pousse l'admiration devant un modèle "Marchand de plumes" en pleine lutte contre un symbolique bondage. Le pseudo-cocktail suivant me permet de retrouver un Laurent, toujours aussi excitant : "Oui, je suis toujours avec Cécile. Ce n'est pas mon paravent comme tu le supposais jadis." Dommage. Mardi, Arnaud m'explique qu'il fera la Gay Pride de samedi prochain pour "montrer qu'il n'y a pas que des pintades" cuites au sirop du milieu commercial et que le débat sur le Pacs a révélé une bien présente homophobie. Malgré tout, il est prévisible que les homos habitués des réseaux téléphoniques-lieux de drague en plein air et boîtes à baise, persuadés ainsi d'être "hors milieu", materont à l'écart du cortège ces so-called exubérants du "milieu". D'où la motivation : "Allez à la Gay Pride. Draguez sur les trottoirs mais pas dans la manifestation." Vendredi, L'Ambassade invite Dino et Terry pour un set house-garage discoïdal. Le club se repose dans une ambiance pub jusqu'à 3h du matin et l'ambiance se relève enfin. D'égarements tendres en tourbillons sur la piste, de comatages sur banquettes dorées en cris de jouissance de house lovers, la nuit nous achève et émerveille.

Spotlights. The Sound Negociated. Mercredi, Goldfingers se défoule à la Private de L'Ambassade en nappes de R'n'B et hip hop. Recommandable. Le Fish joue Métissage avec pleins de djs (04 72 84 98 98). Jeudi, Le Bistroy et Caravanserail chapeautent le rock-reggae de Rinstonbok pendant qu'à deux pas, au Monde à L'Envers, Luigi et Onark tournent le kaléidoscope des Couleurs Électroniques. Au Titan, débauche de technologie avec Laurent Garnier et Alex K (ré-actline : 04 50 23 97 13). Le Pez Ner tranquillise en joie sur le reggae de Mister Gang. Vendredi, tout le monde lève les bras et secoue ses pieds pour Minus 8 en jungliseur confirmé de La Marquise. D'autres embarqueront, à deux pas de la péniche, la Panique à bord du Bateau Blanc avec Sophie, Max Le Sale Gosse, Rykkk's, Luigi, Tajmahal et plus.

Bastard pride. Samedi, après la Gay Pride, les nuits s'avancent : soirée officielle au Stardust avec Peel, D.Troy, Nimo et un live d'Ysa Ferrer. À voir. Le Village-Club (rue Violi) fait sa soirée Folles des Pieds avec Lulu de Paris et le radio FG crew. L'U.C. (impasse de la pêcherie) s'agite sur une Gay Pride Dance Party avec la même Ysa Ferrer en apéritif (elle a sorti un disque et c'est superbien qu'il paraît). Pour les gays plus feutrés, l'apéro se fera à L'Escalier (rue de la Platière) puis au VertuBleu (rue Mercière).

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MERCREDI 16 JUIN 1999 _ #037

 

Jour de fête

Mercredi, nous dînons au Café 203 (rue du Garet) où l'on croise un Olivier en parfaite compagnie et peu pressé de monter son Britannicus vidéo-théâtral. Le très aimable Étienne pose ses mains tachées de plâtre sur mon épaule et m'invite à visiter le relookage du Café Harmonie, après celui effectué par son bon goût au 2P + C. Vendredi, Minus 8 soulève la Marquise d'une jungle grasse au relent hip-hopant ravissant. Julien, sexy barman pur jus, se fait mater par trois Zara girls tout en se laissant proposer par un polo de rugbyman un "si tu me payes 100 boules, je rentre dans ton caca mou". La nuit se réchauffe et la péniche houle sous une foule d'un cru moyen : "Tu sais, dès qu'un lieu devient en vue, les étudiants s'y pressent. Ce ne sont que de petits suiveurs de modes", explique justement un "docteur" en sociologie estudiantine. Samedi, les gays priders se pressent dans les bars et soirées : La Ruche (rue Gentil) qui depuis quelques semaines a retrouvé sa fière allure d'antan, peine à contenir le flux continu de fêtards. Derrière le bar, s'agitent deux pompiers en jaune Ricard poussant à boire leur bonne boisson du sud. Un tandem d'une marque de bonbons distribuant leurs pastilles rafraîchissantes nous estomaque : "Le business en direction des gays s'active cette année. T'imagines les chargés de com' des maisons Ricard et autres : "Recherche jeunes hommes bien roulés pour promotions sur terrain homosexuel de nos produits". Ils doivent sûrement beaucoup s'ennuyer lors du casting", sourit un proche de bar. Nous passons à l'UC, tout autant blindé, où je me fais serrer par un gogo-dancer énervé. Les odeurs de la journée passée inondant la cave, nous rejoignons le Stardust pour la soirée officielle. La hardhouse et le play-back euro-dancy d'Ysa Ferrer nous poussent rapidement dans les bras du Village-Club en pleine surchauffe de corps luisants d'étouffements. Sans aucun doute, la meilleure soirée Gay Pride. Nous enterrons la fière nuit à La Divine Comédie peuplée des plus belles gueules de la ville mais partons très vite, excédés par un MC poussant l'animation tel un grossier vendeur de fête foraine : "Music boom boom Music boom boom Allez ! Dansez !" Ridicule et minable.

Spotlights. So happy. Mercredi, le Forum Bar (rue des Quatre-Chapeaux) fête son gay anniversaire avec pleins de messieurs en chemise à carreaux qui grattent. Jeudi, Manoo excelle en house-garage au nouveau Cosmopolitan (2, rue Désirée) alors que la soirée de la semaine éclate sur le thème des stars princières et strass des convives à L'Escalier (rue de la Platière). Vendredi, Lady Panoplie à La Marquise avec Dj Cloé et Jennifer. Samedi, toujours sur la péniche, funky beats et electronic spirits (!?) lors de la Ninja Tune Party. Deux nuits en plein air avec Tremor Method au 36 72 code 2332969 pour plus d'infos et 3 Sound au 36 72 code 181920 avec Lego, Jumping bass and more. Dimanche, Claude Monet joue hardhouse au Stardust pendant que le Pez Ner expérimente Konic ThTR en visuel et Holon Starfish Pool en transe. Lundi, fête de la musique sur la place de la Martinière avec l'electro pop de Gwen et Wassalfada.

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MERCREDI 23 JUIN 1999 _ #038

 

On s'est aimé tellement fort, que mes draps s'en souviennent

Des sourires pleins la bouche, une légèreté frôlant un infantilisme stupide mais si agréable, un esprit de famille improvisé et logiquement inconcevable tant ses membres dépareillent, une bonne tête piquée dans les friandises liquides du bar et voilà le décor planté de L'Escalier, ce jeudi. Après Sheila, le disco-funk version Gilles s'invite rue de la Platière. Nous débutons sur le coin terrasse en plein mime de nos stars des années 80. Vic, pioche dans cette encyclopédie de variétés, le Il était une fois et pousse un "On s'est aimé tellement fort, que nos draps s'en souviennent ... Tu te rends compte du contenu poétique de cette chanson ?". Baïr se place en studio Sacrée Soirée et nous présente une copie peu conforme d'une Elsa puis de la fabuleuse gloire warhollienne de Corinne Charby : "Je suis comme une boule de flipper, qui roule." Le foutoir atteint son apothéose lorsque les gyrophares des remorque-PV et voitures de police s'activent sur le trottoir d'en face. Je ne décolle pas d'un Simon, siamois-jumeaux de Timothy, tout en dénoyautant cerises et âmes sensibles. À minuit cloquant, Gilles souffle ses bougies d'anniversaire sous une hola chaleureuse. Dans un même élan, les ballons éclatent et les tables se dressent de nos corps excités et se lovant sur l'éternel I.O.U de Freeze. En milieu de nuit, nous trébuchons heureux et repus par cette nuit étoilée.

Park Fair. Mercredi, on ne saurait assez conseiller un long standing-boisson au VertuBleu pour un adorable Michel. Le Fish propose Agoria, Marc Twins lors du Festival. Jeudi, Jack de Marseille, Max Le Sale Gosse et Fabio font tanguer le Bateau Blanc entre une teck-house et groovy sounds (ré-actline : 06 03 95 25 15). Vendredi, Mademoiselle J. et Jean-Albert dirigent, en couple de nightclubbers diplomatique, Les soirées de L'Ambassadeur sont toujours réussies à L'Ambassade (très jolie tablette de chocolat-flyer. Le chocolat n'était pas du Richard. Ah, ça non) Délurément fréquentable. Samedi, Le Monde à L'envers fait place au Cute Groove Résidence avec No, Jack F, Tamack et Goston alors que son collègue, le Kamin Club, invite Cid'J, Skall et Cesco. Dj Manoo rameute les house puristes au Cosmopolitan pendant que la Kitchy Groove Party prend l'air au 36 72 code 26 06 999 avec Chaotik Ramses, Kiko, Alex K et plus. Dimanche, Le Factory fête ses 10 ans au Stardust et l'on aurait rêvé plus tapageur et très haut de gamme que les non moins respectables Sophie, D-Troy, Love et MC Unik.

High Mark Quizz. Pour quelle raison, vendredi, Mei Tei Sho fait tourner son afro-jazz jungle en live renforcé par Christine Indigo et Pat Heart en soul family sound ? Pourquoi, samedi, autant de Shettaan's Collective (London), Nle et Kaiser Sauze trimballent des fly-case acidulés de perles house et disco-funk alors que peu après, Le Peuple de l'herbe (Stani & Pee) se surexpose en concert poussé par un junglizer de Nokman. Quelle idée de planter, pendant tout un week-end, une grande tente berbère sur un bitume sévère où l'on pourra s'avachir sur de gros poufs en se berçant d'easy Listening et jazz balancés par Philgood et June ? (1).

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MERCREDI 30 JUIN 1999 _ #039

 

La vie est un combat permanent

Lundi 21, nous fêtons la musique involontairement. Ce jour-là, la ville voit débarquer tout ce que la vieille rock génération compte de post-pubères rebelles en manque de ses références musicales : "Ouaih ! Ils jouent grave mortel les morceaux deTéléphone ! Ça me fait kiffer complet." Pour populaire qu'elle soit, la Fête de la musique attriste tout Lyonnais en quête d'un peu de sound systems expérimentaux et musiques moins djembé-rock-poppy. Nous trouvons malgré tout notre Eden à la terrasse du Bistrot de la Pêcherie, certes inondé de club babes et branchés tape-à-l'oeil, mais bien arrosé de house baléarique et anisette orageuse. Mercredi, Michel souffle ses dix ans de Vertu bleu, déjà longuement visité le lundi. Toute la grande classe locale décadente passe faire un petit bonjour. Mireille se cache d'un : "Avant hier, j'étais raide au point de ne pas reconnaître ma famille. Ça la fout mal." Danielle me présente à moult antiquaires de la rue Auguste-Comte et je finis par m'emmêler les boutiques. Le lendemain, Arnaud se raidit à la terrasse du Leffe dans une déprime passagère : "Tu vois, j'ai l'impression qu'il faut se battre tout le temps : le boulot, les amours. Il y a toujours une compétition quelque part." Nous filons à la soirée anniversaire de la Marquise en rupture permanente d'espaces respirables. Les invités se dandinant sur un Charles Aznavour ou les très trendies BO de Jacques Demy, nous essayons à répétition le dos de chameau. "T'imagines. Faire du chameau sur les quais du Rhône. C'est hallucinant", ondule Pierre. Marie, maîtresse des Voyages 4A, couve toujours d'amour un Jacques Perrichon en sortie de production du prochain 3 Mai. Ne semblant guère opposée au name dropping de Nuits Mobiles, elle sourit à en mourir à ses pieds : "Oh, tu peux parler de moi si tu veux." Nous naviguons d'un Manuel Pratt en salle comble à une projection sino-cinéma sur le dos de la péniche. Les grains de sable plein les yeux, nous remontons sur terre.

The Sun Rise. Mercredi, Le Réveil du Fish avec Koma, Pone, Krisfader et Samir. Jeudi, Le Grand Jardin (24, rue Royale) presse le citron de Philgood lors d'une Groove Collective acidulée. Vendredi, on file prendre l'air avec Agoria, Serpico et guests au 06 15 18 66 22. C'est House Garden donc à ciel ouvert. En intérieur, Le Space convie le queenesque Antoine Clamaran pour une Shining disco. De son côté, le Fish joue Queer Station avec dj Luck. Samedi, le plein air revient avec Skwatt. B au 3672 369669 pour le programme et la Pulse 2 du Rebirth Crew avec Esion et Anaphaz, Max LSG, Gill, Raz Francis, Tajmahal et plus (ré-actline : 06 69 15 59 02).

On veut bien rire. Vendredi, Le Titan invite les lycéens à la Nuit du Bac. Ça va rouler sous le comptoir pour les heureux élus et pleurer dans la chambrette pour les recalés. Recalés qui pourront noyer leur chagrin en écoutant la soirée sur Scoop Fm. Si c'est pas mignon tout ça. Dimanche, L'United Café, qui n'est pas réputé pour ses concepts nocturnes, nous épate en organisant un Rallye Aventure. Chasses à l'on-ne-sait-quoi avec énigmes : "Quelle est la couleur préférée de Céline Dion ?" ou "Quel est le titre numéro un sur Radio Espace ?" Prise au troisième degré, l'affaire vaudra largement le déplacement. Réservation de suite au 06 87 69 30 27.

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INSTINCT NOCTURNE

Écrit par Baptiste Jacquet
a été publié sous l'appellation
"Nuits Mobiles" jusqu'au
22 nov. 06 dans l'hebdomadaire

 

 

 

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